“ Pouvait-il faire moins? Mais qu'aisément l'amour croit tout ce qu'il souhaite! De ses moindres respects Roxane satisfaite Nous engagea tous deux, par sa facilité, A la laisser jouir de sa crédulité. Zaïre, il faut pourtant avouer ma faiblesse: D'un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse. Ma rivale, accablant mon amant de bienfaits, Opposait un empire à mes faibles attraits; Mille soins la rendaient présente à sa mémoire; Elle l'entretenait de sa prochaine gloire; Et moi, je ne puis rien. Mon cœur, pour tous discours, N'avait que des soupirs qu'il répétait toujours. ”
Résumé
“Bajazet”, est une œuvre de Jean Racine. Des thèmes tels que le sérail, Amurat ou Bajazet y sont abordés.
Citations de Bajazet (Jean Racine)
“ J'ai cédé mon amant: tu t'étonnes du reste? Peux-tu compter, Zaïre, au nombre des malheurs Une mort qui prévient et finit tant de pleurs? Qu'il vive, c'est assez. Je l'ai voulu, sans doute, Et je le veux toujours, quelque prix qu'il m'en coûte. Je n'examine point ma joie ou mon ennui: J'aime assez mon amant pour renoncer à lui. Mais, hélas! il peut bien penser avec justice Que si j'ai pu lui faire un si grand sacrifice, Ce cœur, qui de ses jours prend ce funeste soin, L'aime trop pour vouloir en être le témoin. Allons, je veux savoir... Zaïre Modérez-vous, de grâce. ”
“ J'étais aimée, heureuse, et Roxane contente. Zaïre, s'il se peut, retourne sur tes pas: Qu'il l'apaise. Ces mots ne me suffisent pas: Que sa bouche, ses yeux, tout l'assure qu'il l'aime; Qu'elle le croie enfin. Que ne puis-je moi-même, Echauffant par mes pleurs ses soins trop languissants, Mettre dans ses discours tout l'amour que je sens! Mais à d'autres périls je crains de le commettre. Zaïre Roxane vient à vous. Atalide Ah! cachons cette lettre. Scène II.Scène II. Roxane, Atalide, Zatime, Zaïre Roxane, à Zatime. Viens. J'ai reçu cet ordre. Il faut l'intimider. ”
“ Vous épouser! O ciel! que prétendez-vous faire? Roxane Je sais que des sultans l'usage m'est contraire; Je sais qu'ils se sont fait une superbe loi De ne point à l'hymen assujettir leur foi. Parmi tant de beautés qui briguent leur tendresse, Ils daignent quelquefois choisir une maîtresse; Mais toujours inquiète avec tous ses appas, Esclave, elle reçoit son maître dans ses bras, Et sans sortir du joug où leur loi la condamne, Il faut qu'un fils naissant la déclare sultane. Amurat plus ardent, et seul jusqu'à ce jour, A voulu que l'on dût ce titre à son amour. ”
“ Ses périls, ses respects, et surtout vos appas, Tout cela de son cœur ne vous répond-il pas? Croyez que vos bontés vivent dans sa mémoire. Roxane Hélas! pour mon repos que ne le puis-je croire? Pourquoi faut-il au moins que, pour me consoler, L'ingrat ne parle pas comme on le fait parler? Vingt fois, sur vos discours pleine de confiance, Du trouble de son cœur jouissant par avance, Moi-même j'ai voulu m'assurer de sa foi, Et l'ai fait en secret amener devant moi. Peut-être trop d'amour me rend trop difficile ”
“ Je cours tout le sérail, et même, dès l'entrée, De mes braves amis la moitié séparée A marché sur les pas du courageux Osmin; Le reste m'a suivi par un autre chemin. Je cours, et je ne vois que des troupes craintives D'esclaves effrayés, de femmes fugitives. Atalide Ah! je suis de son sort moins instruite que vous. Cette esclave le sait. Acomat Crains mon juste courroux. Malheureuse, réponds. Scène X.Scène X. Atalide, Acomat, Zatime, Zaïre Zaïre Madame... Atalide Eh bien, Zaïre? Qu'est-ce? Zaïre Ne craignez plus: votre ennemie expire. Atalide Roxane? ”
