J.-K. Huysmans

J.-K. Huysmans

En route (1921)

Résumé

Portrait de J.-K. Huysmans J.-K. Huysmans En route (1921)

Assis sur l'herbe, Durtal regardait l'obscur miroir de cette croix couchée et, songeant à son âme qui était, ainsi que cet étang, tannée, salie, par un lit de feuilles mortes, par un fumier de fautes, il plaignait le Sauveur qu'il allait convier à s'y baigner, car ce ne serait même plus le martyre du Golgotha, consommé, sur une éminence, la tête haute, au jour, en plein air, au moins! mais ce
serait, par un surcroît d'outrages, l'abominable plongeon du crucifié, la tête en bas, la nuit, dans un fond de boue!
Source : Gallica

Portrait de J.-K. Huysmans J.-K. Huysmans En route (1895)

Il rejoignit précipitamment la grande allée qui conduisait au monastère. Il marchait, la tête basse, en refoulant ses larmes.
Il ralentit un peu le pas, lorsqu'il atteignit le petit étang ; il leva des yeux suppliants vers la croix et, les baissant, il rencontra un regard si ému, si pitoyable, si doux qu'il s'arrêta ; et le regard disparut avec le salut du convers qui continua son chemin.
Il a lu en moi, se dit Durtal— Oh ! il a raison de me plaindre, le charitable moine, car vraiment ce que je souffre ! ah ! Seigneur, être comme cet humble frère !
Source : Gallica

Portrait de J.-K. Huysmans J.-K. Huysmans En route

Tu supposes un Dieu plus cruel que tu ne serais, un Dieu qui a créé les gens, sans qu’ils aient été consultés, sans qu’ils aient demandé à naître ; et, après avoir pâti pendant leur existence, ils seraient encore suppliciés sans merci, après leur mort ; mais, voyons, toi-même, tu verrais torturer ton plus fervent ennemi, que tu serais pris de pitié, que tu solliciterais sa grâce. Tu pardonnerais et le Tout-Puissant serait implacable ? tu m’avoueras que c’est se faire de Lui une singulière idée.
Durtal se taisait ; l’enfer se perpétuant à l’infini demeurait, en effet, gênant.
Source : Wikisource

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