“ On ne sait pas assez, on ne peut pas savoir la répulsion terrible de l’artiste qui résiste, qui demande grâce, non pas pour lui mais pour ce qu’il veut faire, parce que son œuvre toujours commence demain...Lucien revoyait les yeux de Georges, ces yeux de peintre gris et brillants, à la pupille un peu dilatée, qui scrutaient avec délectation la beauté des choses. Peindre, pouvoir peindre, c’était pour lui la seule réalité qui valût la peine de vivre, l’oubli de tout, d’Élisabeth même... Le savait-elle, qu’il se fût épanoui sans son amour et que son art lui aurait suffi ? ”
Résumé
“La survivante”, est une œuvre de Jean Balde. Des thèmes tels que Élisabeth, Lucien ou Georges y sont abordés.
Citations de La survivante (Jean Balde)
“ Ne me parlez pas de noblesse dans les sentiments. Tout cela est faux ! Je ne suis qu’un cœur chargé de désirs qui hait ce qui est contraire aux lois de la vie.« Si je vous fais horreur, ne me répondez pas, ne m’écrivez plus. Je préfère le pire aux formes vagues de votre pitié. Mon cœur n’en peut plus d’attente et d’indécision.« Adieu, Élisabeth. Pardon, mon amie. Je couvre cette lettre de mes baisers. »Un moment, elle resta assise, les yeux fermés, en proie à une agitation intérieure qui était comme un dernier sursaut de sa chair vaincue. ”
“ Il y avait eu tant de choses en ces années dont le fantôme s’élevait entre eux : la guerre, l’arrachement à la vie ancienne, la mort de Georges. La première fois qu’il osa murmurer ce nom, il reprit la main d’Élisabeth.Les quais passaient dans la portière, un Paris du matin gris et triste, tout voilé d’hiver et de brumes. Élisabeth se taisait. Quand elle releva un peu son visage, il vit près de lui ses yeux graves, brillants de larmes contenues. Mais sur la bouche qui étouffait les mots douloureux, un sourire peu à peu montait, beau et radieux comme la vie, qui le remerciait de son amitié. ”
“ Lucien eut l’impression qu’elle le regardait avec angoisse : ainsi un être qui va se noyer, et s’accroche encore au parapet, implore des yeux qu’on le retienne.— Vous croyez, commença-t-elle, — et sa voix n’était qu’un cri étouffé — vous croyez que Georges m’aimait...L’exposition était ouverte depuis quinze jours. Le premier soir, après la cohue du vernissage, Élisabeth était rentrée, fiévreuse, excédée, le cœur durci et vidé de toute émotion. Jusque-là, elle avait connu une noble et pure tristesse, celle qui resplendit dans les espaces aérés de la solitude. ”
“ Les yeux d’Élisabeth se mouillaient de larmes. Elle, la femme d’un pur et admirable artiste, dont l’amour avait été en elle orgueil, plénitude de joie magnifique, elle aurait accepté de se dépouiller jusqu’au fond de l’âme ! C’était bien cela qui eût été pour elle méprisable et contre nature. C’était cela l’oubli des lois de sa vie...— Tu es toute seule, tu voudrais partir, lui dit M. Virelade qui était arrivé près d’elle, son vieux « panama » baissé sur les yeux, par un petit sentier dans les vases séchées de l’oseraie, sans qu’elle l’entendît. ”
“ Quinze jours ont passé depuis qu’Élisabeth a commencé de répondre aux lettres qui se font presque quotidiennes. Une pitié vive lui a inspiré des mots d’amitié. Lorsqu’elle pense à l’isolement de Lucien, aux peines qu’elle lui cause, un profond désir la tourmente de mettre dans sa vie un peu de douceur. Quand une femme sent qu’elle possède, dans son moindre geste, un mystérieux pouvoir de bien ou de mal, la tentation est grande d’en user suivant sa nature. C’est l’erreur d’un cœur généreux de croire qu’il est bienfaisant en donnant un peu, en donnant même plus qu’il ne devrait. ”