“ Mais toi dont la valeur d'Amurat oubliée, Par de communs chagrins à mon sort s'est liée, Voudras-tu jusqu'au bout seconder mes fureurs? Osmin Seigneur, vous m'offensez: si vous mourez, je meurs. Acomat D'amis et de soldats une troupe hardie Aux portes du palais attend notre sortie; La sultane d'ailleurs se fie à mes discours; Nourri dans le sérail, j'en connais les détours; Je sais de Bajazet l'ordinaire demeure: Ne tardons plus, marchons, et s'il faut que je meure, Mourons; moi, cher Osmin, comme un vizir, et toi, Comme le favori d'un homme tel que moi. ”
“ Osmin... Roxane Etait mal averti, Et depuis son départ cet esclave est parti. C'en est fait. Atalide Quel revers! Roxane Pour comble de disgrâces, Le sultan, qui l'envoie, est parti sur ses traces. Atalide Quoi? les Persans armés ne l'arrêtent donc pas? Roxane Non, Madame; vers nous il revient à grands pas. Atalide Que je vous plains, Madame! et qu'il est nécessaire D'achever promptement ce que vous vouliez faire! Roxane Il est tard de vouloir s'opposer au vainqueur. ”
“ Plus mon cœur interdit se faisait de reproches. Le ciel, qui m'entendait, sait bien qu'en même temps Je ne m'arrêtais pas à des vœux impuissants; Et si l'effet enfin, suivant mon espérance, Eût ouvert un champ libre à ma reconnaissance, J'aurais, par tant d'honneurs, par tant de dignités, Contenté votre orgueil et payé vos bontés, Que vous-même peut-être... Roxane Et que pourrais-tu faire? ”
“ Un long chemin sépare et le camp et Byzance; Mille obstacles divers m'ont même traversé, Et je puis ignorer tout ce qui s'est passé. Acomat Que faisaient cependant nos braves janissaires? Rendent-ils au sultan des hommages sincères? Dans le secret des cœurs, Osmin, n'as-tu rien lu? Amurat jouit-il d'un pouvoir absolu? Osmin Amurat est content, si nous le voulons croire, Et semblait se promettre une heureuse victoire. Mais en vain par ce calme il croit nous éblouir: Il affecte un repos dont il ne peut jouir. ”
“ A ce discours, laissant la sultane expirante, Il a marché vers nous, et d'une main sanglante, Il nous a déployé l'ordre dont Amurat Autorise ce monstre à ce double attentat. Mais, seigneur, sans vouloir l'écouter davantage, Transportés à la fois de douleur et de rage, Nos bras impatients ont puni son forfait, Et vengé dans son sang la mort de Bajazet. Atalide Bajazet! Acomat Que dis-tu? Osmin Bajazet est sans vie. L'ignoriez-vous? Atalide O ciel! Osmin Son amante en furie, Près de ces lieux, Seigneur, craignant votre secours, Avait au nœud fatal abandonné ses jours. ”
“ Roxane, Atalide, Zatime, Zaïre Roxane Enfin, belle Atalide, Il faut de nos destins que Bajazet décide. Pour la dernière fois je le vais consulter. Je vais savoir s'il m'aime. Atalide Est-il temps d'en douter, Madame? Hâtez-vous d'achever votre ouvrage. Vous avez du vizir entendu le langage; Bajazet vous est cher. Savez-vous si demain Sa liberté, ses jours, seront en votre main? Peut-être en ce moment Amurat en furie S'approche pour trancher une si belle vie. Et pourquoi de son cœur doutez-vous aujourd'hui? ”
“ Bajazet doit périr, dit-elle, ou l'épouser. S'il se rend, que deviens-je en ce malheur extrême? Et s'il ne se rend pas, que devient-il lui-même? Zaïre Je conçois ce malheur. Mais, à ne point mentir, Votre amour dès longtemps a dû le pressentir. Atalide Ah, Zaïre! l'amour a-t-il tant de prudence? Tout semblait avec nous être d'intelligence: Roxane, se livrant tout entière à ma foi, Du cœur de Bajazet se reposait sur moi, M'abandonnait le soin de tout ce qui le touche, Le voyait par mes yeux, lui parlait par ma bouche ”
