“ J’ai fait d’ailleurs bien des réflexions depuis ce punch dans la grotte du högar. — Pauvre garçon ! vous êtes amoureux, tenez, car vous n’avez pas dormi ! — Amoureux ou non, j’ai dormi comme dort l’innocence ; mais on réfléchit vite quand on n’a pas beaucoup d’heures à perdre dans la vie. En m’habillant et en venant du Stollborg jusqu’à vous, une bonne et simple vérité m’est apparue. C’est qu’en voulant résoudre le problème du métier ambulant, je m’étais trompé. J’avais raisonné en enfant gâté de la civilisation. ”
Citations sur “Stollborg”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Et Olof se remit à chanter entre ses dents son triste refrain, qui de plus en plus rappelait à Christian l’air monotone entendu la veille dans les galets du lac. — Est-ce que la tante Karine ne va pas quelquefois au Stollborg ? demanda-t-il à Olof. — Au Stollborg ? dit le jeune garçon. Je ne le croirais que si je le voyais. — Pourquoi ? — Parce qu’elle n’aime pas cet endroit-là ; elle ne veut pas seulement qu’on le nomme devant elle. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ En vrai Suédois, Ulph était la prévenance et l’hospitalité mêmes ; mais, depuis quelques années qu’il habitait la sombre masure du Stollborg, en compagnie d’un personnage morne et sourd, le pauvre Ulph était devenu si superstitieux et si poltron, qu’après le coucher du soleil il ne manquait jamais de se barricader dans sa chambre, résolu à laisser périr dans les glaces et dans les neiges quiconque lui faisait entendre une voix suspecte. ”
“ Tenez-vous bien caché au Stollborg. Au reste, je vois avec plaisir que vous êtes prudent, et que vous savez vous bien déguiser. Personne ne peut vous reconnaître sous les habits que vous avez là ; mais sauvez-vous ! Voilà que l’on remonte en voiture pour pousser jusqu’au högar et complimenter le vainqueur. Ma tante va sûrement... Non, elle monte dans le traîneau de l’ambassadeur russe... Elle me laisse seule ? Voyez-vous, monsieur Christian, une mère ne ferait pas cela ! ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Christian était à la moitié du trajet entre le Stollborg et Waldemora, lorsqu’il se trouva face à face avec une sorte de fantôme noir qui voltigeait par bonds inégaux sur la glace. Il ne lui fallut pas beaucoup de réflexion pour reconnaître M. Stangstadius, porteur comme lui d’une petite lanterne sourde, et se disposant à lui adresser la parole. Comme Christian était bien sûr de ne pas être reconnu par un homme aussi insoucieux des autres, il jugea inutile de baisser son masque sur sa figure et de changer son accent pour lui répondre. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Christian, qui était romanesque, bâtit aussitôt la possibilité d’un système d’évasion en cas de guerre ou de captivité dans le donjon du Stollborg. Il gravit les galets qui formaient les irrégulières parois de la grotte, et parvint, non sans peine, à en sortir par cette ouverture, qu’il se convainquit n’avoir pas été faite de main d’homme. ”
“ À présent que le Stollborg n’a plus de mystères pour personne, soutiendra-t-on encore ce conte ridicule, qui a servi ici de prétexte à plusieurs pour abandonner cette malheureuse femme à la persécution et à la mort ? — Mais M. Christian Goffredi, élevé en Italie, n’est-il pas catholique lui-même ? murmuraient les héritiers en s’éloignant. Patience ! nous le saurons bien, et nous verrons si un homme qui ne peut siéger à la diète, ni occuper aucun emploi, peut hériter d’un domaine qui comporte tous les priviléges de la noblesse. ”
“ En effet, nous avons fait semblant de les chercher, Marguerite et moi, jusqu’au moment où l’on s’est séparé pour aller faire la toilette du soir ; mais, au lieu de songer à nous faire belles, nous n’avons pensé qu’à regarder par la fenêtre de ma chambre, et à tâcher de voir à travers le brouillard ce qui se passait sur le lac. Hélas ! c’était bien impossible ; on ne distinguait pas seulement la place du Stollborg. Alors nous écoutions de toutes nos oreilles : dans le brouillard épais, on entend quelquefois les moindres bruits ”
