“ Qu’est-ce que vous me voulez donc ? — Comment ce que je veux ? s’écria M. Goefle indigné : je veux ma pelisse, mon bonnet, ma veste, mon linge, ma chaussure, enfin tout ce que vous m’avez pris pour vêtir et enjoliver votre aimable personne ! — Bah ! bah ! vous croyez ça ? Vous rêvez, mon brave homme ! dit l’aventurier en se soulevant sur son siège et en regardant avec étonnement sa garde-robe d’emprunt ; puis, se mettant à rire au souvenir encore confus de son aventure : — Ma foi ! ”
Citations sur “M. Goefle”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ M. Goefle entra chez Stenson et le trouva assis, la tête dans ses mains, immobile comme une statue. Il fut forcé de lui toucher le bras pour que le vieillard s’aperçût de sa présence. Celui-ci était si absorbé dans ses pensées, qu’il le regarda d’un air hébété et eut besoin de quelques instants pour le reconnaître et pour rassembler ses idées. Enfin il parut revenir à lui-même en faisant un grand effort de volonté, et, se levant, il salua M. Goefle avec sa politesse accoutumée, lui demanda de ses nouvelles et lui offrit son propre fauteuil, dont l’avocat refusa de le déposséder. ”
“ Voyons, aidez-moi, Christian : vous êtes artiste ; tout artiste doit savoir rouler un turban ! Christian n’était pas gris ; l’effraction de M. Goefle le chagrina un peu. — On accuse toujours, lui dit-il, les gens de mon état, et non sans cause généralement ; vous verrez que cela m’attirera quelque ennui ! — Bah ! bah ! ne suis-je pas là ? s’écria M. Goefle. Je prends tout sur moi. Allons, Christian, endossez donc cette robe ; essayez, du moins. — Cher monsieur Goefle, dit Christian, laissez-moi avaler n’importe quoi ; je meurs de faim. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ J’ai encore deux jours à passer chez le baron. Prenons un rendez-vous plus sûr et plus chaud. — C’est cela, dit M. Goefle. Messieurs, venez nous voir au Stollborg demain, nous dînerons ou nous souperons ensemble. — Mais, demain, répondit le major ; c’est la chasse à l’ours ; n’y viendrez-vous pas tous les deux ? — Tous les deux ? Non ; moi, je ne suis pas chasseur, et je n’aime pas les ours ; quant à Christian, ce n’est pas sa partie. Voyez un peu, si un ours venait à lui manger une main... Il n’en a pas trop de deux pour faire agir ses marionnettes. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Quand on n’a rien de mieux, on met son habit à l’envers. Voyons ! avec de l’imagination... — Partez donc, monsieur Goefle, je vous suis ; j’ai mon âne à recharger et mon argent à recevoir. Prenez ce masque, j’en ai un second ; il y a peut-être des curieux sur l’escalier. — Ou des curieuses... à cause de vous. Dépêchez-vous, Christian ; je pars en avant. Et M. Goefle, leste et léger comme à vingt ans, s’élança dans l’escalier, bousculant les valets et même quelques dames bien enveloppées qui s’étaient glissées là furtivement pour tâcher d’apercevoir au passage le fameux Christian Waldo. ”
“ Christian eût préféré rester, mais il voyait M. Goefle si animé qu’il craignit de le laisser à sa propre gouverne. — Tenez, dit-il, renonçons au déguisement. Comme il ne faut pas que l’on nous voie ensemble à visage découvert, masquons-nous tous deux. Vous serez Christian Waldo, puisque vous êtes le mieux vêtu de nous deux ; moi, qui ai déjà été pris ce soir pour mon valet, je vais continuer ce rôle, je serai Puffo. — Voilà qui est très bien imaginé ! s’écria M. Goefle. À présent partons ! À propos ! laissons de la lumière à M. Nils ; s’il se réveillait, il aurait peur, et peut-être faim. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1883)
