Noël Garnier

Résumé

Noël Garnier Le Mort mis en croix, poèmes (1926)

Vous, que la terre a mis en croix.
NOSTALGIE DE LA GUERRE
J'ai pris ta bouche et tes seins droits D'un même baiser sacrilège. Ma peine a fondu sous tes doigts Comme, au soleil levant, la neige.
J'ai l'horreur de ce vide en moi, J'ai trahi mes morts encore une fois.
Ah ! courber sous mille linceuls Comme autrefois mon front en deuil,
Ne pas avoir d'autre pâture Que le sang de mille blessures,
Saigner, saigner, saigner autant Que mes soldats, en d'autres temps,
Lorsque la guerre insatiable Emplissait ma bouche de sable,
Comme au fond d'un trou sans espoir Un mort mâchant l'éternel soir.
Source : Gallica

Noël Garnier Le Mort mis en croix, poèmes (1926)

Une grande foi, peut-être... L'amour meurt.
Songe, songe, fossoyeur Aux moissons de coeurs Sous les tombes vertes.
Une grande foi, peut-être
Qui va naître Sur les ruines du bonheur !
En tout cas de la douleur
Précise, obstinée Déjà, là, contre mon coeur, Comme une bouche collée.
De la douleur qui enfante
Ce poème en moi Ces pleurs que je chante En crispant mes doigts,
Cette vie dont le désastre Flambe comme une forêt Avec des naissances d'astres Dans la cendre des cyprès.
Une grande foi, peut-être Pour illuminer demain — Aujourd'hui la vie déserte Et la nuit sur mon chemin.
Source : Gallica

Noël Garnier Le Mort mis en croix, poèmes (1926)

Allez ! La vie vaut qu'on la vive Même avec des pleurs dans les yeux. Que nul ne sache... Et vous, mon Dieu, Gardez mon coeur, qu'il ne la suive.
Penchez-vous ainsi sur mon coeur Front trop grave où l'Amour hésite A poser, d'un doigt, la pâleur Et le fardeau d'une minute.
Ou plutôt soyez-moi lointaine Comme les jours où j'ai souri S'il est vrai que je me souvienne D'avoir par vous, un jour, souri.
Il y a eu toute la guerre Entre cette heure et aujourd'hui Qu'entre nos coeurs il n'y ait guère Plus, mon amour : toute la Vie.
Source : Gallica

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