“ D’ALEMBERT ET L’ACADÉMIE FRANÇAISE La préface de l’Encyclopédie fut un événement. Les salons les plus brillants, fort indifférents aux problèmes de dynamique et à la précession des équinoxes, s’empressèrent d’accueillir et d’attirer ce jeune savant, si profond, si universel, si habile à bien dire. D’Alembert rencontra chez le président Hénault la célèbre Mme du Deffant. Il allait volontiers où il se sentait désiré. Chaque jour bientôt il la voyait ou lui écrivait. Dans ce monde nouveau il sut plaire à tous, à Voltaire comme à Montesquieu, à Mme de Stahl comme à la duchesse du Maine. ”
D'Alembert
Définition et enjeux
D'Alembert est un vaste cratère lunaire nommé en hommage à Jean le Rond d’Alembert, philosophe et encyclopédiste du XVIIIe siècle. Ce relief, situé sur la face cachée de la Lune, présente une surface assez plate entourée de petits cratères, témoignant des effets des collisions successives.
Des auteurs tels que Joseph Bertrand et Denis Diderot ont analysé la figure de d’Alembert à travers son rôle dans l’Encyclopédie, ses liens intellectuels et son implication philosophique. L’analyse des données met en lumière la dualité de ce nom : un site géologique et une personnalité clé de la pensée des Lumières.
Citations sur “d'Alembert”
“ Venez à mon secours, monsieur, j’implore tout à la fois votre amitié et votre vertu. Notre ami M. d’Alembert est dans un état le plus alarmant ; il dépérit d’une manière effrayante et ne mange que par raison. Mais ce qui est pis que tout cela encore, c’est qu’il est tombé dans la plus profonde mélancolie. ”
Charles Avezac Lavigne, Diderot et la Société du baron d’Holbach
“ D’Alembert s’était lié depuis sa jeunesse par une amitié tendre et solide avec un homme d’un esprit étendu, d’une imagination vive et brillante, dont le coup d’œil vaste embrassait à la fois les sciences, les lettres et les arts ; également passionné pour le vrai et pour le beau, également propre à pénétrer les vérités abstraites de la philosophie, à discuter avec finesse les principes des arts, et à peindre leur effet avec enthousiasme. ”
“ C'est à ceux qui les préparaient que fait allusion ce mot de ralliement si connu: Écrasons l'infâme. Il avait cours entre amis seulement et les portes fermées; on ne confiait pas les lettres à la poste. Quand on ne peut combattre en rase campagne, les embuscades sont permises. Qu'un croyant aspire au martyre, il joue son jeu et vise au paradis. Un mécréant n'a pas d'ambitions si hautes.D'Alembert ne craignait pas sérieusement d'être brûlé, mais il ne voulait pas s'exposer comme Diderot à habiter à Vincennes, ni comme Voltaire à s'exiler hors de France. Son coeur le retenait à Paris. ”
J. Bertrand, D’Alembert, sa Vie et ses Travaux
“ Dans le discours préliminaire qui précède le Traité de Mécanique, apparaissent pour la première fois quelques-unes des qualités par lesquelles l’esprit de d’Alembert devait bientôt se révéler d’une manière si brillante à ceux mêmes qui ne pouvaient apprécier ni comprendre ses premiers travaux. On y trouve déjà l’écrivain habile et le philosophe hardi qui ose aborder et discuter les questions les plus hautes en cherchant le principe et le degré de certitude de toute vérité acceptée. ”
“ Mlle de Lespinasse ne pouvait ignorer la cause véritable de la tristesse de d'Alembert.«Mon amitié, dit-elle, ne suffit pas à faire la diversion nécessaire.» C'est son amour qu'il aurait fallu. Elle lui avait donné le droit d'y compter, et depuis deux ans déjà, tout entière au jeune de Mora, âgé de vingt-deux ans, elle tourmentait d'Alembert, qui ne devinait rien, par ses humeurs fantasques et la dureté de ses refus. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ Ces ennemis répétaient, avec plus de mauvaise foi que d’esprit, qu’il était un grand géomètre parmi les littérateurs, et un bon littérateur parmi les géomètres. La postérité n’a point ratifié cette saillie paradoxale, et nul ne conteste aujourd’hui que d’Alembert ne fût au premier rang parmi les géomètres de son siècle. S’il ne s’est élevé qu’au second en littérature et en philosophie, il n’en brille pas moins par sa passion pour la recherche de la vérité, par des pensées ingénieuses et souvent élevées, et par un style sobre, limpide et précis. ”