“ Son rire désarma également ses deux acolytes, qui se mirent à rire aussi de confiance et retournèrent à leurs fonctions, tandis que Christian racontait à M. Goefle, en peu de mots, ce que la comtesse Elveda appelait son algarade, et ce qu'il croyait de nature à le disculper entièrement. M. Goefle, tout pressé qu'il était de partir, l'écouta avec attention, et, quand il eut fini : — Certes, mon cher enfant, lui dit-il, vous n'avez rien fait là qui déshonore le nom de Goefle, et, bien au contraire, vous avez agi en galant homme; mais vous ne m'en avez pas moins jeté dans un cruel embarras. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Quant à moi, après tout, je m’en moque ! reprit M. Goefle en se débarrassant de sa perruque et en couvrant sa nuque d’un léger bonnet noir que lui présentait Christian. Me croyez-vous si poltron que je me soucie du croquemitaine de ce château ? Tenez, Christian, je vais débuter comme montreur de marionnettes, operante, ainsi que vous dites. Eh bien, si jamais on vous reproche d’avoir fait le saltimbanque pour vivre au profit de la science, vous pourrez dire : « J’ai connu un homme qui exerçait avec honneur une profession grave... et qui m’a servi de compère pour son plaisir. » ”
“ Dieu me pardonne ! Que de mailles il aura fait partir en dansant, l’animal ! Et monsieur ne daigne pas ouvrir les yeux ! En faisant toutes ces réflexions coup sur coup, M. Goefle mit la main sur la défroque que Cristiano avait dépouillée la veille, et que, pressé de dormir au retour du bal, il avait laissée sur une autre chaise. La vue de la culotte râpée, de la cape vénitienne qui montrait la corde et du chapeau tyrolien à gances fanées, jeta M. Goefle dans un nouvel océan de suppositions. ”
“ Comment ne devinez-vous pas que, si j’ai pu m’introduire sans masque dans le bal de cette nuit, ce n’est certainement point le nom de Christian Waldo qui aurait pu m’ouvrir la porte ? — Je ne dis pas le contraire ; mais alors c’est donc sous le nom de Goefle... ? — Mon invitation était sous cet honorable nom, dans ma poche. — Ainsi, monsieur, dit M. Goefle d’un ton sévère, et avec des yeux brillants de courroux, vous ne vous contentez pas d’emporter l’habit complet des gens, depuis la poudre à cheveux jusqu’à la semelle inclusivement ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ C’est bien assez de haïr quelqu’un et d’être obligée de souffrir ses assiduités. — Vous n’êtes pas sincère, ma chère enfant, reprit Cristiano, qui arrivait à jouer avec conviction et une sorte de vraisemblance le personnage de M. Goefle : vous craignez que je ne redise vos confidences à la comtesse, ma cliente ! — Non, cher monsieur Goefle, non ! Je sais que vous êtes plus qu’un homme d’honneur, vous êtes un homme de bien. Tout le monde vous considère, et le baron lui-même, qui pense mal de tout le monde, n’ose parler mal de vous. ”
“ M. Goefle se pardonna ce qu’il appelait son absurde condescendance en sentant un joli récit de sa soirée au Stollborg s’arranger de lui-même dans sa tête pour le divertissement de ses amis de Gevala. Cependant Ulph ne revenait pas. Qu’il lui fallût du temps pour trouver de quoi souper dans le modeste ménage de maître Stenson, M. Goefle le concevait ; mais qu’il ne rapportât pas de lumière, c’était un oubli impardonnable. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Comme le vieillard, par politesse excessive, avait coutume de répondre toujours ainsi, qu’il eût entendu ou non, M. Goefle, qui tenait à causer avec lui, s’approcha de son oreille et s’étudia à bien articuler chaque syllabe ; mais il vit bientôt que ce soin était moins nécessaire qu’il ne l’avait été les années précédentes. Loin que la surdité de Stenson eût augmenté, elle semblait diminuée de beaucoup. M. Goefle lui en fit compliment. ”
“ Il examina alors la malle, la valise, et les effets de M. Goefle épars sur des chaises, le linge bien plié, tout prêt à être emporté dans quelque armoire, les habits étendus sur les dossiers des siéges pour se défriper ; enfin la valise vide, sur le couvercle de laquelle il lut ces mots : « M. Thormund Goefle, avocat à Gevala et docteur en droit de la faculté de Lund. » — Un avocat ! pensa l’aventurier. Eh bien ! ça parle, un avocat ! ça doit toujours avoir un peu d’esprit ou de talent. Ce me sera une agréable compagnie, pour peu qu’il ait le bon sens de ne pas juger l’homme sur l’habit. ”
