“ La crédulité du chevalier des Grieux n’a rien qui doive nous étonner, si nous songeons à l’âge du héros. Comme il aime pour la première fois, comme il n’a jamais été trompé, sa confiance est très-naturelle. ”
Chevalier des Grieux
Définition et enjeux
Citations sur “Chevalier des Grieux”
Pierre Bernard d'Héry,
Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut…
(1821)
“ Je commis une imprudence, eu lui confessant que je savais où était son fils; mais l'excès de ma colère me fit faire cette indiscrétion. Il appela aussitôt cinq ou six autres archers qui l'attendaient à la porte, et il leur ordonna de s'assurer de tous les domestiques de la maison. Ha! M. le Chevalier, reprit-il, d'un ton railleur, vous savez où est mon fils, et vous le ferez étrangler, dites-vous? Comptez que nous y mettrons bon ordre. Je sentis aussitôt la faute que j'avais commise. ”
Anonyme, La Queste du Saint Graal
“ Puis, brusquement, il arrache son casque, tend son épée à l’homme et lui crie : « Tue-moi donc, car je ne puis vivre avec ce chagrin ! Et peut-être que le Bon Chevalier saura un jour que je suis mort pour l’amour de lui, qui m’avait sauvé ! » Le valet hausse les épaules et s’éloigne. Ainsi tout espoir est perdu de rejoindre le Bon Chevalier, qui là-bas s’en va vers l’aventure splendide du Graal. Perceval se lamente et se désole ; nulle infortune n’est comparable à la sienne ; parce qu’il ne peut obtenir ce qu’il désirait si ardemment, son âme enfantine regrette la mort... ”
Charles Louandre, Revue des Deux Mondes
“ Les combats contre les dragons deviennent pour les chevaliers l’épreuve solennelle de leur vertu. Malheur à ceux qui ont trahi les devoirs de leur noble profession ! ils sont croqués tout armés par ces monstres, comme une noisette par un écureuil. Le chevalier loyal et fidèle, au contraire, ne manque jamais de les enferrer du premier coup, fussent-ils magiciens et longs de cent coudées, ce qui prouve que le courage et les bonnes armes ne sont rien sans les bonnes œuvres. ”
Gustave Planche,
Revue Littéraire - 31 janvier 1856
“ Le chevalier regarde en vain l’éventail, qui demeure muet. Il retourne l’éventail, et se voit dans un miroir encadré de plumes de cygne. La princesse demande à son père, pour M. de Riom, un brevet de capitaine dans les dragons. Le régent signe à contre-cœur et voudrait n’avoir rien signé, quand il apprend que M. de Riom est le neveu de Lauzun. Cependant la haute fortune du chevalier éveille la jalousie du lieutenant des gardes de son altesse, qui vient le provoquer. Rendez-vous est pris dans les fossés de la chartreuse. Le chevalier, mis aux arrêts, s’échappe par la fenêtre. ”
Roger de Beauvoir,
Le Chevalier de Saint-Georges
“ La chevalière inclina la tête et fit signe au maître d’armes de sortir. Elle s’en fut à la table examiner les fleurets à travers son voile noir, qu’elle tenait rabattu sur son visage. — Courage ! dit le professeur à Saint-Georges, que la vue de la chevalière semblait n’émouvoir en rien, courage, vaillant Achille ! Il sortit de la salle en jetant un regard triomphant au chevalier ; puis, ne voulant rien perdre de ce combat singulier, il fut se blottir avec une anxiété extrême près de son judas. ”
Roger de Beauvoir,
Le Chevalier de Saint-Georges
“ Or, non-seulement le nouveau cavalier n’encourt pas une seule fois cette vengeance, qui donne à rire à la foule, mais il manœuvre son cheval avec une habileté exquise, c’est la grâce du blanc et la force du nègre ”
marquise de Marie de Rabutin-Chantal Sévigné, Lettres de Madame de Sévigné (1823)
“ Vous me faites pleurer du chevalier : quoi! il ne marche point! quoi, on le porte! j'en ai le cœur serré. Il y a un siècle qu'il n'a été à Versailles; cela est fâcheux par bien des raisons; dites-lui comme je sens son état. Celui de M. de Grignan ne me plaît guère; il durera aussi longtemps que sa bile noire sera en campagne : plût à Dieu'que nos capucins fussent à portée de le traiter! ”
Marie de France, Poésies de Marie de France
“ De son côté, Graelent cherchoit à mériter les bontés du monarque, soit en remportant le prix dans les joutes et les tournois, soit en combattant les ennemis de son prince. Le bruit de tant de mérite parvint bientôt jusqu’aux oreilles de la reine ; à force d’entendre vanter le courage et la beauté du chevalier, elle prit de l’amour pour lui. Un jour elle tire à part son chambellan : Parle-moi franchement, n’as-tu pas souvent entendu parler du beau chevalier Graelent dont chacun fait l’éloge ? Oui, ma dame, je sais qu’il est brave et courtois, aussi n’est-il personne qui ne l’aime. ”