“ Qui se croit un grand homme et fit une préface. On ne saurait plus mal dire. Les amis de d’Alembert le traitaient d’illustre, les envieux s’inclinaient devant lui. Sa gloire était certaine, il ne pouvait fermer les yeux à l’évidence, il était grand, jamais il ne fut fier. ”
“ Il fallait avant tout servir sa coterie et défendre ses amis. Ne demandons donc ni à Fréron, ni à Bachaumont, ni à Grimm, ni au Journal de Trévoux la vérité sur l’éloquence académique de d’Alembert ; ne nous fions pas trop aux correspondants de Mme du Deffant ; avant 1765 ils n’annonceront que des succès ; mais dès que la rupture est complète, quand d’Alembert à son nom, chaque fois qu’il le rencontre, associe d’injurieuses épithètes, on ne doit plus, par une représaille toute naturelle, apprendre par elle que des échecs. ”
“ Dans leur correspondance, dans leurs relations de chaque jour et de chaque heure pendant que d’Alembert était son hôte, le caractère royal effacé sans affectation par Frédéric était respecté sans flatterie par d’Alembert. L’estime et la sympathie mutuelle faisaient naître une amitié sincère ; jamais le caractère ne s’en est démenti. Les affectueux égards du roi étaient payés par la reconnaissance et l’admiration du philosophe, sans que la liberté ait été menacée ni l’égalité mise en question. ”
“ Quelque somme qu’il paye à Pierre avant de commencer le jeu, l’avantage sera de son côté ; tel est le sens du mot infini. Ce résultat, quoique rigoureusement démontré, semble contraire aux indications du bon sens. Aucun homme raisonnable ne voudrait payer cent francs les promesses de Pierre. L’esprit de d’Alembert, pour repousser ce paradoxe, rejetait avec dédain les principes qui y conduisent, en proposant, pour en nier la rigueur et en contester l’évidence, les raisonnements les moins fondés et les plus singulières objections. ”
“ Une maladie douloureuse vint bientôt briser sa santé constamment chancelante, et il mourut le 29 octobre 1783, à l'âge de soixante-six ans, en trouvant que la vie ne vaut pas un regret.Honnête homme et homme de bien, d'Alembert fut aimé et estimé de tous ceux qui l'ont connu. Ses contemporains ont exalté à l'envi sa bonté et sa générosité, toujours prête, sans ostentation de vertu. Admiré et vanté jeune encore par les juges les plus illustres, il n'excita l'envie de personne. ”
“ D’Alembert, licencié en droit, pouvait plaider, et son brillant esprit lui promettait de grands succès, mais la profession ne lui plaisait pas. Il n’aurait accepté que de bonnes causes, et elles sont rares. Il faut se garder d’en évaluer le nombre à la moitié de celles qui se plaident. Quand l’un des plaideurs a tort, il n’est pas certain que l’autre ait raison ; d’Alembert connaissait les fables de La Fontaine. ”
“ Un chef-d’œuvre d’ailleurs est toujours bienvenu. Diderot en attendait un de d’Alembert. Uniquement soucieux de l’intérêt de l’œuvre, au-dessus, par son caractère, de la vanité et même de l’orgueil, il lui importait surtout de préparer un succès à son ami. Le discours préliminaire servant de préface à l’Encyclopédie contient, dit d’Alembert, la quintessence des connaissances mathématiques, philosophiques et littéraires acquises par vingt années d’études. Il fait ainsi remonter ses méditations au jour de son entrée au collège des Quatre-Nations. ”
Marquis de Ségur, Revue des Deux Mondes
“ Je ne saurais adorer leur Encyclopédie, qui peut-être est adorable, mais dont les quelques articles que j’ai lus m’ont ennuyée à la mort. Je ne saurais admettre pour législateurs des gens qui n’ont que de l’esprit, peu de talent et point de goût... J’en excepte, à toutes sortes d’égards, M. d’Alembert, quoiqu’il ait été mon délateur auprès de vous. Mais c’est un égarement que je lui pardonne et dont la cause mérite quelque indulgence. C’est le plus honnête homme du monde, qui a le cœur bon, un excellent esprit, beaucoup de justesse, du goût pour bien des choses ”
Jean-François Marmontel,
Mémoires
(1846)
