Noël Garnier, Le Mort mis en croix, poèmes (1926)
“ Vous, que la terre a mis en croix. NOSTALGIE DE LA GUERRE J'ai pris ta bouche et tes seins droits D'un même baiser sacrilège. Ma peine a fondu sous tes doigts Comme, au soleil levant, la neige. J'ai l'horreur de ce vide en moi, J'ai trahi mes morts encore une fois. Ah ! courber sous mille linceuls Comme autrefois mon front en deuil, Ne pas avoir d'autre pâture Que le sang de mille blessures, Saigner, saigner, saigner autant Que mes soldats, en d'autres temps, Lorsque la guerre insatiable Emplissait ma bouche de sable, Comme au fond d'un trou sans espoir Un mort mâchant l'éternel soir. ”
