“ Ce seroit un malheur pour moi de m’unir à une femme de la classe inférieure, et ma fortune ne me permet pas de me marier selon mon désir. Je ne puis penser à lady Géraldine sans un abus de confiance dont vous me croyez sans doute incapable. Sa mère qui me traite avec toutes sortes d’égards, me regarde non-seulement comme un parent, mais comme un ami de sa famille. Je ne suis pas amoureux de lady Géraldine, je l’admire, je l’estime, et je désire qu’elle s’unisse à l’homme, s’il en existe, qui sera digne d’elle. Vous me comprenez maintenant, milord, je vous prie de ne plus traiter ce sujet. ”
Maria Edgeworth
Résumé
Publié en 1809, L’Ennui de Maria Edgeworth explore les tensions sociales et les ambiguïtés de l’identité à travers une intrigue centrée sur les personnages de Glenthorn, Ellinor et Milord. L’œuvre, marquée par des dialogues acérés et des réflexions sur la classe, dépeint les enjeux de l’héritage, de la loyauté et des relations humaines dans un cadre irlandais.
Les citations révèlent une préoccupation pour les stéréotypes sociaux et les contradictions de la condition humaine, tout en soulignant l’importance de la conversation comme miroir des rapports de pouvoir. Edgeworth, par ce roman, interroge les normes de son époque avec une finesse narrative et une ironie percutante.
Citations de L’Ennui (Maria Edgeworth)
“ Cependant, élevé comme je l’avois été, accoutumé aux jouissances dont la richesse nous a fait un besoin ; habitué à la molesse, aux profusions, à une indolence qui m’avoit rendu célèbre parmi les plus voluptueux et les plus efféminés, pouvois-je tout-à-coup renoncer à ces habitudes, abdiquer mon rang et mon pouvoir, et m’exposer à tous les inconvéniens de la pauvreté ? Je n’étois point forcé à faire de tels sacrifices, quoiqu’Ellinor, dans un moment de désespoir, m’eût menacé de révêler le mystère de mon existence, je savois qu’elle souffriroit tout, plutôt que d’exécuter cette menace. ”
Maria Edgeworth,
L’Ennui
(1809)
“ Il n’y a pas ici une femme, un enfant qui n’aient l’art de faire croire à Milord tout ce qu’ils voudront. Ainsi, mon cher cousin, après avoir battu l’Irlande dans tous les sens, la connoîtra à-peu-près comme le badaud de Londres, qui n’est de sa vie sorti de sa chère ville natale, et qui n’a vu d’Irlandais que sur le théâtre, où les représentations sont exactes comme celles que nous donnent les Chinois, des lions qu’ils peignent d’après des ouï-dire. Voyez, voyez, Milord ! s’écria miss Bland, il a encore en main son livre de notes. ”