Roger de Beauvoir,
Le Chevalier de Saint-Georges
“ Vous m’avez fait tomber de mon haut, marquise, en m’assurant que ce chevalier de Saint-Georges n’était autre que ce petit monstre de sauvage à qui nous donnions nos fusils de chasse à porter chez vous à la Rose ! Je l’ai toujours tenu pour mulâtre, au fond, tout en lui prodiguant les épithètes d’Américain et de créole ; mais, par la sambleu ! ”
Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné,
Lettres choisies
“ Le gentilhomme de M. de Turenne, qui était retourné et qui est revenu, dit qu’il a vu faire des actions héroïques au chevalier de Grignan ; qu’il a été jusqu’à cinq fois à la charge, et que sa cavalerie a si bien repoussé les ennemis, que ce fut cette vigueur extraordinaire qui décida du combat. M. de Boufflers et le duc de Sault ont fort bien fait aussi ; mais surtout M. de Lorges, qui parut neveu du héros dans cette occasion. Je reviens au chevalier de Grignan, et j’admire qu’il n’ait pas été blessé, à se mêler comme il a fait, et à essuyer tant de fois le feu des ennemis. ”
Roger de Beauvoir,
Le Chevalier de Saint-Georges
“ Comme sur Dieu même, monsieur le chevalier. Il me tarde de vous accompagner à cheval ; vous y êtes si beau ! Allez, c’est bien vrai le proverbe qui dit : « Monté comme un Saint-Georges ! » L’effusion de Joseph Platon donna au chevalier un quart d’heure de gaîté bouffonne dont il augura bien pour l’avenir. Affublé de cette grande robe qui le faisait ressembler à feu Mahomet, l’heiduque de nouvelle date porta ses pas vers l’antichambre, où il ne trouva aucun domestique... ”
Philippe-Henri de Grimoard, Essai théorique et pratique sur les batailles… (1775)
“ Cette disposition outre l'avantage de rassurer la première ligne, ou de faciliter son ralliment, a encore celui de pouvoir achever la défaite de l'ennemi, en se portant brusquement sur lui, avant qu'il ait pû se rallier ou se faire soutenir. Dans le second cas, cest de placer entre les escadrons des pelottons de dragons. Ils peuvent se mouvoir aussi rapidement que la cavalerie, mettre pié à terre lorsqu'on est près de l'ennemi, fusiller de même que l'infanterie, & si la cavalerie est battue, remonter brusquement à cheval, & se retirer avec elle. ”
Émile Laurent, Histoire anecdotique du duel dans tous les temps et dans tous les pays
“ Nous n'avons pas besoin de ménager une transition pour parler maintenant du chevalier de Saint-Georges. Il touchait au monde du théâtre par un côté, ses opéras-comiques. Grimm le présente ainsi au public : « Jeune Américain, plein de talents, le plus habile tireur qu'il y ait en France et l'un des coryphées du concert des amateurs. » ”
Marie de France, Poésies de Marie de France
“ Aussi tous lui portoient autant d’honneur et de respect qu’ils en auroient porté à leur seigneur. Graelent, au comble du bonheur, n’aperçoit aucun objet qui puisse lui déplaire. Il peut voir sa mie aussi souvent qu’il lui plaît, rire et jouer avec elle. Comment pourroit-il s’ennuyer la nuit, puisqu’il la sent à ses côtés ? Malgré son état heureux, le chevalier alloit souvent en voyage ; il ne se donnoit pas de tournoi dans le pays où il ne se rendît l’un des premiers, et où il ne remportât le prix. Aussi étoit-il grandement estimé des chevaliers. Que Graelent est donc fortuné ! ”
Anonyme, La Queste du Saint Graal
“ Ainsi commençait cette juxtaposition d’éléments chrétiens et féeriques, de religion et de chevalerie, qui resta la caractéristique de la légende du Graal. Un homme, celui dont on va lire l’œuvre, s’avisa vers l’an 1220 d’harmoniser ces éléments. Puisque le Graal était chose quasi sacrée, il voulut que le chevalier qui devait le conquérir ne le méritât pas uniquement par la vigueur de son bras. Il fut ainsi conduit à donner une portée morale aux aventures purement chevaleresques dont se composait jusque là la biographie du héros. ”
Roger de Beauvoir,
Le Chevalier de Saint-Georges