“ C’est parfois une volupté triste de répandre des larmes sur sa jeunesse et sur son amour. Il semble que soit baisée dans l’ombre une face invisible. Et quelle douceur, dont l’âme jouit comme d’une noblesse, d’aimer encore, d’aimer toujours dans l’apaisement si vaste de la mort ! A cette même place, sur le divan drapé d’un châle de l’Inde orange et noir, Élisabeth se rapprochait autrefois peu à peu de Georges. L’un et l’autre, leurs bras se resserrant, sombraient dans une obscure et muette joie qui laisse aux lèvres un goût de néant. ”
“ Il y a une grande tristesse à être aimée uniquement, aimée à l’excès ! Son père lui dira peut-être au dernier moment : « Pars, si tu le veux, mais je n’ai pas encore compris ce que tu vas faire. » Il croit donc que c’est fini pour elle d’espérer, d’attendre, de respirer passionnément l’atmosphère de l’amour, l’orgueil de l’amour, à la manière des solitaires qui tirent leur vie d’un inépuisable secret de leur âme.A Gueyte-lou, la veille du départ, son cœur étant prêt à s’ouvrir, elle a senti le violent et délicieux désir de parler de Georges. ”
“ C’était la conception paisible des vieilles familles, à laquelle son esprit un peu distrait mêlait un charme d’idéalisme. Toute la douceur de la vie tenait pour elle dans les affections familiales. Sa nature, portée aussi à tirer du plaisir des petites choses, imaginait aisément les moyens d’occuper les jours : Élisabeth finirait par s’intéresser à la Flaütat, comme elle-même s’y était attachée, et peu à peu s’apaiserait ce sentiment encore si ardent qui l’occupait exclusivement.— Vous ne vivez que d’illusions, affirmait Mme Borderie, acharnée à déchirer ce tissu de rêves qui l’exaspérait. ”
“ Que de fois aussi, solitaire et impatiente, le visage dans ses mains, elle l’avait attendu le soir. Il n’aimait pas qu’elle montât à son atelier. Combien elle sentait alors, dans toute sa chair, que l’homme et la femme liés d’amour se trouvent engagés malgré eux dans un perpétuel et obscur combat, où l’un se dérobe et l’autre s’épuise.Maintenant, entre son amour et le souvenir insaisissable que modifient mystérieusement l’instant et l’humeur, la lutte continuait. Il lui fallait, à travers l’œuvre de Georges, le chercher encore. Élisabeth se releva, le regard brillant. ”
“ Puis elle releva ses paupières avec un sourire plein de mystère, comme si cette date lui rappelait un temps ineffablement beau et heureux, conservé au fond d’elle-même. La lumière de l’ampoule, suspendue au-dessus de sa tête, creusait les ondes de ses cheveux. L’animation colorait un peu son visage, dans ses yeux brillait, reflet de son cœur, la satisfaction de parler sa vraie langue et d’être comprise.« Comme elle est belle », pensait Lucien. C’était lui maintenant qui tournait les pages. La lampe éclairait son front et ses mains veinées. ”
“ Mme Virelade soupire à plusieurs reprises. La pénombre dissimule quelle compassion vague se peint sur son visage aux traits fatigués. Mais Élisabeth a le sentiment que ses paroles sont inutiles. Jamais, jamais, elle ne pourra faire jaillir jusque dans le cœur de sa mère cette flamme profonde qui est dans sa vie et, comme tant de fois, elle arrête la voix intérieure qui s’élève dans sa solitude :— Non, vous n’avez pas senti, ni vous ni mon père, quelle âme se cachait sous ses apparences modestes. D’autres, à Paris, l’ont admiré. ”
“ Au fond d’une glace, comme elle passait, elle se vit vieille, ravagée, ses yeux enfoncés, sous un grand chapeau aux ailes abattues.La plus grande marque de faiblesse, dans certaines natures, est de s’arrêter au bord du succès ; à l’instant même où le mystérieux génie de la victoire souffle de poursuivre un avantage, de précipiter la débâcle, une hésitation les paralyse, l’instinct fait place à la discussion, et une déroute inexplicable disperse les forces qu’il aurait fallu jeter vers le but.C’est ainsi que Lucien n’était pas revenu chez Élisabeth. ”
