“ Ne m'en voulez pas de l'aimer, il a été le seul grand amour de ma vie comme fut pour vous Antonia. Ne me punissez pas d'avoir été sincère; ne m'abandonnez pas dans mon chagrin, ne me laissez pas seule avec le doute affreux que je ne suis pas aimée! —Puisque ce n'est point par moi que vous voulez l'être, répliqua-t-il, que me demandez-vous? Nous voir pour nous faire souffrir à chaque heure serait insensé et funèbre; quittons-nous sur un songe qui fut beau, je ne vous verrai plus, mais je garderai votre souvenir tant que mon cœur battra. ”
Louise Colet
Résumé
« Lui », roman de Louise Colet, explore les tourments d’un amour impossible entre Antonia, une danseuse passionnée, et Albert, un poète solitaire, dans un cadre vénitien chargé de mystère. À travers des dialogues poétiques et des réflexions sur l’art, l’œuvre mêle passion, désespoir et recherche de l'idéal.
Les thèmes de l’amour transcendant, de la solitude créative et de la fragilité humaine s’entrelacent, illustrés par des scènes mémorables comme la confrontation entre l’âme et la raison. Colet, en s’appuyant sur des motifs romantiques et des références à Lord Byron, dépeint une quête désespérée de vérité dans un monde apathique.
Citations de Lui (Louise Colet)
“ Ce qu'Antonia avait de plus beau, c'était le regard: ceux qui ont été caressés ou maudits par ces yeux tour à tour si tendres et si terribles, y penseront jusque dans la mort. Je me souviens qu'en passant le mont Cenis, à l'aspect des Alpes dans leur calme éternel, je m'écriai: «Quel spectacle pourra donc me faire oublier et ôter de devant moi ces yeux que je vois toujours?» J'avais à mes pieds l'abîme, l'avalanche au-dessus; un aigle noir planait sur la cime des bois immobiles. J'avançais pensif, apercevant sans cesse, comme deux flammes qui me devançaient, ces yeux maîtres de mon cœur. ”
“ On n’improvise pas plus un public à son intelligence que des croyants à sa foi ; notre temps est aussi insensible au génie du poëte que le désert l’est à la fatigue du voyageur ; un poëte a dit quelque part, marquise : « Nous ne vivons plus que de débris, comme si la fin du monde était arrivée, et au lieu d’avoir le désespoir nous n’avons plus que l’insensibilité ; l’amour même est traité aujourd’hui comme la gloire et la religion : c’est une illusion ancienne ; où donc s’est réfugiée l’âme du monde ? » Regardez autour de vous, marquise, vous chercherez en vain la grandeur ! ”
