Résumé

Fagus Frère Tranquille. Poème, suivi de la Dévotion aux princesses gardiennes et du Jeu-parti de futile (1922)

La pensée est chétive chose et misérable, Un sage mort ne vaut pas une chienne en vie,
On le voit quand on tient l'humble tas d'os friable Où tremble la raison d'être de cette vie.
La pensée après tout, oui, que m'importe d'elle : Où va-t-elle? on ne sait, et ne sait d'où s'en vient, Et sa soeur l'âme qu'on m'assure être immortelle, C'est même antienne : où loge-t-elle, on n'en sait rien.
Au fond de tout cela j'en ai peur, duperie, Et l'on ne voudrait pas être dupe, pourtant : Il n'est de saisissable en somme que la vie, Et si peu captivante, et pour si peu de temps !
Source : Gallica

Fagus Frère Tranquille. Poème, suivi de la Dévotion aux princesses gardiennes et du Jeu-parti de futile (1922)

Tu les as méprisés, ces fils au blême coeur :
Qu'ils gardent bas leur front, gardent sur leur misère
L'acre fouet tourner, de l'indicible peur.
Moi, ma poitrine et moi, mon cerveau sont robustes Et j'ose t'honorer sans détourner les yeux, Crâne altier : et mourrai, sinon ainsi qu'un juste, Du moins en ouvrier ayant fait ce qu'il peut :
Je ne crois guère à rien hors à deux-et-deux-quatre, Et, convive, ne crains ni la mort ni le noir : Et l'inconnu d'après est mal fait pour m'abattre, Puisqu'il est l'inconnu.
Source : Gallica

Fagus Frère Tranquille. Poème, suivi de la Dévotion aux princesses gardiennes et du Jeu-parti de futile (1922)

Et tout mon corps, mon corps aussi t'aime, il te veut, Il a soif, il a faim de ton amour : prends-le, Le silence nous favorise, et les ténèbres ; Prends-moi, fais-moi mourir, retrouve tes vertèbres, Tes tibias, tes fémurs, et tes reins, oh tes reins, Et ton sexe chéri... Non, je ne veux plus rien, Tu sais bien, que baiser tes dents, sous l'espérance De garder leur morsure empreinte dans mon sein !
— Mais horreur ! tandis qu'en mon ignoble démence Je serre sur mon coeur l'amas d'os ébréché,
Une dent se déchausse et dans le noir silence, Roule et puis disparaît par un trou du plancher !
Source : Gallica

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