Résumé

Camille Bellaigue Revue musicale - 31 mai 1914

Il nous semble assister au bouleversement de la musique entière, à la ruine de chacun de ses élémens, à la perversion de sa nature même. Tout est en butte ici, tout est en proie. En cette œuvre, ou de cette œuvre, il n’y a rien qui nous soit, ne disons pas sympathique, mais seulement saisissable : ni la pensée, ou la mélodie, ni le rythme, ni la mesure, l’harmonie pas plus que l’instrumentation. Nous croyons nous trouver devant un livre, un poème, si l’on veut, écrit dans une langue étrangère, dont le texte nous échappe et dont les caractères mêmes nous paraissent affreux.
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Camille Bellaigue Revue musicale - 31 mai 1914

Mais surtout la musique de Verdi n’avait jamais encore, avant Otello, si bien compris et pratiqué la fameuse maxime qu’on donnerait volontiers pour devise à la musique entière : « Tôt ou tard, on ne jouit que des âmes. » Jouissance ou joie purement spirituelle, la plus haute et la plus profonde que puisse nous procurer l’art véritable, c’est de cette joie que la musique d’Otello, par la révélation des âmes dont elle se fait l’interprète, remplit et ravit nos propres âmes.
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Camille Bellaigue Revue musicale - 31 mai 1914

Ce n’est pas la moindre joie qu’Otello nous donne, d’entendre un opéra tout entier absolument libre, absolument pur du leitmotif. Il nous semble aussi, et même il fait plus que nous sembler, que l’éternel problème du rapport entre l’orchestre, ou la symphonie, et la parole, ou la voix, reçoit une solution plus juste et plus harmonieuse dans Otello que dans le drame wagnérien, et cela sans que la psychologie musicale y perde rien de sa force et de sa profondeur, de sa délicatesse et de sa variété.
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