Emile Baumann

Résumé

Emile Baumann Le signe sur les mains (1926)

Par-dessus la tête de Mme Élise une controverse, entre les deux ecclésiastiques, s’aiguisa, un croisement de fer que la modération du chanoine maintint courtois. Antoinette, silencieuse, effacée, observait le choc de leurs arguments ; Agnès et Jérôme s’isolaient dans une causerie à mi-voix :
— Païen, mais beau ! reprenait Jérôme. J’aime cette largeur de vues. Après tout, la nature est l’œuvre de Dieu, et la chair n’est point maudite, ni l’amour de la beauté, un crime.
— Je pense comme vous, dit Agnès ; ou plutôt je pense très peu. Pour moi, les êtres existent, les idées, à peine.
Source : Gutenberg

Emile Baumann Le signe sur les mains (1926)

S’il n’avait rien démêlé, chez la sœur d’Antoinette, de plus profond, il se fût tenu en garde contre de vains élans. La noblesse et le péril, pour lui, d’une telle amitié, c’en était l’ingénuité catholique. Un cœur formé à l’absolu de l’amour le transporte dans les sentiments profanes. Il ne pouvait aimer à demi, ne livrer qu’une parcelle de lui-même. Agnès lui témoignait une sorte de furtif abandon ; son premier mouvement fut un trouble voluptueux. Mme Élise la définissait « une dormeuse qui attend l’heure de s’éveiller. » Jérôme pouvait se croire la cause ou l’occasion de l’éveil.
Source : Gutenberg

Emile Baumann Le signe sur les mains (1926)

L’Amour est terrible, s’il n’est pas aimé. Or, tu mets dans la même balance l’attrait d’une décevante jouvencelle et l’amour du Saint des saints ; et ce n’est point Dieu qui pèse le plus. Tu te crois le maître de ta vie, l’arbitre de ta vocation !
— Mais enfin, de cette vocation, quelle preuve tenez-vous ? Faites-la-moi donc toucher. Confondez-moi sous l’évidence.
— La preuve, s’écria le Père en lui posant la main sur la tête, comme s’il préludait à l’initiation rituelle, c’est que le Christ t’a signifié l’ordre par Montcalm, par Dom Estienne et par moi.
Source : Gutenberg

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