“ En dépit du plus cruel de tous les sorts, je trouvais ma félicité dans ses regards et dans la certitude que j’avais de son affection. J’avais perdu, à la vérité, tout ce que le reste des hommes estime ; mais j’étais maître du cœur de Manon, le seul bien que j’estimais. Vivre en Europe, vivre en Amérique, que m’importait-il en quelque endroit vivre, si j’étais sûr d’y être heureux en y vivant avec ma maîtresse ? Tout l’univers n’est-il pas la patrie de deux amants fidèles ? Ne trouvent-ils pas l’un dans l’autre père, mère, parents, amis, richesses et félicité ? ”
abbé Prévost
Élements biographiques
L’abbé Antoine François Prévost, romancier, historien et traducteur français du XVIIIe siècle, incarne une figure complexe d’écrivain engagé dans la tension entre dévotion et passion.
Son œuvre, marquée par une exploration approfondie des enjeux moraux et sociaux, culmine dans Manon Lescaut, chef-d’œuvre de la littérature amoureuse et décadente, où l’amour et la chute humaine s’entrelacent avec une acuité psychologique. À travers Le Philosophe anglais et ses traductions de Richardson, il combine réflexion philosophique et critique sociale, affirmant un style narratif à la fois lyrique et percutant.
Citations de abbé Prévost
“ Manon répondit: Hélas! une vie si malheureuse mérite-t-elle le soin que nous en prenons? Mourons au Havre, mon cher Chevalier. Que la mort finisse tout d'un coup nos misères! Irons-nous les traîner dans un pays inconnu, où nous devons nous attendre, sans doute, à d'horribles extrémités, puisqu'on a voulu m'en faire un supplice? Mourons, me répéta-t-elle; ou du moins, donne-moi la mort, et va chercher un autre sort dans les bras d'une amante plus heureuse. Non, non, lui dis-je, c'est pour moi un sort digne d'envie que d'être malheureux avec vous. Son discours me fit trembler. ”
“ J'aurais peine à penser que l'Hôpital, Madame, Fût un trait dont l'Amour l'eût gravé dans votre âme.Mais c'en est un bien séduisant qu'un hôtel meublé avec un carrosse et trois laquais; et l'amour en a peu d'aussi forts. Elle me protesta que son cœur était à moi pour toujours, et qu'il ne recevrait jamais d'autres traits que les miens. Les promesses qu'il m'a faites, me dit-elle, sont un aiguillon de vengeance, plutôt qu'un trait d'amour. Je lui demandai si elle était dans le dessein d'accepter l'hôtel et le carrosse. ”
