“ Je vis entrer un petit homme assez mal. Madame de Fontaine se jette dans ses bras, le regarde, l’admire, l’embrasse encore et se récrie : Je ne veux plus d’autre bonheur ! je vois enfin le premier homme du monde, le souverain de l’univers, le dieu de la musique ! — Il fallait l’admirer aussi. — J’ai voulu parler. Quoi ! continua-t-elle en me regardant avec dédain, vous voudriez parler ? Vous ? Devant un si grand homme. Ce dédain m’a terrassé. Le chevalier a éclaté de rire, et il m’a emmené plus mort que vif. — Eh bien ! cette femme à grands sentimens, n’aime donc que la musique ? ”
Résumé
“Les Femmes”, publiée en 1825, est une œuvre de Carmontelle. Des thèmes tels que Dinval, madame de Nompart ou Saint-Alvire y sont abordés.
Citations de Les Femmes (Carmontelle)
“ Je ne croyais pas que des assurances aussi sérieuses, de ma part, dussent être traitées de balivernes. — Si vous n’aimez pas, vous êtes aimé toujours. — Je serais aimé, moi ; je ne crois pas cela ; je sais trop, qu’avec l’amour le plus violent, on ne peut pas compter sur le cœur des femmes. — Ah ! le pauvre petit ! Il a l’air tout-à-fait malheureux ! Et lorsqu’une femme est jalouse, en vous croyant attaché à une autre, vous ne vous croyez pas aimé ? — Je ne connais point de femmes comme cela. — Voilà pourtant ce que m’a paru madame de Verancour, lorsque je lui ai parlé de vous. ”
“ Je vis de loin deux femmes qui regardaient le groupe d’Énée et d’Anchise. C’était madame d’Oricante et madame de Nompart. Madame d’Oricante m’aperçut, et m’appela en disant : Venez donc, monsieur de Saint-Alvire, voilà ma cousine qui veut me persuader que c’est là l’enlèvement d’Orithie. J’ai beau lui dire qu’Orithie doit être une femme, et que cette figure-ci est celle d’un vieillard ; elle me soutient qu’elle sait de bonne part que c’est Orithie ; et pour me le prouver, elle dit que l’enfant est l’Amour. — C’est toujours bien fait de voir l’amour, même où il n’est pas ”
“ Non, je ne veux pas qu’elle soit la victime de notre liaison ; toute innocente qu’elle est, il faut la fuir ; je le sens, je lui dois cette preuve de mon respect, et je ne puis mieux reconnaître des bontés, qui seules pouvaient calmer tous mes maux, me faire supporter la douloureuse situation où mon amour pour madame de Ricion m’avait plongé. Mais, quoi ! pour être toujours digne d’une si vertueuse amante, dois-je me priver de la consolation que me procure une autre femme, dont les sentimens sont aussi épurés, et que l’esprit et le cœur élèvent au-dessus de tout son sexe ? ”
“ Elle déchira le billet. Écoutez-moi, Monsieur, il n’y a qu’un parti à prendre ? — Quel est-il ? — Ce billet annonçait le commencement d’un commerce d’amitié, je veux que le comte imagine que j’ai cru qu’il n’y pouvait pas avoir d’autre chose de votre part ; mais que j’ai été si effrayée en m’apercevant que c’était un moyen de me séduire, que vous n’étiez en effet qu’un amant, je me suis déterminée à ne plus vouloir vous revoir. — Chez vous ? — Non, nulle part. — Quoi ! vous me sacrifieriez à la crainte que le comte ne vît entre nous de l’amour au lieu d’amitié ? ”
“ Non, mon cher Dinval ; je goûtais auprès d’elle le sort le plus délicieux ! Accoutumé aux privations qu’elle exigeait, uniquement tous deux occupés de l’union de nos cœurs, nous enivrant du plaisir de nous voir, nous goûtions un charme que je n’aurais jamais imaginé. Elle me témoignait la plus grande confiance ; nous pensions tout haut, et j’étais heureux sans alarmer sa vertu. La gaieté de l’innocence embellissait tous nos momens, et nulle crainte de l’inconstance ne pouvait troubler des jours dignes d’envie ; mais le sort jaloux d’un bonheur si parfait vint bientôt nous en priver. ”