“ Toute la journée, ce Johan, qui est bien, si j’en juge par sa mine et par l’opinion de Stenson, la plus détestable canaille qui existe, n’a fait autre chose que de rôder dans le Stollborg, et c’est vous qui êtes l’objet de sa curiosité. Il a interrogé sur votre compte d’abord Stenson, qui ne vous connaît pas, et qui ne sait que d’aujourd’hui (précisément par ce Johan) que nous demeurons ici, vous et moi. Ledit Johan a ensuite causé longtemps dans l’écurie avec votre valet Puffo, et dans la cuisine du gaard avec Ulphilas. ”
“ En suivant cette galerie, Cristiano arriva au seuil d’un assez riche salon où l’on commençait à danser. L’aventurier n’avait qu’une pensée en promenant ses regards sur les danseuses ; mais à son désir de voir Marguerite se joignait une secrète anxiété. Trouver le moyen de renouer avec elle la conversation du Stollborg, en substituant sa véritable personnalité ou tout au moins une personnalité nouvelle quelconque à celle qu’il avait usurpée, ne lui paraissait plus chose aussi facile qu’il se l’était imaginé en s’embarquant dans cette folle aventure. ”
“ Puisqu’il faut retourner ce soir au château, j’y retourne à visage découvert. — Non, Christian, ne le faites pas, je vous le défends. Encore deux ou trois jours de prudence ! Il y a ici un gros secret à découvrir : je le découvrirai, ou j’y perdrai mon nom ; mais il ne faut pas qu’on voie votre figure. Il ne faut même plus la montrer à Ulf. Je ne vous quitte pas, je vous garde à vue. Un danger vous menace très certainement. L’oblique regard de Johan n’est pas le seul que j’aie vu briller dans les couloirs du Stollborg. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Devons-nous continuer ? — Et pourquoi non, monsieur Waldo ? dit le majordome. — J’ai cru voir que M. le baron était indisposé. — Oh ! cela lui arrive bien souvent, de souffrir quand il reste en place ; mais ce n’est rien. Il vient de me faire dire que vous ayez à reparaître, qu’il y soit ou non. Il tient à ce que vous divertissiez la compagnie... Mais quelle drôle d’idée avez-vous eue là, monsieur Christian, de représenter notre vieux Stollborg sur votre théâtre ? — J’ai cru être agréable à M. le baron, répondit effrontément Christian ; en est-il autrement ? ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Il y avait un bon quart d’heure que l’on frappait et sonnait à la porte extérieure du gothique manoir de Stollborg ; mais la bourrasque soufflait si fort, et le vieux Stenson était si sourd !... Il était bien servi par son neveu, qui avait l’oreille moins dure ; mais ce neveu, le blond et colossal Ulphilas, croyait aux esprits et ne se souciait pas d’aller leur ouvrir. M. Stenson (l’ancien régisseur du baron de Waldemora) , malingre et d’un caractère mélancolique, habitait un des pavillons du vieux castel délabré et délaissé dont il avait la jouissance et la garde. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Si fait ! le brouillard ne tiendra peut-être pas, et, d’ailleurs, la lune se lèvera, et, comme elle est pleine, on verra à se conduire. Christian donna une poignée de main avec un daler au jeune danneman, et, se conformant à ses instructions, il arriva au Stollborg sans faire fausse route et sans rencontrer personne. ”
“ Les abords du Stollborg, que M. Goefle avait traités de roidillon, consistaient en un véritable escalier naturel, formé par les feuillets schisteux et inégaux du rocher. En été, il y eût eu de quoi estropier chevaux et voitures ; mais dans les pays du Nord l’hiver rend tout passage praticable et tout voyageur intrépide. Une épaisse couche de neige glacée, solide et unie comme le marbre, comble les trous et nivelle les aspérités. Les chevaux, ferrés en conséquence, escaladent les hauteurs et descendent avec aplomb les pentes ardues ; le traîneau verse peu et presque toujours sans danger. ”
