Emile Baumann

Élements biographiques

Emile Baumann Job le prédestiné (1922)

Bernard, sur son oreiller, bougea sceptiquement sa tête embroussaillée de ses cheveux confus :
— Ma sœur, ne prenez pas la peine d’adoucir les choses. C’est le matin pour les autres, et, pour moi, c’est toujours minuit. Je ne vois même pas mes mains. Je suis dans le noir.
— Tu n’y seras pas longtemps, dit Adèle, en lui baisant les paupières, comme si l’attouchement frais de ses lèvres pouvait guérir les pauvres yeux.
En bégayant ces mots : « Je suis dans le noir, » Bernard se souvint qu’Hélène avait prononcé une phrase semblable, le dernier soir où elle lui avait entr’ouvert un peu de son âme.
Source : Gutenberg

Emile Baumann Saint Paul (1925)

Nous touchons ici, chez Paul, le paroxysme, si l’on ose dire, de l’élan chrétien : à la fois, dans les mots, une violence indignée ; une personnalité débordante, qui se dresse contre toutes les autres, leur lance un défi : « Moi seul, je suis dans le vrai » ; et l’absolu du renoncement, l’humilité suprême : « Je suis crucifié avec le Christ. » Mystère d’incroyable équilibre, hauteur et abaissement, le Moi exalté dans sa plénitude et l’oubli de soi jusqu’à l’immolation du martyre ! Apparente rupture de l’unité à seule fin de sauver l’unité !
Source : Gutenberg

Emile Baumann Le signe sur les mains (1926)

Vous savez, ou plutôt vous ne pouvez comprendre, Agnès, ce qui s'agite en moi. Je vous aime beaucoup plus que je n'aime Dieu. C'est mal de le penser ; je vous le dis, parce que c'est vrai. Mais, si Dieu m'aime infiniment plus que je ne vous aime, je n'y peux rien. Jusqu'ici, chaque fois que j'ai voulu me jeter tout entier à vous, quelque chose d'inattendu m'a barré la route...
Plus confiante, Agnès répliqua :
— C'est que vous ne savez pas aimer, aimer absolument. L'amour donne tout pour tout, il me semble. Je vous ai cru, Jérôme, un homme de décision. Vous êtes un roseau qui flotte.
Source : Gallica

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