“ Élisabeth est seule sur le banc de pierre. Entre un néflier et un massif de boules-de-neige, elle aperçoit, frémissante dans les vibrations de l’air chaud, la nappe du pré d’un gris métallique, que le soleil de midi blanchit.Puis elle a marché longtemps, tête nue, sa tunique serrée d’un ruban flottant sur sa robe, dans l’allée criblée de sous lumineux. Les faneurs rentrant à une heure, leur chemise ouverte, l’ont aperçue allant et venant entre la maison et le bord de l’eau, comme quelqu’un qui n’arrive pas à user ses forces. ”
“ Son visage apaisé, ses yeux graves répandaient une lumière voilée comme celle qui rayonne de certaines roses couleur de veilleuse. Lui mentir ? Mais on ne peut pas mentir toujours et tout vous trahit, jusqu’à la pitié, en qui l’amour discerne sa pire ennemie ! Si son dévouement allait jusqu’à la folie, si elle l’épousait, les yeux fermés, comme on s’immole, lui-même un jour, las de buter au mort invisible, se redresserait pour la maudire : « Il valait mieux me laisser... vous m’avez trompé ! »Élisabeth... Élisabeth... ”
“ Élisabeth, les yeux éblouis par la réverbération d’une eau pailletée, avait l’impression de s’enfoncer dans le royaume de la lumière. A s’éloigner un peu de la rive, elle la voyait mieux... la maison, les arbres, les coteaux pâlis par l’ardent été. De tout cela, qu’elle avait respiré depuis son enfance, Georges avait composé pour elle un domaine d’art, de rêve et de poésie dont la nostalgie la suivrait partout. Il n’y avait pas de plus beau pays. ”
“ Les mêmes pensées, cent fois repoussées, le décourageaient : que pouvait-il offrir à Élisabeth qui valût la beauté de son jeune amour ? Quoi qu’il essayât, il serait toujours le second, celui que l’on compare à un plus heureux et dont l’orgueil souffre, blessé, vaincu, incapable de réagir contre la force immense du passé.Cette salle de restaurant était semblable à beaucoup d’autres, avec des glaces, des boiseries blanches, des lustres à pendeloques, un tapis bleu de cendre, et de petites tables sur lesquelles des garçons, mettant le couvert, étendaient des serviettes propres. ”
“ Il n’avait rien cherché, rien vaincu qu’au fond de lui-même, dans ces ténèbres où l’artiste explore et désire, le visage penché sur sa propre source, se buvant et se reflétant, hypnotisé par l’image renversée du monde. Aucune autre joie ne l’avait vraiment exalté. Elle le savait. Elle le sentait. Parfois même elle l’avait haï, avec le sombre déchaînement d’un cœur refusé. Et cependant cette œuvre qui naissait lentement sous son front penché, toutes ces toiles, comme autant de miroirs qui le révélaient et qui l’expliquaient, elle en avait l’orgueil passionné. ”
“ Je pense que plus vous prendrez conscience de cela, plus vous vous sentirez forte et heureuse (je parle du bonheur intérieur de ceux qui ne vivent que pour leur âme) . J’envie ceux qu’une idée transfigure. Les fous n’ont aussi qu’une idée et on les dit parfois les plus sages. Mais je préfère encore ma conviction intime qu’ils s’enfoncent dans une erreur.« Laissez-moi vous l’écrire, Élisabeth : je continue de croire que vous vous trompez. Vous me dites aimer la vie dans « les efforts qu’elle réclame » et pour « ces souffrances mêmes qui sont les raisons de notre orgueil. » ”
“ Il fallait comprendre la vie, qui n’est point comme on le croit sûre et uniforme ; il fallait admettre qu’un peintre, plus encore qu’à son amour, serait à son art. Maintenant que son cœur n’était plus tiraillé par tant de souffrances déraisonnables, mais ramassé sur le sentiment affreux de la mort, tout cela semblait si facile. On ne se marie pas pour être heureux, on se marie pour être, pour vivre avec celui qui est le souffle de votre souffle... ”
