Camille Bellaigue

Résumé

Camille Bellaigue À l’abbaye de Solesmes

Elle la possède éternellement, sans trouble, sans menace et sans combat. Il n’y a pas ici plusieurs voix qui finiront par s’unir ; il n’y a jamais eu, jamais il n’y a et il n’y aura qu’une seule voix. Pas d’effort, pas de tendance, pas de devenir ; mais l’être, l’être toujours total et toujours un. Et l’unité du chant grégorien ne représente pas seulement l’unité des hommes entre eux, mais celle de l’homme en lui-même, son unité spirituelle et intérieure. Loin de diviser l’âme, cet art la rassemble toute. Il la fait concorder et concourir en toutes ses parties et de toutes ses forces.
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Camille Bellaigue À l’abbaye de Solesmes

Le plain-chant tire d’abord sa force de l’unisson, des voix indéfiniment nombreuses, qui le redoublent, le centuplent, le multiplient indéfiniment. Sa force lui vient encore de sa simplicité. Rien ne l’altère et rien ne le divise. Rien non plus ne l’embarrasse ou seulement ne l’enveloppe. Toute l’énergie, toute la vertu de la musique se ramasse et se concentre dans la mélodie seule, sans que jamais rien d’elle se perde dans les accessoires ou les dehors, sans qu’une atmosphère environnante, créée par l’harmonie ou l’orchestre, voile jamais ses arêtes toujours vives et son relief toujours pur.
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Camille Bellaigue À l’abbaye de Solesmes

A droite, au contraire, c’est la campagne ouverte et le grand ciel clair, c’est le vallon, c’est la rivière qu’on voit venir de loin, franchir l’arche d’un haut viaduc et descendre lentement vers la colossale abbaye, comme pour frôler de sa douceur qui s’écoule cette force qui demeure.
A Bayreuth autrefois, j’ai senti les harmonies de la nature et de l’art. A Solesmes, elles sont encore plus profondes et plus pures. A Bayreuth, trop d’humanité se mêle au divin, trop de charlatanisme et de superstition à la piété. La foule encombre le paysage et le gâte.
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