“ Il apportait le décret du comité de la diète qui reconnaissait les droits de Christian, et une lettre de la comtesse Elvéda, qui autorisait secrètement M. Goefle à disposer de la main de sa nièce en faveur du nouveau baron de Waldemora. En revenant au château avec son oncle Goefle, Christian, qui voyait avec délices la joyeuse réunion de ses dignes amis se dérouler en voiture sur les méandres du chemin pittoresque, fut pris, au milieu de sa joie, d’un accès de mélancolie. — Je suis trop heureux, dit-il à l’avocat ; je voudrais mourir aujourd’hui. ”
“ Il serra encore la main de M. Goefle, se rapprocha du feu, et retomba, en réalité ou à dessein, dans une surdité absolue. M. Goefle, pour le distraire, et dans l’espoir de le ramener un peu plus tard à des velléités d’épanchement, essaya de lui parler du procès principal dont le baron l’avait entretenu le matin. Cette fois, il fut forcé d’écrire ses questions, auxquelles le vieillard répondit avec sa lucidité ordinaire. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Il eut bientôt rejoint M. Goefle, qu’il était question de porter en triomphe, vu qu’il était arrivé, non pas le premier (il était arrivé le dernier) , mais parce qu’il avait fait une prouesse imprévue en attrapant au vol, avec son fouet, la perruque de Stangstadius, qui s’était juché sur le traîneau de Larrson en dépit du jeune major. Certes, M. Goefle ne l’avait pas fait exprès ; le bout de son fouet, lancé au hasard, s’était noué autour de la queue de la perruque par une de ces chances que l’on peut appeler invraisemblables, parce qu’elles arrivent à peine une fois sur mille. ”
“ Telle est la vie. — Prenez au moins la peine, lui dit l’avocat, de savoir devant qui vous êtes. Assez satisfait de cette fière injonction, M. Goefle s’attendait à voir enfin la surprise, la terreur ou la confusion se peindre sur les traits du coupable ; mais il attendit en vain. Cristiano se frotta les yeux, le regarda en souriant et lui dit du ton le plus affable : Vous avez une bonne figure, vous ! Qu’est-ce que vous me voulez donc ? ”
“ Oui, oui, c’est ça ! « Il y a de belles chambres toujours propres et un tas de domestiques qui font tout. Ce que M. Goefle veut, c’est qu’on soit là pour commander à sa place, et il ne veut plus emmener François, parce que François ne reste jamais dans sa chambre. Il va boire et se divertir avec les autres laquais, et monsieur est obligé de courir partout et d’appeler pour demander ce qu’il lui faut. Ça le dérange. Monsieur n’aime pas ça du tout. Toi, tu seras bien sage ; tu ne le quitteras jamais, tu entends-bien ? Tu le feras servir, et on te servira aussi. » ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Tels étaient mes sentiments, monsieur Goefle ; je ne me fardais point, car tels ils sont encore. Je n’ai jamais éprouvé le besoin d’accuser et d’interroger ceux qui m’ont donné la vie, et je ne comprends pas les bâtards qui se plaignent de n’être pas nés dans une condition de leur choix, comme si tout ce qui vit n’avait pas été de tout temps destiné à vivre, et comme si ce n’était pas Dieu qui nous appelle ou nous envoie en ce monde dans les conditions qu’il lui plaît d’établir. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Ce beau jeune homme à la figure distinguée et aux mains fines n’était donc qu’un bohémien quelconque, meneur d’ours apprivoisés, marchand colporteur ou chanteur ambulant ? Un chanteur italien ? Non, le visage de l’aventurier appartenait sans nul doute au type du pays de Dalum. Un escamoteur... trop habile dans son état peut-être ? Non, car la bourse de M. Goefle était intacte dans le fond de sa malle, et la figure du dormeur était si honnête ! Son sommeil était vraiment celui de l’innocence. Que penser et que résoudre ? L’avocat se grattait la tête. ”
“ Croyez-moi, Christian, il n’y a pas de sots métiers, dit-on : moi, je dis qu’ils le sont tous ; c’est ce qui fait que peu importe celui qui donne carrière au talent. Ne méprisez pas le vôtre : tel qu’il est, il est cent fois plus moral que le mien. — Oh ! oh ! monsieur Goefle, vous voilà dans un beau paradoxe ! Allez, allez, nous vous écoutons. Vous allez plaider cela avec éloquence. — Je n’aurai pas d’éloquence, mes enfans, dit M. Goefle, pressé par les deux officiers comme par Christian de donner carrière à son imagination. ”