“ Pour être agréable à M. le baron. C’est une délicatesse de ma part de chercher toujours à représenter un site de la localité où j’exerce mon industrie passagère. À ma prochaine étape, ce Stollborg sera changé et le décor représentera autre chose. Est-ce que M. le baron a trouvé ma toile de fond mauvaise ? Que voulez-vous ! j’ai eu si peu de temps ! En parlant ainsi, Christian s’amusait à observer la désagréable figure de Johan. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, assez gros, d’un type vulgaire et d’une physionomie bienveillante et apathique au premier abord ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Si la force lui manque, pensa Christian, il est capable de rester là sur la glace, et, dans ce pays, un instant de repos forcé pendant la nuit peut être mortel, surtout à un être aussi chétif. Allons, attends-moi là, mon pauvre Jean ! Il courut à M. Stangstadius, qui s’était effectivement arrêté, et qui songeait peut-être à poursuivre son projet de dîner au Stollborg. Cette pensée, qui vint à Christian, lui fit doubler le pas ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Et ils entrèrent tous trois dans la salle de l’ourse. — Ma foi, si vous ne vous étiez pas trouvé là, dit Olof à Christian, j’aurais cherché longtemps la porte. Je connais bien le dehors du Stollborg, j’y viendrais les yeux fermés ; mais le dedans, non ! je n’y étais jamais entré. Vous pensez bien que, par ce temps maudit, je ne pouvais pas retourner tout de suite dans la montagne. Enfin j’ai vu un peu d’éclaircie, et, après deux heures passées au bostœlle de M. le major, j’y ai laissé mon cheval, et me voilà parti à pied pour ne pas causer de crainte à mon père ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Oh ! il est si sourd ! répondit le cocher en mettant pied à terre. Ulph ne dira rien, c’est mon ami. Pourvu toutefois qu’il veuille ouvrir ! Il a un peu peur la nuit ; c’est tout simple, le château... Péterson allait probablement parler des apparitions du Stollborg, mais il n’en eut pas le temps. La porte s’ouvrit comme d’elle-même, et Cristiano, tout aussi bien emmitouflé que le cocher, grâce à la pelisse et au bonnet fourré de l’avocat, se présenta sur le seuil. ”
“ Quand le château fut à peu près désert, Johan, ayant éloigné sous divers prétextes les valets dont il n’était pas sûr, procéda aux fonctions d’inquisiteur qu’il s’était vanté de mener à bien, et tint ainsi qu’il suit, avec ponctualité, heure par heure, le compte rendu de sa journée : « Neuf heures. — L’Italien crie la faim et la soif. On le fait taire ; ce n’est pas difficile. » Personne au Stollborg que Stenson, l’avocat et son petit laquais. Je ne parle pas d’Ulf, l’abruti. Christian Waldo a disparu, à moins qu’il ne soit malade et couché. ”
“ Il aida Olof à descendre le traîneau avec précaution jusqu’au bord du lac, et là l’enfant, qui se dirigeait fort habilement au juger, lui demanda s’il voulait remonter en traîneau pour aller au bostœlle du major. — Non, non, lui dit Christian, c’est au Stollborg que je dois aller. N’est-ce pas à droite qu’il faut prendre ? — Non, répondit Olof, tâchez de marcher droit devant vous en comptant trois cents pas. Si vous en faites deux de plus sans trouver le rocher, c’est que vous vous serez trompé. ”
Auguste Vitu,
Contes à dormir debout (3e édition revue…
(1876)
“ Aussi le retour de Stolberg s'opéra-t-il au milieu d'un silence qui me parut affecté. Mais Stolberg, qui probablement n'était pas dans le secret, reprit le cours de. ses confidences à pleine voix : « Vous savez qu'elle est mariée, ma cousine.! — Ah ! fit quelqu'un sur un ton mi-parti de condescendance et de raillerie. — Elle m'a très-mal reçu. Qui me dira, messieurs, si c'est par indifférence ou par colère? » Personne ne répondit, mais l'attention de ces messieurs se dirigea vers le jeune musicien qui froissait son archet sur les cordes comme un Sioux coupe le coup de son ennemi. ”
Adèle d’Osmond,
Mémoires de la comtesse de Boigne
“ Cependant, j’ai remarqué que monsieur de B. se réjouissait de m’avoir affligée, accordingly. J’invitai le comte de Stolberg (qui avait été témoin de ma promenade matinale à Snoghoy et à qui j’ai quelque raison de croire que John en avait dit le motif) à passer la soirée chez moi. Il m’avait été présenté la veille dans la cour par monsieur de B. Je fus excessivement polie et presque gaie. Je m’adressai plusieurs fois à monsieur de B. et je dissimulai parfaitement la manière dont nous étions ensemble devant monsieur de Stolberg, mais, à son départ, je repris mon froid et mon silence. ”
