Résumé

Ludovic Carrau L’Origine des croyances relatives à la vie future

Dans la formation de la croyance à la survivance de l’âme, j’accorde toute l’importance, qu’on voudra aux phénomènes du sommeil, à l’horreur instinctive de la mort, en un mot à tout ce qui, dans notre nature, nous est commun avec la bête ; mais tout cela ne suffit pas. S’il n’eût porté en lui-même comme un pressentiment d’immortalité, l’homme aurait eu beau voir en songe l’image de son père ou du chef de sa tribu : en retrouvant le lendemain le cadavre immobile à la même place, il eût convaincu son rêve d’erreur et se fût résigné à penser que tout est bien fini avec le dernier soupir.
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Ludovic Carrau L’Origine des croyances relatives à la vie future

Cette ombre séparée du cadavre, qui, affectueuse ou terrible, visite la nuit les vivans, est encore toute matière, matière subtile et insaisissable, vapeur ou fumée, dont le moindre choc peut dissiper la fragile existence. Aussi l’hiver, quand siffle la rafale, et que la tempête déchaîne au loin ses colères, le sauvage, enfermé dans sa pauvre hutte, la pensée toute pleine de celui qui vient de partir, croit entendre au dehors comme des gémissemens humains ; c’est l’âme que bat la tourmente, et dont les vents emportent peut-être la vie précaire avec les lambeaux déchirés.
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Ludovic Carrau L’Origine des croyances relatives à la vie future

On a peine à concevoir l’impression qu’il dût faire sur l’esprit des premiers hommes. Ce chef de la tribu, si fort, si redoutable, presqu’un dieu pour les siens, le voilà raide, immobile, glacé. Parmi tant d’épouvantes qui assiégent de toutes parts le malheureux sauvage, celle-là fut la plus terrible. La nuit, les cerveaux sont hantés par l’image du mort, et, comme il arrive en songe, on le voit plus grand, plus vigoureux ; il semble, comme dit Lucrèce, mouvoir des membres plus vastes, posséder une vie plus pleine, être invulnérable à tous les coups.
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