“ Que vous dirai-je, c’était une fantaisie. — Vous lûtes donc cette lettre, dès que vous fûtes hors de chez madame d’Hernelles ? — À l’instant. Elle était d’une sœur à elle que je ne connaissais pas, et voici ce que j’y trouvai. « Puisque tout ce que l’abbé vous a dit, ma chère sœur, a paru vous convaincre, croyez-moi, consentez à le revoir ; il se trouvera chez moi, dès que vous le voudrez ; il n’est occupé que de votre bonheur ; mandez-moi à quelle heure vous pourrez venir demain, il sera exact au rendez-vous. Adieu, ma chère sœur, je vous embrasse comme votre plus tendre amie. » ”
“ Ma cousine, je sais que vous allez à Vincennes, et je viens vous demander de m’y mener. Madame de Nompart me lança un regard d’indignation, et elle lui dit : Mon cœur, ce n’est pas moi qui mène, ce sont mes belles-sœurs ; et dans le moment on les annonça. — Allons partons, dirent-elles, il est près de midi, nous n’avons pas de temps — Je ne peux aller avec vous, dit madame de Nompart. Je sens que je n’en aurais pas la force, cela me serait impossible. Je suis dans un anéantissement affreux, cela m’a pris tout d’un coup. — Vous avez raison, ma cousine. Il faut absolument vous reposer. ”
“ Eh bien ? — Sa femme de chambre a confié à la mienne qu’elle y avait été le même jour où elle avait joué ici la comédie. — Ah ! c’était donc elle-même. — Comment ! que dites-vous ? — Madame, permettez que je me taise. — Eh ! qu’est donc devenue cette confiance que vous m’aviez jurée, cette amitié que vous m’aviez promise, et pour toute la vie ! Ce n’était donc que de l’amour, et tout est effacé ; ingrat que vous êtes ! et dans quel moment ! quand je vous aime plus que jamais. Vous avez des secrets pour moi ! Je ne le vois que trop, madame de Drinemant est ma rivale, oui, ma rivale ”
“ Voyant la froideur de madame de Merville continuer, je louai excessivement, devant elle, une femme de la société ; elle ne dit pas le mot : j’ajoutai qu’elle me paraissait digne de fixer les vœux d’un honnête homme, qu’elle était du commerce le plus doux et le plus agréable ; je n’eus qu’une réponse sèche. Je dis encore que je la croyais capable du plus tendre sentiment, d’après la manière dont elle rendait ses rôles d’amoureuses. On rend toujours bien ce que l’on sent, me répondit-elle. ”
“ On ne doute pas qu’à présent il n’épouse madame de Léonval. — Elle l’a pleuré plus de six mois, reprit madame de Nompart, et sans sa mère elle le pleurerait peut-être encore en Périgord, où elle s’était retirée ; mais elle l’a forcée de revenir à Paris. — Je voudrais, dit le comte, que depuis son retour elle eût fait un autre amant. — Vous lui souhaitez-là une belle chose. — Ce serait le duc qui aurait tort de n’être pas mort. — Et si par délicatesse, se reprochant ce nouvel amour, elle ne se croyait plus digne d’épouser le duc ? ”
“ Supposé qu’en l’épousant elle ne l’aime plus, il faudra qu’elle feigne de l’aimer au moins, et il faudra du temps pour qu’elle puisse espérer que le duc la négligera un jour assez, pour qu’elle puisse récompenser la constance de cet amant ; mais doit-elle y compter, et l’amant perdra-t-il son temps à attendre, s’il a le sens commun ? S’il s’afflige de ce mariage, on découvrira sa passion, et tout en aimant, et en espérant même, il en compromettra l’objet. Tout cela deviendra pour lui fort embarrassant. — Mais, reprit Dinval, cette femme-là vous persiflait. ”
“ Le reste du monde ne m’offre qu’une confusion de paroles, des exclamations sans sujet, une gaieté où l’ame n’a point de part, du bruit enfin, et bien loin de s’y amuser, on n’y éprouve que de l’importunité. — Il est vrai que l’amitié y règne bien peu. — Presque jamais. — Une liaison intime de deux personnes qui se conviennent parfaitement, qui peuvent penser tout haut, et se réunir par les mêmes sentimens, est le vrai charme de la vie, un bonheur unique ! ”
