“ Son style, encore classique, mais déjà romantique, est le plus riche du xviiie siècle ; sa prose est pleine et sonore, harmonieuse et lumineuse, on peut la lire à haute voix et elle fait image, c’est de la peinture et de la musique. Mais les grands mots y nagent dans l’emphase, les gros mots dans l’ordure. Sa verve est vigoureuse, mais épaisse et turbulente, et l’on compterait ses traits d’esprit qui ne sont probablement pas de lui. Une fantaisie légère peut seule sauver la licence : la sienne a la lourdeur d’un pachyderme ou d’un traité de théologie ; il ne glisse jamais et appuie toujours. ”
Joseph Reinach
Résumé
Joseph Reinach consacre son ouvrage Diderot à explorer la vie et l’œuvre du philosophe, artiste et encyclopédiste Denis Diderot, mettant en lumière son rôle dans la révolution intellectuelle du xviiie siècle. L’ouvrage aborde les thèmes de l’Encyclopédie, de la philosophie, de l’art et de la Révolution, en analysant les tensions entre raison et sensibilité, tradition et modernité.
À travers des citations riches, Reinach souligne l’originalité stylistique de Diderot, son combat contre les dogmes religieux et son influence sur l’émancipation des esprits, reliant directement l’Encyclopédie à la Révolution française.
Citations de Diderot (Joseph Reinach)
“ Alors même que vous resterez de cœur dans le pur et noble Parthénon de la tragédie comme dans le sanctuaire même de l’art parfait, vous ne nierez point d’abord que ce genre nouveau soit, lui aussi, un art, puisqu’il appelle à la vie de la rampe des émotions et des sensations qui nous touchent de plus près. Vous regrettez l’harmonieuse beauté de ce théâtre architectural où l’on entre comme dans un temple, où les passions les plus violentes, sous le rayon qui les enveloppe, paraissent des vertus, où les personnages ont la noblesse des statues et s’expriment en musique. ”
“ La raison, par cela seul encore qu’elle est la raison, est l’auxiliaire nécessaire de la justice, de la tolérance et de l’humanité ; donc, rien qu’en montrant ce qu’il y a d’iniquité, d’oppression et de cruauté dans les institutions du passé, elle les condamne, les dépouille de leur prestige, les voue aux destructions immanentes. Elle proclame le droit pour les esprits de ne rien admettre que ce que peut accepter le libre examen ; le reste viendra par surcroît ; la conséquence nécessaire, inéluctable de l’Encyclopédie qui émancipe les esprits, c’est la Révolution qui affranchira les corps. ”