“ Monsieur le maréchal, lui dis-je, d'Alembert vous croit l'ennemi des gens de lettres, et l'ami de Seguier, leur dénonciateur ; voilà pourquoi il ne vous aime pas : mais d'Alembert est un bon homme, et jamais le sentiment de la haine n'a pris racine dans son cœur. Il a épousé l'Académie. Aimez sa femme comme vous en aimez tant d'autres, et venez la voir quelquefois; il vous en saura gré, et vous recevra bien, comme font tant d'autres maris. ”
“ Le chagrin la rendait dure et blessante. Sa tendresse pour d’Alembert se changeait en éloignement et en aversion. Il faisait tout pour la distraire et combattre son humeur inégale et chagrine. Il la conduisit un jour à un dîner littéraire ; elle y rencontra M. de Guibert, dont les succès ou, pour parler mieux, les promesses attiraient alors tous les regards. Ses admirateurs sur ses premiers essais en divers genres prédisaient en lui, tout ensemble, le successeur de Bossuet, de Corneille et de Condé : il ne remplaça que M. de Mora dans le cœur de Mlle de Lespinasse. ”
Joseph Bertrand, D’Alembert (1889)
“ D' Alembert , qui n' avait pas besoin d' imiter le talent , travaillait peu ses éloges . Ce n' est pas à la postérité qu' il les adresse : on ne doit pas , comme on l' a fait trop souvent , juger par eux de son style et de son goût . D' Alembert au collège méritait le premier rang dans tous les genres d' étude , il n' excellait pas moins en amplifications qu' en vers latins . Il chercha pendant toute sa vie , dans ces exercices de plus en plus faciles à sa plume exercée , une distraction à ses profondes recherches . ”
Louis Ducros, Les Encyclopédistes
“ Et, en effet, d’Alembert n’est pas seulement son fondé de pouvoir auprès de Diderot et des Encyclopédistes, il est encore son pourvoyeur de nouvelles littéraires et autres : il le met « au fait des sottises courantes » : c’est lui qui lui apprend ce qu’on peut oser et ce qu’on doit taire selon que les philosophes ou les pédants à petit rabat ont le haut du pavé ; c’est lui qui lui souffle, suivant les occurrences, qui il convient de caresser ou à qui il peut se permettre « de donner des calottes ». ”
J. Bertrand, D’Alembert, sa Vie et ses Travaux
“ Cédant à son inclination naturelle, il allait, tout en faisant ses études de droit, s’instruire sommairement dans les bibliothèques des théories mathématiques les plus difficiles, dont il s’exerçait ensuite à retrouver les détails dans sa tête. Celui qui peut suivre une telle méthode est bien près de devenir inventeur : d’Alembert s’élançait en effet avec tant d’ardeur vers les régions encore inconnues que, devançant quelquefois ses livres, il croyait découvrir des vérités et des méthodes nouvelles, qu’il rencontrait ensuite, avec un dépit mêlé de plaisir, dans quelque auteur plus avancé. ”
“ La bonne Mme Geoffrin savait ce qu'elle faisait; elle connaissait d'Alembert mieux que nous, elle connaissait aussi la dame; elle leur a sans doute rendu service à tous deux. D'Alembert lui en a su gré! c'est le trait le plus singulier de cette singulière anecdote. Quoi qu'il en soit, dans cette société et dans ce siècle où les liaisons avaient peu de mystère, lorsque autour de d'Alembert ses amis offraient leurs coeurs à de très honnêtes dames qui pour l'accepter ne se cachaient guère, on ne lui a connu qu'une seule passion qui a fait le charme puis le tourment de sa vie. ”
Jean-Baptiste-Antoine Suard,
Mémoires et correspondances historiques et littéraires inédits…
(1858)
“ Rien n' égalait la circonspection de d' Alembert . Il ne se hasarda jamais à écrire un mot qui pût être censuré . Se voyant serré de près par les philosophes , et sommé de leur , donner des gages , il écrivit , non pas contre l' infâme , mais contre les jésuites ! Encore attendit -il qu' ils fussent expulsés . N' osant exposer sa personne aux hasards du combat , il y poussait les autres ; il soufflait le feu de la guerre , mais s' en tenait assez loin pour que les étincelles ne lui sautassent pas au visage . Quand le danger avait dispersé les philosophes , il les ralliait , les encourageait . ”
Denis Diderot,
Œuvres complètes de Diderot
“ Il n’avait encore rien publié sous son nom, et s’il était cité comme un « savant », il sentait bien qu’un savant qui n’était d’aucune Académie ne recommandait pas l’œuvre suffisamment. Heureusement, d’Alembert se trouvait là. ”
Jean le Rond d’Alembert,
Trois mois à la cour de Frédéric
