Emile Baumann

Résumé

Emile Baumann Job le prédestiné (1922)

Bernard, sur son oreiller, bougea sceptiquement sa tête embroussaillée de ses cheveux confus :
— Ma sœur, ne prenez pas la peine d’adoucir les choses. C’est le matin pour les autres, et, pour moi, c’est toujours minuit. Je ne vois même pas mes mains. Je suis dans le noir.
— Tu n’y seras pas longtemps, dit Adèle, en lui baisant les paupières, comme si l’attouchement frais de ses lèvres pouvait guérir les pauvres yeux.
En bégayant ces mots : « Je suis dans le noir, » Bernard se souvint qu’Hélène avait prononcé une phrase semblable, le dernier soir où elle lui avait entr’ouvert un peu de son âme.
Source : Gutenberg

Emile Baumann Job le prédestiné (1922)

Quels louches commerces l’acoquinaient à Lendormy ? Si elle lui avait cité l’armoire de Rodin, ce devait être en guignant celle des Dieuzède.
— Un commissaire-priseur, à Brest, appuya Bernard, me l’a estimée, au bas mot, trente mille francs.
Me Lendormy pointa sur l’honnête face de Bernard son œil torve, et ses lèvres de sangsue se gonflèrent comme dans un mouvement de succion. Sa pensée fut : « Nous y voilà ; il veut y vendre. »
— Méfiez-vous, mon cher monsieur, insinua-t-il, des commissaires-priseurs. Ces gas-là sont trop malins. Mais, sur votre armoire, vous vous forgez des illusions.
Source : Gutenberg

Emile Baumann Job le prédestiné (1922)

Dès que le vôtre est en cause, il n’y a pas de plus féroces bourgeois...
— Jules, interrompit Bernard tristement, — et une colère comprimée frémissait dans sa gorge, — ton inconscience m’épouvante. Tu ne vois donc pas où nous en sommes ! D’ici quelques mois, je ne sais plus comment nous ferons ; si un miracle ne nous dégage, nous n’aurons plus rien devant nous que des dettes. Il ne nous restera qu’à gratter avec l’ongle le fond de la salière et à nous sucer le doigt. Ces coupures que tu as fait semblant de me filouter, elles représentent les suprêmes bouchées de pain d’Hélène et des enfants.
Source : Gutenberg

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