“ Le vent de la mer soufflait fortement ; je courais aussi rapide que lui, poussant mon cheval par les graviers et les herbes. Le capitaine n’avait pas osé faire feu sur moi ; il avait assez de peine à contenir l’exaspération de mes nègres. Peu de temps après ma fuite, il s’était vu cerné, lui et ses hommes, par un grand nombre de noirs armés de couteaux, qui arrivaient aux autres comme renfort. Le bonheur voulut qu’une escorte de trente à quarante dragons jaunes vînt le rejoindre. La minute d’avant il suppliait ; une fois délivré, il donna le cours le plus violent à sa rage. ”
Philippe-Henri de Grimoard, Essai théorique et pratique sur les batailles… (1775)
“ Dans un pays de plaine, cette réserve doit être composée de cavalerie ; & dans un pays coupé, on la forme d'infanterie mêlée de quelques escadrons de cavalerie ou de dragons. entières jusqu'au moment où on les veut faire agir ; ce qui est un grand avantage ; car, dit Montécuculli (m) , celui qui conserve jusqu'au bout le plus de troupes entières, doit remporter la victoire. Si les réserves des ailes ne sont destinées à tourner l'ennemi, ou à remplacer la seconde ligne si on remploie à quelque manoeuvre, ou à augmenter le front de la première, je les crois peu utiles ”
George Sand,
Histoire du véritable Gribouille
(1851)
“ Or donc, Gribouille, continua la reine, voilà cent ans que tu as quitté ton pays de la manière que l’avait prévu la reine des fées. Ton bon cœur n’a pu supporter l’horreur naturelle que t’inspirait le roi des bourdons. Il a voulu te retenir de force, je t’ai sauvé de ses griffes ; il règne à présent et il vit toujours puisqu’il est immortel, quoiqu’il fasse le vieux et parle toujours de sa fin prochaine pour ne pas inquiéter ses sujets. Tes parents ne sont plus. De toutes les personnes que tu as connues, il n’en existe pas une seule. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ C’est le fils de famille, c’est le héros des femmes de haut lieu qu’il séduit par la coupe de son habit et une imperturbable assurance. Le chevalier Grimani appartenait à cette lignée des Léandre, des Lindor et des don Ottavio qui devient si nombreuse dans les sociétés défaillantes, et dont le type, d’une grâce suprême, a troublé le repos de la Grèce. ”
Roger de Beauvoir,
Le Chevalier de Saint-Georges
“ Il essuya une larme douce, la première qui fût peut-être tombée de son œil depuis longtemps ; il ouvrît son âme aux tièdes brises de l’amour. La vie du chevalier s’était consumée jusqu’alors en liens faciles, en plaisirs vains et frivoles. Il vit l’instant où cette passion naïve allait faire de lui un poëte et un rêveur. — Je m’enfermerai avec cet ange, reprit-il ; je ne retournerai point à Sainte-Assise. J’écrirai ce soir à Mme de Montesson de m’excuser. ”
Samuel Richardson,
Histoire du chevalier Grandisson
“ Quoi ? interrompit Clémentine ; que veut-il répéter ? Ah ! Madame, permettez-lui de dire tout ce qu’il a dans l’esprit. Laissez-lui la liberté de soulager son cœur. Parlez, Chevalier. Puis-je servir à votre consolation ? Mon bonheur, si j’en avois le pouvoir, seroit de vous rendre tous heureux. C’est trop, Madame, c’est trop, dis-je à sa Mere avec un profond soupir. Quelle merveilleuse bonté de naturel, éclate avec excellence, dans les ténébres d’une imagination troublée ! Aurez-vous peine à croire, Madame, qu’il n’y a jamais eu d’homme aussi malheureux que moi ? ”
Roger de Beauvoir,
Le Chevalier de Saint-Georges
“ Ce sera, chevalier, quelque pauvre fille innocente... comme la Rosette de M. Jasmin, votre valet... Elle implore sans doute votre protection. — Comment oses-tu, maraud, recevoir des lettres pareilles ? dit Saint-Georges à Jasmin en jetant un coup d’œil sur le papier torchon de l’épître. — La demande est divine, adorable, chevalier ! c’est un placet dans les règles... Un homme ruiné qui vous sollicite pour entrer chez vous à titre d’intendant ou de domestique ; tout lui va ! Il prétend vous avoir connu tout enfant aux colonies... ”
Roger de Beauvoir,
Le Chevalier de Saint-Georges
“ Tenez, mon cher Saint-Georges, dit La Boëssière au chevalier en lui remettant deux lettres qu’il sortit de la poche de son gilet, voici pour vous ! Le maître d’armes arrivait tout essoufflé ; il s’assit pesamment et dans le meilleur fauteuil, comme un homme accoutumé à prendre ses aises chez ses élèves. Saint-Georges était du reste mieux qu’un élève pour La Boëssière, c’était un ami. ”
Samuel Richardson,
Histoire du chevalier Grandisson