Madame de Stolz, La maison roulante (1908)
“ Adalbert tourne du côté droit au hasard, marchant le long des murailies, et croyant que tout le monde le regarde; puis s'encourageant luimême par ce commencement de réussite, il va, il va, sans savoir ce qu'il fait, si ce n'est qu'il échappe à l'homme silencieux, à la vieille Praxède, au méchant Karik et au chien hargneux. A force de marcher sans autre but que de fuir, ses jambes se fatiguent, il se dit avec effroi : « Où suis-je? où vais-je? » L'inquiétude se mêle en son esprit au désir fiévreux de s'éloigner de la maison roulante. ”
Horace de Viel-Castel,
Le faubourg St Germain. Tome 2
(1837)
“ Mes lèvres ne savent plus les paroles de la prière. Je suis profondément troublé. L'amour n'a fait que passer en moi ; il m'a brisé. Je croyais avoir trouvé un de ces amours qui ne se rencontrent sur la terre que pour se continuer dans le ciel. Je m'étais trompé, ô mon Dieu! La femme que j'aimais d'un amour trop grand, sans doute, puisque vous l'avez puni, s'est corrompue dans les plaisirs et les séductions de cette ville infâme. Son amour n'était que coquetterie. Et Gérard de Stolberg se mit à pleurer amèrement. ”
Horace de Viel-Castel,
Le faubourg St Germain. Tome 2
(1837)
“ Ne décidez rien d'une manière absolue. Et le marquis serra la main de Gérard. Madame de Lucheux, exaltée par le feu des paroles qu'il venait de prononcer, se leva de son fauteuil, et lui dit, profondément émue : - Oui, vous avez raison , monsieur de Stolberg, le monde ne mérite que votre mépris; car, excepté les deux amitiés qui vous tendent ici la main (et elle lui offrit la sienne) ; excepté ces deux amitiés, personne ne s'est rencontré , je ne dis pas pour vous défendre, mais qui voulût bien douter. Le monde a été infâme envers vous , il a été lâchement cruel. ”
Madame de Stolz, La maison roulante (1869)
“ Elle coupa une boucle des beaux cheveux blonds d'Adalbert, et les confia pour toujours à cette malheureuse. Elle dit humblement : « Je n'en suis pas digne ! Oh! merci ! merci ! madame. » Puis elle resta comme affaissée sous la surprise et l'attendrissement, et, l'heure ayant sonné, Gella demeura seule avec ses souvenirs, écoutant, le cœur navré, le bruit des derniers pas du petit Adalbert. Mme de Valneige, après avoir accompli ce pieux pèlerinage, revint à la Maison blanche, et son mari lui sut gré de ce qu'elle avait dit et fait. Dans la journée, on se promena dans les environs. ”
Henri Blaze,
Revue des Deux Mondes
“ Sans être insolens ni dédaigneux le moins du monde, les jeunes comtes Stolberg, appartenant par leur naissance à l’une des plus hautes familles de l’Allemagne du nord, avaient dans le commerce intime je ne sais quelle liberté de manières, quelles intolérances d’opinion, qui devaient, à la longue, blesser un homme accoutumé, comme Goethe, à la politesse bourgeoise, à la méthodique réserve de la bonne ville impériale. ”
Madame de Stolz, La maison roulante (1908)
“ « N'oublie pas mon cadeau surtout, lui criait Adalbert en sautant autour d'elle. — Il n'y a pas de danger! J'y tiens comme à mes yeux; c'est pourquoi je l'ai pendu à mon cou. — A ton cou? montre-le moi. » L'enfant vit une toute petite boîte fixée par un ruban au cou de Rosette ; cette boîte contenait le bouton et la tache d'encre qu'il avait rapportés de l'exil! Adalbert embrassa sa vieille bonne de tout son cœur. On partit joyeusement au nombre de cinq, car Tilly s'en allait aussi avec ses protecteurs respirer un air bienfaisant. ”
Madame de Stolz, La maison roulante (1869)
“ Le petit malheureux regardait sa veste de drap gros bleu, son pantalon pareil. Il regardait aussi son col taché d'encre; c'était en se battant pour rire avec Eugène qu'il avait fait ce petit malheur. Il se vit dépouillé de tout ce qu'il portait; il lui fallut revêtir une des grosses chemises de Natchès, et puis ce vilain pantalon trop court, et puis ce paletot sale et ridicule qui lui donnait l'air d'un vieux qui n'a pas grandi. Quand cette vilaine toilette fut achevée, Praxède passa de grands ciseaux dans la chevelure blonde et soyeuse qu'aimait tant Mme de Valneige. Adalbert tressaillit ”