“ La tante Gertrude, charmée d’avoir un crédit ouvert pour le faire équiper en petit laquais avant de le présenter à son maître, lui avait fait faire des hauts-de-chausses de peau d’élan et une veste de drap rouge si bien coupés qu’il y était tassé comme dans une gaine, et que M. Goefle lui-même eut grand’peine à l’en faire sortir. Il lui fallut le prendre sur ses genoux devant la cheminée, car durant cette opération l’enfant grelottait. M. Goefle avait beau enrager et maudire Gertrude de lui avoir donné un pareil serviteur, l’humanité lui défendait de le laisser geler. ”
“ C’est bien cela, maître Nils ! Comment donc ? Vous vous formez ! Vous voilà déjà debout à midi ? et vous vous êtes habillé vous-même ? N’êtes-vous point trop fatigué ? — Non, monsieur Goefle, répondit l’enfant d’un air de triomphe ; j’ai très bien boutonné mes guêtres, voyez ! — Un peu de travers ; mais enfin c’est toujours ça, et à présent vous allez vous reposer jusqu’à la nuit, n’est-ce pas ? — Oh ! non, monsieur Goefle ; je vais manger, car j’ai grand’faim, et voilà une grande heure au moins que ça m’empêche de bien dormir. — Vous voyez ! dit M. Goefle à Christian ”
“ Le baron ne peut vous soupçonner de l’avoir fait exprès ! D’ailleurs, n’y a-t-il que lui de baron dans ce monde ? N’y en a-t-il pas en ce moment peut-être une douzaine dans notre public ? Pensons au second acte, monsieur Goefle ; le temps passe, et, d’un moment à l’autre, on peut nous dire de commencer. — Si l’on ne vient pas nous dire d’en rester là... Tenez, on frappe. — C’est encore le majordome. Rentrez sous le châssis, monsieur Goefle ; je remets mon masque et j’ouvre. Il faut savoir ce qui se passe. M. Goefle caché et Christian masqué, la porte fut ouverte à M. Johan. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Au reste, ce ne sera pas la seule autour du baron... Stenson s’abstint de toute adhésion, et sa figure resta impassible. Il n’était pas aisé d’entamer une conversation délicate et intime avec un homme dont l’attitude cérémonieuse semblait toujours dire : « Parlez-moi de ce qui vous intéresse et non de ce qui me concerne. » Cependant M. Goefle était poussé par le démon de la curiosité, et il ne se laissa pas rebuter. ”
“ Cristiano savourait un moka exquis, et tous deux se mirent à rire de leur enthousiasme pour le froid de la montagne et le gruau des chaumières. — Ah ! dit M. Goefle en reprenant son sérieux, c’est que nous sommes des hommes dégénérés ! Il nous faut des excitants, des toniques, à nous autres ! C’est ce qui prouve que le plus habile et le plus haut famé d’entre nous ne vaut pas le dernier paysan de ces montagnes sauvages !... Mais voyez si cet animal d’Ulphilas nous apportera du tabac ! Ce garçon-là est une véritable brute ! ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Il faut qu’il soit devenu fou, ce pauvre Goefle ! Et M. Stangstadius, revenant sur ses pas, se mit à marcher auprès de Christian, qui continuait sa route vers le château. Au bout de quelques instants, le naturaliste se ravisa, et, se parlant à lui-même à haute voix, comme il en avait l’habitude : — Goefle est parti, dit-il, soit ! c’est un cerveau brûlé, un extravagant ; mais son neveu ! car il a un neveu, un charmant garçon avec qui l’on peut causer, et celui-là, sachant par lui que j’irais dîner là-bas, doit m’attendre. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Il me suppose des vues intéressées. — Que vous n’avez pas, dit Cristiano en souriant. — Que j’ai !... pour ma nièce. N’est-ce pas mon devoir envers elle ? — Assurément ; mais M. Goefle se prêtera-t-il à... cette petite exagération ? — Un avocat se ferait scrupule d’orner un peu la vérité ? Allons donc ! quand il s’agit de gagner une cause, votre cher oncle en dit bien d’autres ! — Sans doute ; mais le baron croira-t-il... ? — Le baron croira tout de M. Goefle. C’est, selon lui, le seul homme sincère qui existe. — M. le baron prétend donc être aimé pour lui-même ? ”
