René Crevel

Résumé

René Crevel Mon corps et moi (1926)

Si j’ai rêvé d’une solitude telle que je ne serais pas tenté, le soir venu, de chercher le contact illusoire d’une chaleur humaine c’est bien que ce un peu de vérité, au cours de toutes mes tentatives quotidiennes, ne m’a jamais contenté. C’est lui au contraire qui a permis au mensonge (le mien et celui des autres) de tenir debout, car si la vérité n’est susceptible d’aucun alliage et, par conséquent, apparaît étrangère à un monde où tout est fusion, le mensonge ne saurait être conçu à l’état pur, je veux dire sans ce un peu de vérité dont se contente notre aimable faiblesse.
Source : Gutenberg

René Crevel Mon corps et moi (1926)

Et entre l’Anglo-Saxon ivre et le maquereau triste c’était un dialogue où triomphait le mépris de la chair par quoi les plus sages voulurent mettre en garde les plus ardents et leur faire savoir que l’illusion de posséder en fait ne permet jamais d’atteindre à cette joie, carrefour où des esprits tangents s’épanouissent et se mêlent enfin par les antennes communes.
Et certes, ce désir obstiné qui cherche l’amour, fait s’échapper l’amour dans le sursaut même, à la fin d’un acte qui ne laisse, entre deux chairs sottes et partiellement fripées, qu’une honte de peau et d’esprit.
Source : Gutenberg

René Crevel Mon corps et moi

Mais, après la mémoire, avant l’oubli, c’est la paix et son clair brouillard, un voile à ne pas déchirer. Mes doigts saignent d’avoir compté des vertèbres, mes paumes sont meurtries d’avoir caressé des squelettes. Exactitude des os, des chairs molles, mais qui n’est pas la vérité. Les couleurs sont absentes, seules aptes à parfaire la résurrection. Il faut que la mémoire se taise, entremetteuse des jours de pluie. Elle a vendu, hypothéqué toute chair, l’humaine et celle aussi des fleurs qui furent de nos jardins secrets, tout cela pour une petite rente viagère qui ne peut rien contre l’ennui.
Source : Wikisource

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