“ Dom Felletin était un moine de plus de soixante-cinq ans, mais si souple et si jeune ! Grand et robuste, le sang à fleur de peau et piquant les joues, ainsi que des pelures d’abricots, de points cramoisis ; le nez protubérant et remuant, lorsque le visage s’égayait, du bout ; les yeux bleu clair et les lèvres fortes, ce religieux effluait autour de lui la piété tranquille, la joie de l’âme saine et renoncée, de l’âme qui sent bon. Plein d’enthousiasme pour son ordre, épris de liturgie et de mystique, il rêvait à des groupes d’oblats formant une communauté autour de la sienne. ”
Joris-Karl Huysmans
Résumé
L’Oblat, dernier roman de Joris-Karl Huysmans publié en 1903, termine une trilogie qui raconte la conversion de Durtal, personnage à peine masqué de l’auteur, au catholicisme. À Ligugé, dans un monastère bénédictin, Durtal explore les tensions entre croyance et modernisme, face aux dilemmes des novices et à la liturgie.
Huysmans combine une description minutieuse des rites religieux, des réflexions sur la souffrance et des portraits de figures comme le Père Felletin, tout en évoquant le jardin de Gethsémani. L’œuvre, marquée par la crise moderniste, associe dévotion et questionnement sur la place de la religion dans une société en transformation.
Citations de L’Oblat (Joris-Karl Huysmans)
“ Et quand le moment suprême des noces fut venu, alors que Marie, que Magdeleine, que saint Jean, se tenaient, en larmes, au pied de la croix, elle, comme la pauvreté dont parle saint François, monta délibérément sur le lit du gibet et, de l’union de ces deux réprouvés de la terre, l’église naquit ; elle sortit en des flots de sang et d’eau du cœur victimal et ce fut fini ; le Christ, devenu impassible, échappait pour jamais à son étreinte ; elle était veuve au moment même où elle avait été enfin aimée, mais elle descendait du Calvaire, réhabilitée par cet amour, rachetée par cette mort. ”
“ La divine liturgie l’enlevait, planant si haut, loin de nos boues ! Et il embrassait d’un coup d’œil le panorama de la terrible semaine, de la semaine « peineuse » telle que la qualifiait le moyen-age. Avant de gravir ces jours qui conduisaient en de brèves étapes au sommet du Golgotha, au pied même du gibet, l’église montrait, dans l’evangile de la passion, le fils de Dieu réduit à s’enfuir et à se cacher, afin de n’être pas lapidé par les Pharisiens ; — et pour exprimer cette humiliation, elle couvrait de voiles de couleur violette ses statues et ses croix. ”