“ Oui ; mais il a toujours des charmes. On m’avait dit, à propos de cela, que vous voyiez beaucoup madame d’Hernelles. — Madame d’Hernelles ? oui, je l’ai vue assez ; mais n’est-elle pas allée s’établir en province ? — Non, vraiment, elle est ici à demeure. — Madame d’Hernelles a des grâces simples et naïves. — On pourrait, au premier aspect, lui croire de la sévérité, et elle n’a rien que d’agréable dans la société, et pour peu qu’on la connaisse, le charme s’augmente, et l’on trouve peu de femmes qui sachent plaire autant qu’elle. ”
“ Un après souper je m’avisai d’aller au bal de l’Opéra tout seul et sans aucun projet. J’y fus accueilli par une femme masquée jusqu’aux dents qui, après plusieurs propos qui ne signifiaient rien, me dit : Entrons dans une loge, j’ai à vous parler. — Je ferai ce que vous voudrez. — Il faut avouer, Monsieur, que vous êtes un homme bien singulier. — Et en quoi, je vous supplie ? — Une femme se trouve mal lorsque vous êtes entré dans sa loge, et vous voyez cela avec la plus grande indifférence, et sans vous inquiéter en aucune manière de ce qui peut avoir causé cet accident. ”
“ J’allai à l’instant à la loge de madame d’Oricante, je lui contai cet arrangement. Elle me dit : C’est une méchanceté que veut me faire ma chère cousine, parce qu’elle croit que j’aime le chevalier, et elle ignore que mes liaisons avec lui n’ont d’autre objet que l’amitié que j’ai pour une femme à laquelle il est attaché, et qui veut donner le change à son mari, en lui faisant de fausses confidences sur mon compte. Mais venez souper comme elle vous l’a dit, et laissez-moi faire. ”
“ Je la connais, et je sais très-bien les gens qui lui conviennent de préférence à d’autres. Nous soupons chez la baronne, venez-y ; vous verrez si ma fille vous parle de son voyage : cela nous divertira. — Je le veux bien. Et en effet j’y allai. — J’aime tout-à-fait cette mère-là, dit Dinval. — Vous l’aimerez encore davantage, tout à l’heure, quand vous saurez qu’elle dit, en me voyant entrer chez la baronne : Parlez un peu à ma fille, je ne sais ce qu’elle a aujourd’hui, elle me paraît un peu triste. Je m’approchai d’elle, et je lui dis : Madame, soupez-vous ici ce soir ? ”
“ Vous êtes assez délicat pour avoir été flatté de vous voir si vivement aimé ; mais, amour-propre à part, son sentiment lui appartient en entier, votre présence n’a fait que le développer sans même que vous le sussiez. Tout ce que vous saviez, c’est qu’elle redoutait d’avoir une passion ; jugeant combien elle devait être capable d’aimer, son cœur vous a tenté : il était flatteur de vaincre ses craintes ; mais cela vous a-t-il été bien difficile ? Vous ne sauriez penser que vous l’avez séduite. Avec une ame moins honnête que la vôtre, vous vous trouveriez sans nuls reproches. ”
“ J’ai assez réfléchi sur les hommes pour connaître l’excès de leur faiblesse, et je pense que l’amour-propre a quelquefois assez d’empire sur leur ame pour leur faire faire ce que l’amour le plus tendre n’en saurait obtenir. Le vidame, sûr de mon cœur, d’un cœur qui le chérit plus qu’il ne le sera jamais par aucune autre femme, veut porter son hommage ailleurs ; c’est donc à cet amour-propre que je voudrais avoir recours pour le ramener à moi. Je voudrais lui inspirer assez de jalousie pour lui faire oublier tout autre objet. ”
“ Il est vrai qu’un œil et une jambe de moins... — Ah ! son ame est entière, elle est tout pour moi ! Mais, Madame, comment pouvoir promptement le détromper ? Ce soupçon me tue ! Il me croyait capable... — Calmez-vous ; demain vous le verrez, vous pourrez vous rassurer mutuellement et jouir enfin du bonheur que le ciel vous destine. En effet, ils se virent, et bientôt ils s’épousèrent. Ils ne furent pas absolument heureux ; c’est-à-dire, monsieur de Sainte-Aure, qui crut que sa femme ne pouvait pas l’aimer autant qu’avant ses blessures ; il voulait lui cacher les craintes qu’il en avait ”