“ Si d’Alembert partit enthousiasmé de son hôte et ravi de l’empressement que tous n’avaient cessé de lui témoigner, il faut reconnaître que ces sentiments étaient réciproques, et qu’il ne laissa pas derrière lui des impressions moins favorables. ”
“ Ce sentiment dormait, pour ainsi dire, au fond de son âme ; mais le réveil a été terrible ; l’amour n’a presque fait que le malheur de M. d’Alembert, et les chagrins qu’il lui a causés l’ont dégoûté longtemps des hommes, de la vie et de l’étude même. Après avoir consumé ses premières années dans la méditation et le travail, il a vu, comme le sage, le néant des connaissances humaines ; il a senti qu’elles ne pouvaient occuper son cœur et s’est écrié avec l’Aminte du Tasse : « J’ai perdu tout le temps que j’ai passé sans aimer. » ”
Jean le Rond d’Alembert,
Trois mois à la cour de Frédéric
“ En dehors même de la question de patriotisme, on ne lira pas sans sourire les dithyrambes de d’Alembert en l’honneur du roi de Prusse. Cependant ils ont tout au moins le mérite de la sincérité : ne fallait-il pas en effet que l’enthousiasme du philosophe fût bien réel, pour qu’il se donnât jour avec une telle exagération dans une correspondance intime et qui assurément n’était pas appelée à passer sous les yeux du roi ? En somme d’Alembert n’a fait qu’imiter les autres philosophes de son temps, qui se pâmaient d’admiration devant les philosophes couronnés ou soi-disant tels. ”
“ À la fin comme au commencement de sa vie, la destinée de d’Alembert le mit en lutte avec le malheur. Vainqueur dans son enfance, il a su, par la force de son caractère et la grâce de son esprit, triompher d’une situation difficile et cruelle. Brisé par le chagrin aux approches de la vieillesse, il a courbé tristement la tête et, sans accepter les consolations de l’amitié ni se soucier des distractions de la gloire, attendu la mort comme une délivrance. ”
“ Au moment où sa candidature paraît en bonne voie, il la compromet à plaisir: c'est à n'y rien comprendre! Dans un opuscule qu'aucun devoir ne commande, il parle des relations des hommes de lettres avec les grands comme s'il n'avait plus besoin de protecteurs. Pour Mme du Deffant, c'est de la folie; pour d'Alembert, une occasion de rire: «Voilà, dit-il, comme il faut traiter ces gens-là; on n'est point de l'Académie, mais on est quaker et on passe le chapeau sur la tête devant l'Académie et devant ceux qui en font être.» ”
Jean le Rond d’Alembert,
Trois mois à la cour de Frédéric
“ Vous savez qu’il y a un homme à Paris du plus grand mérite, qui ne jouit pas des avantages de la fortune proportionnée à ses talents et à son caractère : je pourrais servir d’yeux à l’aveugle déesse et réparer au moins quelques-uns de ses torts. Je vous prie d’offrir par cette considération une pension de douze cents livres à M. d’Alembert : c’est peu pour son mérite, mais je me flatte qu’il l’acceptera, en faveur du plaisir que j’aurai d’avoir obligé un homme qui joint la bonté du caractère aux talents les plus sublimes de l’esprit. ”
Émile Saigey, Les Sciences au XVIIIe siècle
“ À ses premiers essais, on reconnut un maître, et l’Académie des sciences le reçut à l’âge de vingt-trois ans. L’œuvre principale de d’Alembert comme géomètre est son Traité de mécanique, qui a entièrement renouvelé la science du mouvement ; mais son esprit aussi étendu que solide a suffi à plus d’une tâche. L’ami de Voltaire et de Diderot, le rédacteur du Discours préliminaire de l’Encyclopédie, est devenu une des grandes figures de son siècle et une des gloires des lettres françaises. Peu d’hommes inspirent par leur caractère autant d’estime et de sympathie que d’Alembert. ”
Joseph Bertrand, D’Alembert (1889)
“ Chacun l' entoura de sympathie et d' affection . Frédéric et Voltaire surtout , sans lutter avec sa douleur , firent pour l' adoucir de constants et affectueux efforts . Mais la vie de d' Alembert resta décolorée et sans but : l' hiver était venu pour son âme . La géométrie , si longtemps négligée , lui rendait seule l' existence tolérable . Le respect et l' admiration qui l' entourèrent jusqu' à son dernier jour pouvaient le distraire , mais non le consoler de vieillir sans famille , sans espérance et sans tenir à rien ici-bas . ”
