Camille Mélinand

Résumé

Camille Mélinand Revue des Deux Mondes

Qu’est-ce que « l’esprit », si ce n’est un pétillement de souvenirs à la fois surprenans et opportuns, imprévus et attendus, étranges et naturels ? Qu’est-ce que le talent — d’un écrivain par exemple, — si ce n’est avant tout une mémoire capable de fournir au bon moment toutes les idées qui conviennent au sujet, et tous les mots et tous les tours qui conviennent à ces idées ? Qu’est-ce même que le génie ? qu’est-ce que la découverte sublime d’un Newton ou d’un Darwin, si ce n’est encore un souvenir qui jaillit du fond de la mémoire et qui ouvre alors à l’esprit des perspectives infinies ?
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Camille Mélinand Revue des Deux Mondes

Qui n’a éprouvé, dans le rêve, de ces détresses immenses où l’âme s’abîme tout entière ? Qui n’a senti, — en rêvant, quelque nuit, d’une séparation, du départ d’une personne aimée, — cette désolation sans bornes, qui fait paraître si douce la réalité au réveil, et qui rend si bien à un amour refroidi toute son ardeur ? — En tous cas, ces angoisses du rêve sont aussi réelles que celles de la veille ; nous les prenons aussi pleinement au sérieux. L’existence de tout ce que nous voyons et sentons est aussi évidente dans le rêve que dans la veille.
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Camille Mélinand Revue des Deux Mondes

C’est toujours en agissant d’abord sur la mémoire ; on distrait le sujet, c’est-à-dire qu’on concentre toute son attention sur un seul point, et on lui fait ainsi oublier tout le reste, le lieu réel où il se trouve, les objets et les personnes qu’il a sous les yeux, les règles de bon sens qu’il suit habituellement ; cet oubli entraîne un déséquilibre mental qui confine à la folie. — Lorsque les vieillards perdent la mémoire, leur esprit devient moins juste : c’est l’heure où ils commencent à mal comprendre et à mal apprécier tout ce qui est plus jeune qu’eux.
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