Résumé

L. de Carné Revue des Deux Mondes

L’un des faits constitutifs du monde antique, la conquête, domine à l’origine du monde moderne, sous des formes sinon plus impitoyables encore, du moins plus universelles. Les vainqueurs assujétissent les vaincus par la loi, comme ils l’ont fait d’abord par la force, et le sol dont ils s’emparent devient le gage en même temps que le signe légal de leur prééminence. La terre possédée par eux se revêt en quelque sorte de leur noblesse et de leur fierté ; à elle se rattachent tous les droits, sur elle seule repose l’économie de la société tout entière.
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L. de Carné Revue des Deux Mondes

Rendez grace à la Providence, monsieur, de n’avoir pas eu, comme nous, à sauter à pieds joints d’une civilisation dans une autre, de n’avoir pas vu la foudre entr’ouvrir soudain un abîme entre le monde où vous vivez et celui où vécurent vos pères. L’Angleterre a suivi les progrès des siècles, sans répudier la religion des âges. La France, au contraire, ne pouvant, par la fatalité des circonstances, arracher aux ruines écroulées autour d’elle, ni un enseignement ni un débris, dut improviser, comme un dithyrambe, l’œuvre entière de ses mœurs et de ses lois.
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L. de Carné Revue des Deux Mondes

Deux choses sont donc à distinguer dans Napoléon, deux choses qui donnent la clé de tant de jugemens incohérens, de tant de contradictions apparentes : sa mission et sa politique, son œuvre et sa volonté. Par l’une, il marcha toujours vers le but assigné à sa vie, lors même que par l’autre il sembla vouloir s’en détourner. C’est pour cela que l’instinct du peuple l’absout dans ses fautes et le glorifie jusque dans ses abaissemens. Le sceau de la Providence est sur cette tête ; elle est sacrée pour l’humanité tout entière.
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