“ Les pendeloques emportées dans un mouvement giratoire tintèrent longuement. Un jeune prêtre, accablé par le poids de sa chape noire, se prosternait devant l’autel incendié. Dans les bas côtés, presque déserts chaque dimanche, se touchaient les têtes découvertes : on n’aurait pas imaginé qu’il y eût tant d’hommes dans la commune.Élisabeth, agenouillée au bas de la chaire, sentait s’exalter dans son âme l’émotion profonde de cette journée. Comme tant de fois, mais avec une fièvre d’orgueil plus intense, se brisait sur les pieds divins sa douleur d’épouse. ”
“ Ceux qui aiment ainsi rassemblent toute la beauté de la terre sur la seule personne de la femme aimée. Ils s’en nourrissent et s’en désaltèrent. Ils en vivent dans une joie exaltée d’orgueil, mais aussi dans les troubles et les angoisses, frissonnant du tremblement inexprimable de l’être qui au fond se sait misérable, et n’est jamais complètement sûr d’un autre cœur et d’une autre chair. ”
“ Élisabeth sentait affluer cette force généreuse qui était une réapparition de son âme ancienne. Tout en achevant de s’habiller, elle regardait sur la cheminée, à côté de la pendule en marbre blanc, une photographie : c’était, sous les marronniers de Versailles, un groupe d’amis entourant Georges assis sur un banc de pierre, son album ouvert ; une seule femme, elle, le visage barré par un grand chapeau ; et Lucien, un peu en arrière, accoudé à une vasque. Elle revoyait l’après-midi qu’ils avaient passée, les nefs vert tendre amincissant un fuseau de ciel orageux. ”
“ Un esprit mauvais de violence soufflait sur Lucien. Il eût voulu presser Élisabeth de questions précises, lui arracher des aveux, des larmes, mettre la main sur son orgueil même : « Convenez, lui criait une voix intérieure, que votre cœur sent un espace vide et ne s’agite que pour le remplir. On ne travaille pas pour les morts. Le temps seul, cadran solaire impitoyable, allonge ou réduit la place de leur ombre... »Il pensait confusément tout cela, les paupières battantes, contredisant ce qu’il avait lui-même écrit pour la rappeler. ”
“ Un après-midi pourtant — c’était sur le banc de pierre entre les gros ormeaux, leur vue plongeait sur le village, le fleuve et le fond azuré des Landes — le découragement l’envahit. Un parfum de lilas venait de la terrasse. Pourquoi sa destinée était-elle de souffrir toujours ?— Élisabeth, qu’avez-vous, s’écria vivement sa vieille amie, lui prenant les mains.Dans son visage flétri et creusé, les yeux clairs répandaient une merveilleuse lumière de bonté. Elle avait la figure des femmes qui s’embellissent en pensant aux autres. ”
“ Et elle revoyait un des petits tableaux préférés de Georges : la même atmosphère un peu hollandaise baignait les rives du fleuve bordées de roseaux. Il aimait ces études modelées dans le gris, qu’éclairaient seules quelques taches fines et précieuses, une voile rousse sur l’eau assombrie. C’était sa manière de se révéler, lui dont la sincérité n’apparaissait que lentement, à travers ses rêves, comme si les choses profondes de son âme ne pouvaient que dans le demi-jour affleurer enfin.Un pas ferme descendait l’escalier. Son père sortait. ”
“ Élisabeth regardait, au-dessus d’un bouquet d’arbres en velours noir, vu à contre-jour, une frêle étoile suspendue dans le bleu nocturne. Puis une autre pointa, plus petite encore, atome d’azur, qui lui rappela l’ami perdu dans la grande ville, s’efforçant de jeter sa mince lumière. Une prière profonde montait dans son âme, élevée vers Dieu qui voit toute peine, connaît seul l’envers éclatant de nos destinées et s’en sert pour enrichir mystérieusement la beauté du monde et du ciel. ”
