Résumé

Portrait de Paul Milliet Paul Milliet Une famile de républicains fouriéristes

POLYPHILE Je ne sais si le vieux Polyphile était encore jeune en 1830, toujours est-il que, poète romantique, il eut alors du vague à l’âme, et prit l’habitude de ne vivre que par l’imagination. Aujourd’hui son corps usé mérite assez bien le nom de « guenille ». Il porte lunettes, il a l’oreille dure et la mâchoire dégarnie. Il marche le dos voûté, et l’appui d’une canne est devenu nécessaire à ses pas chancelants. En vain il essaie de se redresser ; il ne fait plus illusion qu’à lui-même.
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Portrait de Paul Milliet Paul Milliet Une famile de républicains fouriéristes

Doit rayonner pour toi sur ce visage d'ange
Qui pour les autres yeux n'exprime rien encor !
Et dans les sons confus de sa voix enfantine.
Langage bégayé que toi seule devines.
Quelle douce harmonie et quel céleste accord !
Dis-moi ce que tout bas son haleine murmure,
Lorsque sur tes genoux tu berces son sommeil ;
Sans doute, quand vers lui tu penches ta figure,
Ton oreille recueille un son qui vient du ciel.
Dis-moi ce que son œil, miroir de sa jeune àme,
Reflète de divin, de pur et d'enivrant ;
Dis-moi ce qu'en ton cœur et de mère et de femme
Verse de volupté ce sourire d'enfant.
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Son intelligence, active et lucide autrefois, s’est obscurcie ; rien ne l’intéresse plus, si ce n’est cette contrefaçon de l’amour. Par une habitude invétérée, sa main continue de retracer sur le vélin les tendres formules qui étaient à la mode à l’époque lointaine de sa jeunesse. Ses rêves passionnés et ses désirs chimériques flottent au hasard et se posent n’importe où : respectable matrone ou actrice évaporée, fille, femme ou veuve, noble dame ou cuisinière, tout lui est prétexte à sonnets ou à ballades. Polyphile possède ainsi tout un sérail imaginaire.
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