“ Il a un sens extraordinaire de la symétrie qui lui fait problème de tout. A toute fissure de compréhension s’introduit la production de son esprit. On voit de quelle commodité il peut être. Il est comme une hypothèse physique. Il faudrait l’inventer, mais il existe ; l’homme universel peut maintenant s’imaginer. Un Léonard de Vinci peut exister dans nos esprits, sans les trop éblouir, au titre d’une notion : une rêverie de son pouvoir peut ne pas se perdre trop vite dans la brume de mots et d’épithètes considérables, propices à l’inconsistance de la pensée. ”
Paul Valéry
Résumé
"Variété I", recueil d'essais de Paul Valéry publié en 1923, explore des thèmes universels tels que l'Europe, l'équilibre des forces, les aspirations humaines et la crise des valeurs. L'auteur interroge la nature de l'œuvre artistique, la pérennité des idées et l'influence de l'Esprit européen sur la modernité, en citant Léonard de Vinci comme figure symbolique.
À travers des réflexions sur l'architecture, la science et la philosophie, Valéry met en évidence une préoccupation pour l'harmonie entre réflexion et création, tout en remettant en question les fondements de la connaissance. Ce texte demeure une synthèse percutante des enjeux intellectuels de son époque.
Citations de Variété I (Paul Valéry)
“ Il s’agit donc d’une crise générale des valeurs. Rien n’y échappe, ni dans l’ordre économique, ni dans l’ordre moral, ni dans l’ordre politique. La liberté elle-même cesse d’être de mode. Les partis les plus avancés qui la réclamaient furieusement, il y a cinquante ans, la renient et l’immolent aujourd’hui !... Cette crise s’étend à tout : les sciences, le Code civil, la mécanique de Newton, les traditions diplomatiques, tout en est affecté. Je ne sais même pas si l’amour lui-même n’est pas en voie d’être évalué tout autrement qu’il ne l’était depuis une demi-douzaine de siècles... ”
“ Il est œuvre et instrument de quelqu’un qui a besoin de lui, qui ne le rejette pas volontiers, qui le pleure comme on pleurerait le pouvoir... Tel est le sentiment du Vinci. Sa philosophie est toute naturaliste, très choquée par le spiritualisme, très attachée au mot-à-mot de l’explication physico-mécanique ; quand, sur le point de l’âme, la voici toute comparable à la philosophie de l’Église. L’Église, — pour autant du moins, que l’Église est Thomiste, — ne donne pas à l’âme séparée une existence bien enviable. Rien de plus pauvre que cette âme qui a perdu son corps. ”
