A. Bellessort

Résumé

A. Bellessort Revue des Deux Mondes

Le bouddhisme ignore l’effusion, cette ivresse impétueuse et charmante du cœur qui s’ouvre un passage et se précipite en d’autres cœurs. Son évangile proche le silence. Au Japon la douleur ne crie pas, l’amour ne s’épanche pas, le deuil sourit, l’abnégation se tait. L’isolement apparent des âmes qui m’a tant frappé sur la terre japonaise, je l’ai compris du moment où ces âmes ne formaient qu’une seule âme. Autant les Japonais aiment les longs bavardages et les complimens interminables, autant ils demeurent réservés sur tout ce qui touche au tréfond de l’être.
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A. Bellessort Revue des Deux Mondes

Vous entrez avec eux dans un monde ; imaginaire et pourtant réel, où les rochers, les montagnes, les plantes, les bêtes, les figures humaines s’idéalisent en symboles sans que leur beauté primitive en soit diminuée. Etres et choses n’y font pas plus d’ombre que nos acteurs sur la scène, acteurs eux-mêmes dont nos souvenirs sont les souffleurs et les coryphées. Je n’ai jamais ressenti une impression de nature plus merveilleuse que dans les palais de Kyoto, au milieu des cryptomérias, des cerisiers, des chrysanthèmes, des cascades et des grands oiseaux peints sur fond d’or.
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A. Bellessort Revue des Deux Mondes

Les plus humbles Japonais perçoivent sous les phénomènes de multiples correspondances. Leur sentiment de la nature est tel que si j’en voulais rendre l’acuité je le qualifierais d’égoïste. Ils chérissent dans le brin d’herbe ou le papillon ce qu’ils ont en eux-mêmes d’énigmatique et d’éternel. Leur langue renferme un mot intraduisible et dont le sens est indéfinissable : giri. Le giri, c’est l’obligation morale la plus ténue et la plus forte ; c’est le fil invisible où deux cœurs sont joints, alors même qu’ils n’éprouvent l’un pour l’autre aucune tendresse.
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