“ Sa rage, comme M. Fenwick le rapporte d’après lui-même, le rendant fort dangereux, Sir Charles mit l’épée à la main... Je ne sais que me défendre : Greville, vous êtes mal en garde ; & par une passe qui le rendit maître de son épée, sans allonger un seul coup, il la lui fit sauter du poignet. Vous voyez ce que je puis, dit-il, en lui mettant sur l’estomac la pointe de la sienne. Recevez la vie & votre épée ; mais par prudence ou par honneur, ne tentez plus votre sort. Me revois-je Maître de mon épée, & sans blessure ? L’action est généreuse. ”
George Sand,
Histoire du véritable Gribouille
(1851)
“ Sire, vous perdez la tête ; jamais nous ne pourrons nous défendre des oiseaux ; ils sont aussi agiles et mieux armés que nous. Nous en blesserons quelques-uns et ils nous dévoreront par centaines. Nous n’avons qu’un moyen de transiger, c’est de tirer de prison ce Gribouille, le filleul bien-aimé de la reine des prés. Nous le mettrons sur un bûcher tout rempli de soufre et d’amadou, et nous menacerons cette reine ennemie d’y mettre le feu si elle ne se retire aussitôt. ”
Paulin Paris,
Les Romans de la Table ronde
“ Ils prennent du champ, reviennent et se frappent rudement ils font plier sous eux les arçons mais le glaive du Chevalier malade perce l’écu, s’ouvre passage dans le haubert, et y laisse le fer et le bois. Ils tombent de cheval en même temps ; le Chevalier malade relevé le premier s’élance sur l’autre chevalier l’épée haute. Mais il ne trouve plus qu’un corps inerte ; l’âme s’en était allée. Il remonte à grand’peine, et gagne lentement la forêt. ”
Paulin Paris,
Les Romans de la Table ronde
“ Grimaud, entendant des cris, se hâta de lacer son heaume, et revint sur ses pas jusqu’au chemin fourché que les marchands avaient eu, malgré son avis, l’imprudence de choisir : il atteignit les brigands et renversa les premiers qui se présentèrent. À mesure qu’il les désarçonnait, les marchands dispersés revenaient à lui et achevaient de tuer ceux qu’il avait abattus. Sauvés par la valeur du chevalier inconnu, ils lui rendirent mille actions de grâces. « Qu’au moins, » dit Grimaud, « cela vous apprenne à ne jamais quitter la grande voie pour le chemin de traverse. » ”
Amélie Chevalier, Les voyageuses au XIXe siècle
“ Elle se promène à travers le monde comme dans les rues de Vienne, avec autant de réserve et de sang-froid, sans paraître se douter qu’elle s’expose à la mort ou à des périls pires que la mort. Son courage est si calme et si naturel, qu’on en oublie presque à quel point son héroïsme fut grand, sa patience sublime et son audace extrême. ”
Paulin Paris,
Les Romans de la Table ronde
“ Mais un second chevalier sort du pavillon et le défie comme le premier. Mess. Yvain avait à peine eu le temps de dénouer les mains de la demoiselle ; il remonte à la hâte, et, le glaive en avant, attend le nouvel agresseur. Ils échangent de rudes coups sur les écus ; enfin le glaive du chevalier éclate, messire Yvain l’enlève des arçons, le lance à terre par-dessus la croupe du cheval, et revient de nouveau à la demoiselle. Appuyé sur son glaive il descend et recommence à délier les cheveux ”
H. Emile Chevalier, Les derniers Iroquois
“ Qu’il s’arrête sur les nombreux navires de toutes les nations, voiliers ou vapeurs, goélettes ou trois-mâts, canots d’écorce ou vaisseaux de guerre, mouillés dans les bassins, qu’il ondule avec les eaux diaphanes du roi des fleuves ; qu’il vague mollement à travers les quinconces de l’île Sainte-Hélène qui, telle qu’une corbeille de verdure, émerge de l’onde vis à vis de la ville, ou qu’avide et amoureux des champs, il saute à l’autre rive du Saint-Laurent, l’œil trouve cent sujets de plaisir, d’instruction, de rêverie, de délices. ”
George Sand,
Histoire du véritable Gribouille
(1851)
“ La reine des fées, ayant réfléchi, prononça cette sentence : « La reine des prés, ma fille, a doué cet enfant des hommes de douceur et de bonté ; nul ne peut détruire le don d’une fée, quand il est prononcé par elle sur un berceau. Gribouille sera donc doux et bon ; mais il est bien vrai que Gribouille vous appartient. Eh bien, je vais prendre une mesure qui, si vous êtes raisonnable, vous empêchera de le tourmenter et de le faire souffrir. Vous ne serez délivré que de sa main. Le jour où il vous dira : « Va, et sois heureux, » vous cesserez d’être un simple bourdon ”
