“ Une croissance soudaine disloque et donne la fièvre. Gwynplaine avait dans le cerveau le tourbillonnement vertigineux d’une foule de nouveautés, tout le clair-obscur de la métamorphose, on ne sait quelles confrontations étranges, le choc du passé contre l’avenir, deux Gwynplaines, lui-même double, en arrière, un enfant en guenilles, sorti de la nuit, rôdant, grelottant, affamé, faisant rire, en avant un seigneur éclatant, fastueux, superbe, éblouissant Londres. Il se dépouillait de l’un et s’amalgamait à l’autre. Il sortait du saltimbanque et entrait dans le lord. ”
Gwynplaine
Définition et enjeux
Gwynplaine, personnage central de L'Homme qui rit de Victor Hugo, incarne une dualité troublante entre la pauvreté et la grandeur, le grotesque et le sublime. Hugo explore cette figure à travers ses transformations sociales et psychologiques, illustrant comment sa difformité devient à la fois une entrave et une force, lui conférant une liberté paradoxale.
Les textes mettent en évidence son conflit intérieur, son lien avec Dea, ainsi que son ascension inattendue dans un monde hostile. Ce thème, entrelacé avec des figures comme Ursus ou Green-Box, révèle une réflexion sur la condition humaine et les tensions entre apparence et essence.
Citations sur “Gwynplaine”
Victor Hugo,
L'Homme qui rit
(1869)
“ Il disait : — La conscience est vision. Il regardait Gwynplaine, et il grommelait : — Demi-monstre, mais demi-dieu. Gwynplaine, de son côté, était enivré de Dea. Il y a l’œil invisible, l’esprit, et l’œil visible, la prunelle. Lui, c’est avec l’œil visible qu’il la voyait. Dea avait l’éblouissement idéal, Gwynplaine avait l’éblouissement réel. Gwynplaine n’était pas laid, il était effrayant ; il avait devant lui son contraste. Autant il était terrible, autant Dea était suave. Il était l’horreur, elle était la grâce. Il y avait du rêve en Dea. Elle semblait un songe ayant un peu pris corps. ”
“ Gwynplaine et Dea étaient, nous l’avons montré déjà, la providence l’un de l’autre. Il se sentait enlevé sur ses ailes, elle se sentait portée dans ses bras. Protéger qui vous aime, donner le nécessaire à qui vous donne les étoiles, il n’est rien de plus doux. Gwynplaine avait cette félicité suprême. Et il la devait à sa difformité. Cette difformité le faisait supérieur à tout. Par elle il gagnait sa vie, et la vie des autres ; par elle il avait l’indépendance, la liberté, la célébrité, la satisfaction intime, la fierté. Dans cette difformité, il était inaccessible. ”
