Résumé

Gabriel Tarde L’Opposition universelle

Passons en revue toutes les émotions, peur et colère, haine et amour, indignation et admiration morale, elles nous montreront toutes ces deux traits communs, d’être le réveil plus ou moins brusque d’un désir et l’ébranlement d’une croyance, le démenti d’une attente, un problème posé.
Une émotion - et on peut en dire autant d’une passion, car une passion, avant de devenir une habitude, est une inquiétude - est toujours une question. Peur ou colère, haine ou amour, admiration ou mépris, tristesse ou joie, sont des désirs qui cherchent leur voie d’exécution et qui ne l’ont pas encore trouvée.
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Gabriel Tarde L’Opposition universelle

Le plaisir et la douleur physiques ne deviennent joie et tristesse que par nos rapports avec les autres hommes. La tristesse même de la solitude est sociale, car elle atteste le manque d’une société sympathique dont nous n’aurions pas l’idée si nous n’en avions jamais goûté la douceur. L’ennui, par une raison analogue, est inconnu des animaux. Pour l’amour et la haine, pour l’admiration et le mépris, l’explication sociale est évidente. La peur aussi, quand elle nous saisit dans la solitude et les ténèbres, peuple la nuit d’ennemis imaginaires, de fantômes.
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Gabriel Tarde L’Opposition universelle

Si donc l’on veut à tout prix le rendre de la sorte maniable et pour ainsi dire portatif, il faut l’imaginer symétrique, réfléchi et replié sur soi.
C’est, je le répète, à la manière des grands conquérants, des grands poètes, des grands penseurs, que la vie aime l’ordre et même la symétrie dans ses créations. Que veulent-ils tous ? Posséder le monde chacun à sa façon ; le conquérant, par la volonté ; le penseur, par l’intelligence ; le poète, par l’imagination qui pille et bouleverse la réalité, se joue des choses et affirme ainsi leur subordination à son arbitraire idéal.
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