Résumé

René Crevel L’Esprit contre la raison

Accrochés au souvenir, aux faits, jamais ils ne connaîtront cette exaltation de qui a renoncé à la joie du ventre, à cet espoir dont Paul Valéry nous disait qu’il n’est que la méfiance de l’être à l’égard des prévisions de son esprit...
Le poète, lui, au contraire, ne flatte ni ne ruse. Il n’endort pas ses fauves pour jouer au dompteur mais, toutes cages ouvertes, clés jetées au vent, il part, voyageur qui ne pense pas à soi mais au voyage, aux plages de rêves, forêts de mains, animaux d’âme, à toute l’indéniable surréalité.
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René Crevel L’Esprit contre la raison

Réduire l’imagination en esclavage, quand bien même il y irait de ce qu’on appelle grossièrement le bonheur, c’est se dérober à tout ce qu’on trouve au fond de soi de justice suprême. La seule imagination me rend compte de ce qui peut être et c’est assez pour lever un peu le terrible interdit, assez aussi pour que je m’abandonne à elle sans crainte de me tromper. Comme si l’on pouvait se tromper davantage. Où commence-t-elle à devenir mauvaise et où s’arrête la sécurité de l’esprit ? Pour l’esprit, la possibilité d’errer n’est-elle pas plutôt contingence du bien ?
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René Crevel L’Esprit contre la raison

À elle seule cette demande suffit à prouver que si l’être se méfie des prévisions de son esprit, l’esprit à la fin du compte brise ses entraves, prend son galop et saute par-dessus les minuscules barrières de ruses opposées à sa marche. Des interrogations démoralisantes sont les plus honnêtes, les seules honnêtes réponses à toutes les arguties et soi-disant raisons d’État. Que l’individu agisse en vue d’un bonheur grossier, qu’il se fasse de la science, de la raison autant de remparts d’égoïsme, que peut-il contre une simple, une toute petite phrase de poète :
Terre arable du songe !
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