“ Ils savaient, après tant de trahison, que la Révolution avait le droit d'être méfiante. Desaix fut frappé, Hoche fut frappé ; ils n'en gardèrent pas de ressentiment. Ils savaient que les erreurs même procédaient de l'inflexible volonté de sauver la France, et, dans les éclats injustes de la foudre qui s'égarait sur eux, ces grands cœurs reconnaissaient encore l'ardent éclair de la liberté et de la patrie. La vie de l'armée était alors comme la vie d'une grande âme qui a appris au service d'une haute idée à se gouverner elle-même ; c'est la force de la passion qui crée la force de la règle. ”
Jean Jaurès
Résumé
L’Armée nouvelle, essai politique de Jean Jaurès, examine la nécessité d’une transformation profonde de l’armée française, ancrée dans les valeurs de la Révolution et de la démocratie. Publié en 1911, il met l’accent sur l’union entre l’armée et la nation, refusant une militarisation déconnectée des citoyens.
Jaurès dénonce l’individualisme et la bureaucratie, défendant une force collective issue de la volonté populaire. Les thèmes des réserves, de la stratégie offensive et de la solidarité sociale y prennent une place centrale, illustrant une vision d’une armée comme instrument de justice et de paix internationale. L’œuvre s’inscrit dans un contexte de tensions européennes, mêlant réflexion militaire et idéale.
Citations de L’Armée nouvelle (Jean Jaurès)
“ Ils veulent cesser d'être des prolétaires, des salariés, c'est-à-dire des hommes à la fois exploités et asservis. N'ayant pas la propriété de l'entreprise, ils n'y sont que des rouages. Ils n'ont ni volonté directrice, ni responsabilité, ni initiative. Ils veulent donc, en s'élevant à la coopération sociale, cesser d'être un mécanisme pour devenir une liberté. Mais cet esprit nouveau d'autonomie qui pénètre peu à peu le système économique transformera de proche en proche tous les rapports sociaux et toutes les institutions, l'armée et la patrie elle-même, comme la propriété. ”
“ Si nécessaire et sacrée que soit pour M. le général Langlois la patrie, ce n'est pas la seule idée de patrie, ce n'est pas, si l'on me passe le mot, l'idée brute de patrie qui suffit, selon lui, à exalter les âmes et à leur donner pour le combat la force d'un torrent qui tombe de haut. Pour que les hommes donnent tout leur effort et brisent par un élan supérieur les forces de l'adversaire, il ne suffit pas qu'ils appartiennent à un groupe historique et qu'ils s'appuient à une tradition même glorieuse. ”