“ Bajazet, Roxane, Atalide Roxane Venez, Seigneur, venez: il est temps de paraître, Et que tout le sérail reconnaisse son maître. Tout ce peuple nombreux dont il est habité, Assemblé par mon ordre, attend ma volonté. Mes esclaves gagnés, que le reste va suivre, Sont les premiers sujets que mon amour vous livre. L'auriez-vous cru, Madame, et qu'un si prompt retour Fît à tant de fureur succéder tant d'amour? Tantôt, à me venger fixe et déterminée, Je jurais qu'il voyait sa dernière journée, A peine cependant Bajazet m'a parlé, L'amour fit le serment, l'amour l'a violé. ”
“ Bajazet, Roxane, Acomat Roxane Acomat, c'en est fait. Vous pouvez retourner, je n'ai rien à vous dire. Du sultan Amurat je reconnais l'empire. Sortez. Que le sérail soit désormais fermé, Et que tout rentre ici dans l'ordre accoutumé. Scène III.Scène III. Bajazet, Acomat Acomat Seigneur, qu'ai-je entendu? Quelle surprise extrême! Qu'allez-vous devenir? Que deviens-je moi-même? D'où naît ce changement? Qui dois-je en accuser? O ciel! Bajazet Il ne faut point ici vous abuser. Roxane est offensée et court à la vengeance. Un obstacle éternel rompt notre intelligence. ”
“ Bajazet Atalide, Madame! O ciel! qui vous a dit... Roxane Tiens, perfide, regarde, et démens cet écrit. Bajazet Je ne vous dis plus rien. Cette lettre sincère D'un malheureux amour contient tout le mystère; Vous savez un secret que, tout prêt à s'ouvrir, Mon cœur a mille fois voulu vous découvrir. J'aime, je le confesse, et devant que votre âme, Prévenant mon espoir, m'eût déclaré sa flamme, Déjà plein d'un amour dès l'enfance formé, A tout autre désir mon cœur était fermé. ”
“ Et sans subir le joug d'un hymen nécessaire, Il lui fit de son cœur un présent volontaire. Acomat Mais vous aimez Roxane. Bajazet Acomat, c'est assez. Je me plains de mon sort moins que vous ne pensez. La mort n'est point pour moi le comble des disgrâces; J'osai, tout jeune encor, la chercher sur vos traces, Et l'indigne prison où je suis renfermé A la voir de plus près m'a même accoutumé; Amurat à mes yeux l'a vingt fois présentée Elle finit le cours d'une vie agitée. Hélas! si je la quitte avec quelque regret... Pardonnez, Acomat ”
“ Roxane Ame lâche, et trop digne enfin d'être déçue, Peux-tu souffrir encor qu'il paraisse à ta vue? Crois-tu par tes discours le vaincre ou l'étonner? Quand même il se rendrait, peux-tu lui pardonner? Quoi? ne devrais-tu pas être déjà vengée? Ne crois-tu pas encore être assez outragée? Sans perdre tant d'efforts sur ce cœur endurci, Que ne le laissons-nous périr?... Mais le voici. Scène IV.Scène IV. Bajazet, Roxane Roxane Je ne vous ferai point des reproches frivoles: Les moments sont trop chers pour les perdre en paroles. ”
“ Si Roxane le veut, sans doute il faut qu'il meure. Il se perdra, te dis-je. Atalide, demeure; Laisse, sans t'alarmer, ton amant sur sa foi. Penses-tu mériter qu'on se perde pour toi? Peut-être Bajazet, secondant ton envie, Plus que tu ne voudras aura soin de sa vie. Zaïre Ah! dans quels soins, Madame, allez-vous vous plonger? Toujours avant le temps faut-il vous affliger? Vous n'en pouvez douter, Bajazet vous adore. Suspendez ou cachez l'ennui qui vous dévore; N'allez point par vos pleurs déclarer vos amours. ”
