“ Tout le monde s’imagine avoir aimé, être capable d’aimer; rien de moins commun pourtant qu’un fort amour, un de ces amours qui entrent dans le sang, allument le cerveau et amollissent mortellement le cœur. Rien de moins commun, mais chaque homme cependant peut être appelé à rencontrer les dieux sur sa route. Comment les fuir ou les terrasser, s’ils sont des mauvais dieux, des dieux qui entraînent à la honte, à la misère, au désespoir lorsqu’on n’a pas appris à être son propre maître? Devenir roi de soi-même est donc le premier acte de l’amour. ”
Dora Melegari
Élements biographiques
Dora Melegari (1849-1924), romancière et critique littéraire suisse, s’inscrit dans le courant naturaliste tout en développant une réflexion originale sur les rapports sociaux et l’émancipation des femmes. Son œuvre, marquée par une prose rigoureuse et une analyse psychologique fine, explore les tensions entre individualisme et collectif, comme le révèle Ames dormantes ou Faiseurs de peines et faiseurs de joies.
Bien que certains de ses premiers romans aient été rédigés par Octave Mirbeau, ses textes autonomes, tels que Chercheurs de sources, témoignent d’une pensée critique et d’un engagement moral profond, souvent associés à ses nominations au prix Nobel de littérature.
Citations de Dora Melegari
Dora Melegari,
Chercheurs de sources
(1908)
“ Le goût des cendres sera plus écœurant et amer si les sens et le cœur n’ont jamais connu les voiles d’or. Non seulement l’amour aura cessé d’exister, mais son souvenir aura perdu tout prestige et tout charme. Au contraire, ce qui a été, ne fût-ce qu’un jour seulement, éclairé par l’imagination, continue à illuminer l’existence, malgré les douleurs, les abandons, les chutes...De même, pour que l’amitié ne reste pas terne et grise, l’imagination est indispensable autant que le soleil à la croissance et à la coloration des fleurs. ”
Dora Melegari,
Le Livre de l’espérance
“ La pratique de la vie simple rendrait la liberté à une foule d’esprits qui gémissent dans l’esclavage de la richesse qu’ils possèdent ou de celle qu’ils convoitent. Or, y a-t-il rien de plus charmant que la liberté ? Elle seule donne des ailes à l’âme, permet l’harmonie, confère le sentiment de la valeur personnelle. L’habitude du luxe, au contraire, interdit toute liberté physique et morale. Quand on sent des besoins impérieux, il faut les satisfaire, de là les compromis auxquels on assiste. Tout devient vite marchandage et mille considérations secondaires nous poussent ou nous retiennent. ”
