“ Trop tard. Il avait déjà le pied levé sur le mien. Oh ! je n’attendais pas que le lourdaud m’écrasât les orteils. Tant pis pour le maladroit : la bousculade, le recul trébuchant et la chute ! Mes bras se tendirent, hostiles. Alors, dans un éclair, je vis que mes bras, si petits, si grêles, étaient des pattes de fourmi. Je songeai encore : « Des pattes qui sont des oreilles. Quel rêve fou recommence ! » Je crus qu’un rire nerveux allait me réveiller. Mais ce fut, soudain, une nuit noire, sinistre. Le cauchemar m’écrasa jusqu’à la mort. Puis je ne sentis plus rien. ”
Han Ryner
Résumé
L’Homme-fourmi, de Han Ryner, explore la métamorphose d’un homme en fourmi, mêlant thèmes de la pensée, de la folie et des liens humains. Le récit évoque les antennes, les mandibules, le nid et les conflits entre l’instinct des fourmis et la raison humaine.
Les citations soulignent l’angoisse de l’existence et l’amour, avec des références à Aristote. L’œuvre synthétise la tension entre l’individu et la communauté, illustrée par la vie des fourmis.
Citations de L’Homme-fourmi (Han Ryner)
“ Dès que le mâle s’écarte, titubant de faiblesse, titubant d’une joie ivre qui se prolonge, je me jette sur lui, et mes mandibules d’amoureux impuissant broient, joyeuses et furieuses, la tête élégante. Rapide, j’abandonne cette agonie pour me jeter sur la bien-aimée. J’arrache brutalement ses ailes, je la pousse dans le nid, je la bouscule dans un coin écarté où nul ne puisse voir ma folie. Là, tandis que mes antennes disent amour et disent haine, tandis que mes cimbales chantent des fureurs et des désirs, je la tiens, je la presse contre moi, en une ardente, en une décevante étreinte... ”
“ Le baiser ne leur paraît bon que s’il vous est mortel. Aurez-vous la naïveté d’écouter l’égoïsme féroce des mâles ? Et les sucs exquis emmagasinés ce matin dans notre jabot viennent gaver les femelles hésitantes. On essaie de les alourdir de nourriture, de les lier de souvenirs et de désirs gourmands. Je suis auprès de Marie. Je la comble d’aliments succulents, et mes antennes disent des promesses et des menaces, des câlineries et des fureurs. Car elle aussi, malgré notre amitié, malgré les engagements d’hier, la folie des ailes la soulève et les musiques de mâles l’entraînent vers l’azur. ”