“ Quoi ! vous n’avez pas vu que madame de Léonval était entièrement consolée de la perte du duc, et cela n’a rien de surprenant ; une douleur trop vive s’épuise à la fin ; l’habitude d’aimer, fait qu’on laisse entrer dans son ame une autre passion, et je ne sais pas trop alors ce que l’on peut penser pour un amant qui ressuscite inopinément, comme le duc, sans l’avoir laissé prévoir. Je crois que c’est comme un mari qui revient d’un long voyage. On ne voit plus de Pénélope, et je pense que l’amour s’use autant par les larmes que par les plaisirs et par l’absence. ”
“ Quand vous verrai-je ? — Incessamment. — Je vois de tout cela, dit Dinval, que madame de Polevère vous a joué. — Voilà de quoi je ne peux douter. Cependant j’avais de la peine à me le persuader. — Pourquoi cela ? — C’est que je me rappelais ce qu’elle m’avait dit, que lorsqu’une femme employait le sentiment elle était bien près de faire une perfidie. — Bon ! ce qu’il faut croire, c’est ce qu’elles font, et non pas ce qu’elles disent. Leur pratique ne suit pas toujours leur théorie. — En sortant de chez, madame d’Oricante, j’allai chercher des nouvelles de madame de Polevère. ”
“ Cette tranquillité, au lieu de calmer l’humeur et la jalousie de monsieur de Sainte-Aure, ne fit qu’aigrir son caractère ; il oublia tout ce qu’il devait à sa femme, jusqu’au sacrifice qu’elle avait voulu lui faire, et l’excès de son désespoir ; son sang s’enflamma, et en peu de temps il mourut. Elle le regretta très-vivement, et ce n’est que depuis peu de temps qu’elle est rentrée dans le monde. Elle n’a rien perdu de la douceur de son caractère. ”
“ Rien, Monsieur, dit-elle en se levant ; vous avez une ame de fer ! Elle m’entraîna dans la foule où elle se débarrassa de moi, et je la perdis. Je la cherchai inutilement toute la nuit sans pouvoir la retrouver. Je ne savais que penser. Était-ce madame de Brieux ? Était-ce madame de Drinemant ? Cela n’était pas possible ; je savais qu’elles étaient ensemble à la campagne, à jouer la comédie, à six lieues de Paris. Je finis donc par penser que c’était quelqu’un qui était à côté de la loge de ces dames, qui s’était amusé à me persiffler en me trouvant au bal. ”
“ Saint-Alvire suivit exactement les conseils de Dinval ; il habitua madame de Vilmare à le voir tous les jours, à l’accompagner à tous les spectacles, à être de tous les soupers chez elle et ailleurs ; le public même commençait à croire qu’il pourrait devenir heureux, s’il ne l’était pas déjà. Grondé, tourmenté, plaisanté tour à tour et jamais écouté, lorsqu’il voulait parler de son amour, il ne pouvait s’en détacher. Si elle le regardait avec distraction un instant, il se croyait perdu. Il était bien éloigné de suivre les leçons et les conseils de Dinval. ”
“ Vous êtes sans doute au-dessus de tout ce que j’ai connu ; mais je ne suis pas maître de mon cœur. — Je vous plains, quoique je ne puisse plus cesser de vous aimer. Vous m’avez promis de l’amitié, je veux vous montrer l’excès de la mienne, et vous prouver que je mérite votre confiance. Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez, en aimant madame de Drinemant. — Que voulez-vous dire ? — Vous ne le saurez que trop ! vous verrez combien sa tête est exaltée, et tous les tourmens qu’elle vous prépare. ”
“ Je vous ai observé, et j’ai vu que tout ce qui s’y passe ne vous plaît pas infiniment. — Si vous l’approuviez vous n’auriez pas fait ces remarques. — Moi, j’aime fort madame de Zebelle, et, quoiqu’elle soit très-jeune, j’espère que cette bruyante gaieté ne lui plaira pas encore long-temps. — Tout cela n’est que du bruit. Ne trouvez-vous pas, Madame, que la gaieté qui ne part pas de l’ame n’est pas la véritable ? — Il est vrai que celle qui n’est que bruyante peint rarement le bonheur. ”