“ Seigneur, je sais trop bien avec quelle constance Vous allez de la mort affronter la présence; Je sais que votre cœur se fait quelques plaisirs De me prouver sa foi dans ses derniers soupirs; Mais, hélas! épargnez une âme plus timide, Mesurez vos malheurs aux forces d'Atalide, Et ne m'exposez point aux plus vives douleurs Qui jamais d'une amante épuisèrent les pleurs. Bajazet Et que deviendrez-vous, si dès cette journée, Je célèbre à vos yeux ce funeste hyménée? Atalide Ne vous informez point ce que je deviendrai. ”
“ Osmin Quoi? vous l'aimez, Seigneur? Acomat Voudrais-tu qu'à mon âge Je fisse de l'amour le vil apprentissage? Qu'un cœur qu'ont endurci la fatigue et les ans Suivît d'un vain plaisir les conseils imprudents? C'est par d'autres attraits qu'elle plaît à ma vue: J'aime en elle le sang dont elle est descendue. Par elle Bajazet, en m'approchant de lui, Me va, contre lui-même, assurer un appui. Un vizir aux sultans fait toujours quelque ombrage: A peine ils l'ont choisi, qu'ils craignent leur ouvrage ”
“ Qu'importe qu'il nous doive et le sceptre et le jour? Les bienfaits dans un cœur balancent-ils l'amour? Et sans chercher plus loin, quand l'ingrat me sut plaire, Ai-je mieux reconnu les bontés de son frère? Ah! si d'une autre chaîne il n'était point lié, L'offre de mon hymen l'eût-il tant effrayé? N'eût-il pas sans regret secondé mon envie? L'eût-il refusé, même aux dépens de sa vie? Que de justes raisons... Mais qui vient me parler? Que veut-on? Scène VIII.Scène VIII. Roxane, Zatime Zatime Pardonnez si j'ose vous troubler, Mais, Madame, un esclave arrive de l'armée ”
“ L'embarras irritant de ne s'oser parler, Même témérité, périls, craintes communes, Lièrent pour jamais leurs cœurs et leurs fortunes. Ceux mêmes dont les yeux les devaient éclairer Sortis de leur devoir, n'osèrent y rentrer. Osmin Quoi? Roxane d'abord leur découvrant son âme, Osa-t-elle à leurs yeux faire éclater sa flamme? Acomat Ils l'ignorent encore, et jusques à ce jour, Atalide a prêté son nom à cet amour. Du père d'Amurat Atalide est la nièce, Et même avec ses fils partageant sa tendresse, Elle a vu son enfance élevée avec eux. ”
“ Je vous dois tout mon sang; ma vie est votre bien. Mais enfin voulez-vous... Roxane Non, je ne veux plus rien. Ne m'importune plus de tes raisons forcées. Je vois combien tes vœux sont loin de mes pensées. Je ne te presse plus, ingrat, d'y consentir; Rentre dans le néant dont je t'ai fait sortir. ”
“ Roxane dans son cœur peut-être vous pardonne. Vous-même, vous voyez le temps qu'elle vous donne. A-t-elle, en vous quittant, fait sortir le vizir? Des gardes à mes yeux viennent-ils vous saisir? Enfin, dans sa fureur implorant mon adresse, Ses pleurs ne m'ont-ils pas découvert sa tendresse? Peut-être elle n'attend qu'un espoir incertain Qui lui fasse tomber les armes de la main. Allez, Seigneur: sauvez votre vie et la mienne. Bajazet Eh bien! Mais quels discours faut-il que je lui tienne? ”
“ Où j'allais par ses mains couronner mon amant. Le ciel s'est déclaré contre mon artifice. Et que fallait-il donc, Zaïre, que je fisse? A l'erreur de Roxane ai-je dû m'opposer, Et perdre mon amant pour la désabuser? Avant que dans son cœur cette amour fût formée, J'aimais, et je pouvais m'assurer d'être aimée. Dès nos plus jeunes ans, tu t'en souviens assez, L'amour serra les nœuds par le sang commencés. Elevée avec lui dans le sein de sa mère, J'appris à distinguer Bajazet de son frère ”
“ Souveraine d'un cœur qui n'eût aimé que moi: Dans ce comble de gloire où je suis arrivée, A quel indigne honneur m'avais-tu réservée? Traînerais-je en ces lieux un sort infortuné, Vil rebut d'un ingrat que j'aurais couronné, De mon rang descendue, à mille autres égale, Ou la première esclave enfin de ma rivale? Laissons ces vains discours et sans m'importuner, Pour la dernière fois, veux-tu vivre et régner? J'ai l'ordre d'Amurat, et je puis t'y soustraire. Mais tu n'as qu'un moment: parle. Bajazet Que faut-il faire? Roxane Ma rivale est ici: Suis-moi sans différer ”
