Ivan Matzneff

Élements biographiques

Ivan Matzneff Revue des Deux Mondes

Nous montions toujours. L’expansion progressive du gaz, produite par la diminution de la pression atmosphérique et par sa dilatation sous l’intensité des rayons solaires, nous poussait en avant. Loin de nous inquiéter de cette course verticale, captivés comme nous l’étions par les merveilles de la nature, nous nous surprîmes à aider nous-mêmes à cette surexcitation de la force sans frein qui nous emportait au plus haut de l’espace. Nous cédâmes, M. Godard et moi, au besoin impérieux de lancer par-dessus le bord de la nacelle quelques poignées de lest.
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Ivan Matzneff Revue des Deux Mondes

Allons voir de près le tonnerre que nous entendons gronder. — L’Aigle s’éleva perpendiculairement avec rapidité ; un brouillard épais nous enveloppa ; l’eau, ruisselant sur les flancs du ballon, inonda la nacelle. Je crus que nous allions être submergés. L’impression de l’humidité était très pénible ; nous passâmes dans un intervalle resté libre entre les nuages, et l’orage continua sous nos pieds. Cependant l’eau dont nos vêtemens étaient imprégnés nous faisait grelotter. Pour des gens qui viennent de braver la foudre, nous avions, mes compagnons et moi, de piteuses mines.
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Ivan Matzneff Revue des Deux Mondes

Les paysans nous interrogeaient tous à la fois dans leur idiome flamand ; M. Godard essayait de leur faire comprendre l’urgence du service que nous attendions d’eux. Nous n’avions pas lâché nos cordes, et les efforts des gens encouragés par l’échevin avaient un peu ralenti la marche du ballon ; mais il fallait amener à terre la nacelle où M. Godard jeune était encore, et qui, dégagée de notre poids, allait reprendre son essor. La force ascensionnelle de l’Aigle était telle qu’elle nous souleva de terre.
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