“ Saint-Alvire voulait trouver madame de Sainte-Aure sans avoir l’air de la chercher, et ce ne fut pas chez madame de Zebelle qu’il voulut la trouver, mais chez des femmes qui étaient pourtant de sa société et qu’elle ne voyait pas souvent, parce qu’elles n’étaient pas de son âge, mais chez qui elle revenait avec plaisir ; il est vrai que le ton y est excellent, et la conversation aussi agréable qu’elle puisse l’être avec des gens du monde qui ont beaucoup vu et beaucoup réfléchi. ”
“ Allons, cela sera fort bien. Séparons-nous : je ne veux pas qu’elle se doute que je vous ai parlé. À demain, M. le marquis. L’humeur de madame de Léonval m’avait enchanté, et vous imaginerez aisément tout ce que j’en espérais. Elle croyait que cette maison de campagne était dans la Brie, et je comptai bien le lui faire apprendre par la maîtresse de la maison, et lui prouver par-là que je n’avais jamais eu de projet d’aller ailleurs. Le plaisir de jouir de sa surprise en me voyant arrivé avant elle m’occupait et tout charmait mon âme, et me fit partir de Paris avec la plus grande joie. ”
“ Qu’est-ce donc, n’est-ce plus madame de Verancour que je revois aujourd’hui ? — Je suis toujours la même ; mais revenue à moi, je n’ai pu m’empêcher d’être inquiète, en me rappelant combien je me suis oubliée hier, pour ne m’occuper que de vous. — Pourriez-vous vous reprocher de m’avoir laissé lire dans votre cœur ? que serait devenue cette confiance que vous paraissiez avoir dans le mien, pourquoi serait-elle détruite ? — Et ce chevalier, que pourra-t-il penser de ma facilité ? car sûrement, il nous avait entendus. ”
“ Mon ami, me dit-elle, je crains que nous ne nous soyons trompés aux tendres sentimens qui nous remplissent. — Vous pourriez l’imaginer ? — Cette amitié ressemble trop à l’amour. — Peut-être en-a-t-il été jaloux, et il aura voulu que nous ne dussions qu’à lui seul notre bonheur ; mais celui qu’il produit ordinairement tout seul bientôt s’affaiblit, et je sens que l’amitié l’augmente, qu’elle le fera s’accroître sans cesse, qu’il deviendra sans bornes, et qu’elle va le fixer à jamais. — C’est aussi ce que j’éprouve : nous sommes l’un pour l’autre sans réserve ”
“ À quoi donc pensez-vous ? serait-ce à madame d’Hernelles ? — Il est vrai. — Ceci est donc une affaire bien sérieuse ? — Sérieuse, si vous le voulez ; parce que je crois que j’ai un rival. — Eh bien ! cela fait un intérêt de plus. — Et s’il est heureux ? — Vous attendrez. — Et vous voulez que je sois toujours occupé. — Est-ce que le bonheur d’un rival n’occupe pas ? — S’il ôte l’espoir ? — On est bientôt guéri ; mais, quel est le caractère de ce rival qui vous afflige ? — Celui d’un homme qui se croit un être supérieur, c’est-à-dire d’un fat. ”
“ Vous devez être bien content de moi, puisque je vous laisse le champ libre. — Et vous n’avez pas été tenté, dit Dinval, de revoir madame de Gersigny ? — Je serais même fâché de la rencontrer. — Il faut pourtant vous occuper. — Je n’en sens que trop la nécessité ; plus je réfléchis, et plus je sens que cette liberté dont on parle sans cesse est plutôt une nullité qu’un bonheur. Il faut être contrarié dans la vie. — Cela est vrai au moins ; si l’on ne tient à personne, personne ne tient à nous. ”
Termes fréquents
Œuvres similaires
La Femme Auteur, ou les Inconvéniens de la célébrité…Julie ou la Nouvelle Héloïse (Jean-Jacques Rousseau…Physiologie du billet doux (Bruno de Furcy…Une fée de salon. T. 2 (Arnould Frémy…Les liaisons dangereuses. Tome 2…Les Liaisons dangereuses (Pierre Choderlos de Laclos…Les Dix-sept mariages, ou la Colonie du bonheur…Mariage (Marcelle Tinayre)L’Émigré (Gabriel Sénac de Meilhan…Betzi (Jacques-Henri Meister)