“ C’était le moment où les pauvres se sentent plus pauvres encore, et plus tristes, plus « chiens perdus », ceux qu’isole une disgrâce quelconque du cœur ou de l’esprit.La crainte du tête-à-tête avec lui-même chassait Lucien de son petit bureau. Il sortait au déclin rapide de l’après-midi, fuyant le noir, la lampe solitaire, l’atmosphère saturée de sa propre vie. A Paris, c’est la rue qui est le refuge de toutes les détresses. ”
“ Peut-être le pressentiment de sa mort prochaine l’agitait-il d’une inquiétude secrète : les êtres infiniment sensibles frémissent d’avance sous leur destin. Il appréhendait aussi, pour ses petites toiles à la fois solides et précieuses, le jour vif des expositions et le contact brutal du public. Nous sommes tous ainsi, le cœur faible devant notre œuvre. Du moins nous l’étions, car les générations d’après-guerre sont autrement pressées et voraces. Combien, à trente-cinq ans, je leur parais déjà démodé, avec mes hésitations, mes scrupules, mon éternel recommencement de la page jamais finie ! ”
“ Les lumières de Bordeaux tremblaient sur le fleuve. A une station, un voyageur entra, puis deux autres. Élisabeth se redressa. Sur son visage, voilé de dentelle, s’effaçaient les stigmates amers du départ. Ses yeux avaient repris leur éclat d’étoiles. Elle n’était plus que la voyageuse anonyme, en long manteau noir, son sac à la main, que personne n’aidera à descendre et qu’entraînera la cohue du quai.Dans le rapide de Paris, elle enleva sa toque, passa dans ses cheveux sa main dégantée, et respira profondément. ”
“ Chez les Lopès-Welsch !Les arguments se pressaient sur ses lèvres pour la dissuader. C’était lui, lui, qui offrait de faire à sa place toutes les démarches. N’eût-il pas dû, au contraire, se féliciter qu’elle voulût rentrer dans la vie ? Un instinct l’avertissait que la solitude travaillait contre lui pour Georges. Il ne fallait pas qu’elle fût toujours seule. Elle avait une trop grande force de vie intérieure. Le monde oublieux et dur, qui va de l’avant, la lui rejetterait peut-être un jour, stupéfaite de son réveil et désemparée sur les débris de son idéal. ”
“ A ces moments-là, son cœur se gonflait, il se sentait rafraîchi, meilleur, prêt à ces belles choses que rêve la jeunesse et qui devaient être la revanche de ses premières humiliations. Lui, qui n’avait pas eu de foyer, il éprouvait la sensation d’une tendresse, d’une paix infinie. Ah ! ces réveils de l’adolescence, les claquements sur le péristyle de la tente en coutil rayé, la brise fraîche, les pêches enveloppées d’une buée glacée, et la grande journée devant soi, nappe de lumière et de liberté. ”
“ Qui peut sonder, sous les dehors impénétrables, les trahisons secrètes de l’esprit, et combien le féroce instinct de revivre dans le silence infini des deuils presse les cœurs contractés jusqu’à éclater ?« Pas aujourd’hui, se répétait-il, demain peut-être... » Mais céderait-elle ? Qui donc oserait, à travers les défenses d’un orgueil si pur, deviner les palpitations de la chair blessée qui voudrait se rendre, et dont l’aveu toujours sera étouffé ! Il s’épouvantait de penser que cet autre, cet inconnu, qui l’arracherait à ce qu’elle aimait, ne serait pas lui. Tant de gens l’entouraient déjà. ”
“ Le visage au fond d’un miroir n’est qu’une tromperie. Tout rêve se déforme. Seul demeure le cadre désaffecté du bonheur, le vide de la mort.Il mit son pardessus, sortit, longea des magasins encore éclairés. L’avenue de l’Opéra était presque vide. Le froid qui mordait son visage lui faisait du bien. Sa grande faute, en toutes circonstances, avait été de céder aux événements. Cette fois, il voulait lutter. Un moment viendrait pour Élisabeth où l’œuvre de Georges et son amour même, dont elle doutait peut-être en secret, lui paraîtraient creux, enlaidis, stériles. Cette heure vient toujours. ”
Termes fréquents
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