“ Un vil caillou qui vous fait trébucher et vous précipite à terre, c’est dérisoire ! — Je te tuerai ! hurla Ovari. — Tuez-moi, qu’importe, dit la jeune fille, j’ai sauvé le roi. Sa vie ne vaut-elle pas la mienne ? Depuis longtemps, j’attendais votre vengeance. — Tu n’attendras plus longtemps, dit le prince en la saisissant à la gorge. — Non, ne la tue pas, dit Hiéyas ; je me charge de son supplice. — Soit, dit Ovari, je te l’abandonne. — C’est bien, dit Hiéyas, qui fit signe à Faxibo de ne pas perdre de vue la jeune fille. Mais laissons ce qui est passé ; regardons vers l’avenir. ”
Judith Gautier
Résumé
« L’Usurpateur » de Judith Gautier, publié en 1879, dépeint un conflit politique et amoureux au Japon, où les rivalités entre mikado, shogoun et seigneurs façonnent le destin des personnages. Nagato, Hiéyas et Fidé-Yori incarnent les tensions entre pouvoir et fidélité, tandis que les thèmes de la trahison, de l’amour tragique et de la quête de rédemption se déroulent dans des cadres comme le palais, la forteresse ou la barque.
Les dialogues percutants et les scènes de confrontation révèlent une société en proie à l’instabilité, où le destin des personnages tourne autour de la restauration impériale. L’œuvre, marquée par des récits de guerres civiles et de révolutions, reflète les enjeux historiques du Japon.
Citations de L’Usurpateur (Judith Gautier)
“ Mais fût-elle au rang des réprouvés, si jamais le ciel permet que je la retrouve, elle sera ma femme. — Nous la chercherons ensemble, dit Nagato. — Je la cherche en ce moment même au milieu de cette foule. Chaque bateau qui passe chargé de femmes fait battre mon cœur à coups précipités. — Crois-tu donc qu’elle habite Osaka ? dit le prince de Nagato. — J’en ai l’espoir et le pressentiment, dit Fidé-Yori. — Alors elle est certainement à cette fête. Quelle est la jeune fille qui sera restée chez elle aujourd’hui ? — J’ai pensé comme toi, ami, dit le siogoun ; c’est pourquoi je suis ici. ”
“ Loo était abasourdi par le souffle de ce vent qui ne reprenait pas haleine et lui envoyait au visage une pluie d’écume ; il retrouvait sur ses lèvres le goût salé qui lui avait si fort déplu lorsqu’il avait failli se noyer. — Passe-moi donc l’écope, lui dit Nata, le bateau est plein d’eau. Loo chercha un instant. — Je ne la trouve pas, dit Loo : je n’y vois rien, le vent me fait entrer les cils dans les yeux. Le prince ramassa lui-même l’écope et la donna au matelot. — Sommes-nous encore loin de la terre ? demanda-t-il. ”