“ Voilà, n'en doutons point, le parti qu'il faut prendre. Je veux tout ignorer. Scène V. Roxane, Zatine Roxane Ah! que viens-tu m'apprendre, Zatime? Bajazet en est-il amoureux? Vois-tu dans ses discours qu'ils s'entendent tous deux? Zatime Elle n'a point parlé. Toujours évanouie, Madame, elle ne marque aucun reste de vie Que par de longs soupirs et des gémissements Qu'il semble que son cœur va suivre à tous moments. ”
“ Et qu'ils reconnaîtraient la voix de leur vizir? Osmin Le succès du combat réglera leur conduite: Il faut voir du sultan la victoire ou la fuite. Quoique à regret, Seigneur, ils marchent sous ses lois, Ils ont à soutenir le bruit de leurs exploits: Ils ne trahiront point l'honneur de tant d'années. Mais enfin, le succès dépend des destinées. Si l'heureux Amurat, secondant leur grand cœur, Aux champs de Babylone est déclaré vainqueur, Vous les verrez soumis rapporter dans Byzance L'exemple d'une aveugle et basse obéissance ”
“ Bajazet a pu faire un si prompt changement? Roxane en sa fureur paraissait inflexible. A-t-elle de son cœur quelque gage infaillible? Parle. L'épouse-t-il? Zaïre Je n'en ai rien appris. Mais enfin s'il n'a pu se sauver qu'à ce prix, S'il fait ce que vous-même avez su lui prescrire, S'il l'épouse, en un mot... Atalide S'il l'épouse, Zaïre! Zaïre Quoi! vous repentez-vous des généreux discours Que vous dictait le soin de conserver ses jours? Atalide Non, non; il ne fera que ce qu'il a dû faire. Sentiments trop jaloux, c'est à vous de vous taire ”
“ Roxane, Acomat, Osmin Acomat Que faites-vous, Madame? En quels retardements D'un jour si précieux perdez-vous les moments? Byzance, par mes soins presque entière assemblée, Interroge ses chefs, de leur crainte troublée ”
“ Roxane, Atalide, Acomat, Osmin, Zatime, Zaïre Acomat La vérité s'accorde avec la renommée, Madame. Osmin a vu le sultan et l'armée. Le superbe Amurat est toujours inquiet; Et toujours tous les cœurs penchent vers Bajazet: D'une commune voix ils l'appellent au trône. ”
“ Ainsi donc pour un temps Amurat désarmé Laissa dans le sérail Bajazet enfermé. Il partit, et voulut que fidèle à sa haine, Et des jours de son frère arbitre souveraine, Roxane, au moindre bruit, et sans autres raisons, Le fît sacrifier à ses moindres soupçons. ”
“ C'est ce qui fait, par exemple, que les personnages turcs, quelque modernes qu'ils soient, ont de la dignité sur notre théâtre. On les regarde de bonne heure comme anciens. Ce sont des mœurs et des coutumes toutes différentes. Nous avons si peu de commerce avec les princes et les autres personnes qui vivent dans le sérail, que nous les considérons, pour ainsi dire, comme des gens qui vivent dans un autre siècle que le nôtre. ”
“ Le premier, c'est à savoir Osman, fut empereur avant lui, et régna environ trois ans, au bout desquels les janissaires lui ôtèrent l'empire et la vie. Le second se nommait Orcan. Amurat, dès les premiers jours de son règne, le fit étrangler. Le troisième était Bajazet, prince de grande espérance, et c'est lui qui est le héros de ma tragédie. Amurat, ou par politique, ou par amitié, l'avait épargné jusqu'au siège de Babylone. Après la prise de cette ville, le sultan victorieux envoya un ordre à Constantinople pour le faire mourir. ”
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