Résumé

Portrait de Louis Delluc Louis Delluc La Guerre est morte: roman

Nanni et Sainte ne parlent pas.
Sainte baisse un peu le front. Je vois mieux son cou. Il est élégant, mais si fragile qu’on a de la pitié. Nanni l’enveloppe de son regard. Et je crois que le regard de Nanni n’est pas tout à elle. Comme ces lampes dont les rayons dépassent une statue et font son ombre immense sur le sol, les yeux de Nanni sont très haut et très loin, mais Sainte est emportée par l’imagination du visionnaire. Elle fait corps avec sa vision. Il lève un peu la tête, lui, comme s’il avait peur qu’elle tienne trop de place dans son horizon.
Source : Gutenberg

Portrait de Louis Delluc Louis Delluc La Guerre est morte: roman

Nanni, ne partez pas. Ah ! je ne puis parler. Je ne puis crier. Rien.
Des hommes entourent l’appareil. Cela sent la suprême minute. Nanni ne nous voit pas. Appelez-le, Sainte. Courez, courez donc. Elle y est déjà. Moi je suis à bout de tout.
Je reste sur place. Des ronflements métalliques dans le ciel. Quelle est cette constellation mouvante ? Toutes ces étoiles sont parties de ces hangars ténébreux et de ce cirque bleui par les lampes à arc. On voit, de l’une à l’autre, l’invisible fil de soie que nos yeux s’accoutument à nouer aux astres pour les grouper.
Source : Gutenberg

Portrait de Louis Delluc Louis Delluc La Guerre est morte: roman

Je suis transi. Cobral enfonce une grosse casquette bleue sur son front têtu. J’ai pris mon feutre, il ne tient pas, je l’ôte, j’ai froid, mais j’aime le vent sur les cheveux.
— Voulez-vous des lunettes ? offre Cobral.
— Non, je suis bien ainsi.
Un peu trop froid cependant. Mais Cobral me passe une couverture doublée d’hermine, tout à fait suave.
La voiture est découverte, sans une glace pour nous garantir. Voiture de course, de course et de luxe, et elle file, silencieuse, prudente, folle, avec ce paradoxe d’audace intelligente qui marque les félins.
Source : Gutenberg

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