“ Lorsque, d’après son ordre, Johan entra chez lui, il le trouva assis sur son lit et à demi vêtu. — Il est trois heures, monsieur le baron, lui dit le majordome. Avez-vous un peu reposé ? — J’ai dormi, Johan, mais bien mal ; j’ai rêvé marionnettes toute la nuit. — Eh bien ! mon maître, ce n’est pas un rêve triste, cela ! ces marionnettes étaient fort drôles. — Tu trouves, toi ? Allons, soit ! — Mais vous avez ri vous-même ? — On rit toujours. La vie est un rire perpétuel,... un rire bien triste, Johan ! — Voyons, mon maître, pas d’idées noires. Qu’avez-vous à m’ordonner ? ”
Johan
Définition et enjeux
Citations sur “Johan”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Le baron sortit, et Johan rentra dans le cabinet où Massarelli, en proie à une vive inquiétude, trouvait le temps bien long. — Venez, mon garçon, lui dit Johan de son air le plus gracieux, c’est le moment de souper. — Mais... ne reverrai-je pas M. le baron ce soir ? Il m’a dit de l’attendre ici. — Il vous fait dire maintenant de souper tranquillement et d’attendre ses ordres. Croyez-vous qu’il n’ait rien à faire que de vous écouter ? Allons, venez donc ; avez-vous peur de moi ? Ai-je l’air d’un méchant homme ? ”
“ Toute la journée, ce Johan, qui est bien, si j’en juge par sa mine et par l’opinion de Stenson, la plus détestable canaille qui existe, n’a fait autre chose que de rôder dans le Stollborg, et c’est vous qui êtes l’objet de sa curiosité. Il a interrogé sur votre compte d’abord Stenson, qui ne vous connaît pas, et qui ne sait que d’aujourd’hui (précisément par ce Johan) que nous demeurons ici, vous et moi. Ledit Johan a ensuite causé longtemps dans l’écurie avec votre valet Puffo, et dans la cuisine du gaard avec Ulphilas. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Johan avait bien fait questionner Ulphilas sur toutes les personnes qu’il avait pu voir au Stollborg dans la journée ; mais Ulphilas, qui n’avait pas vu Marguerite, avait eu, relativement à la figure de Christian, un motif plausible pour répondre fort à propos : c’est la terreur que Christian lui avait inspirée avec ses grimaces et ses paroles menaçantes dans une langue inconnue. Il l’avait vu sans masque beaucoup plus effrayant qu’il n’était apparu à Johan lui-même, et, d’après ses réponses, Johan s’était trouvé confirmé dans son sentiment et le baron dans son erreur. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ C’est pardieu vrai ! répondit M. Stangstadius, c’est maître Johan, l’ex-majordome de Waldemora. Voilà une plaisante rencontre, hein ?... Alors, il n’y a pas grand mal. Il avait fait des aveux en prison ; c’est lui qui a assassiné autrefois ce pauvre baron Adelstan... à propos ! oui, votre père, mon cher Christian... Ce Johan est un ancien mineur de Falun, un scélérat. Il paraît qu’il s’était évadé de sa dernière prison ; mais il était écrit dans sa destinée qu’il périrait par la corde. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Et Johan ajouta d’un air de doute : — C’est singulier que je n’aie pas entendu le bruit de ces patins tout à l’heure, pendant qu’il descendait l’escalier. — Voilà encore, monsieur le majordome, où vous laissez sommeiller votre sagacité naturelle. Si ces patins n’étaient garnis de feutre, ils feraient dans la baraque un bruit insupportable. — Vous m’en direz tant !... Mais vous ne me ferez pas comprendre comment ce garçon, d’un esprit si vulgaire, a été si brillant pour vous seconder. — Ah ! voilà, répondit Christian : c’est l’histoire de l’artiste en général. ”
“ Johan sortit. Le baron, épuisé de l’effort qu’il venait de faire, perdit connaissance dans les bras de Jacob, et le médecin, précipitamment rappelé, eut beaucoup de peine à le faire revenir. Puis le malade recouvra une énergie fébrile. — Ôtez-vous de là, docteur, dit-il, votre figure m’ennuie... Vous êtes laid ! tout le monde est laid !... Il est beau, lui, à ce qu’on prétend ; mais cela ne lui servira de rien... Quand on est mort, on devient vite affreux, n’est-ce pas ?... ”
“ En parlant ainsi, Christian, qui avait eu soin de ne laisser qu’une bougie allumée dans l’appartement, releva son masque de soie noire et montra précipitamment, et comme avec une sorte de désespoir, au majordome un second masque de toile enduit de cire, si parfaitement exécuté, qu’à moins d’une grande clarté et d’un examen minutieux, il était impossible de ne pas le prendre pour une figure humaine, camuse, blême et horriblement maculée par une tache énorme couleur de vin. Johan, malgré son esprit soupçonneux, y fut pris et ne put retenir une exclamation de dégoût. ”
Angélique Arnaud, Une tendre dévote (2e édition) (1878)
“ Berthe céda à l'injonction de peur d'attirer l'attention des passants. — Il vient un jour, reprit l'ex-séminariste, où l'on sent le vide de tout ce qui avait paru suffire. Croyez, vous que vous serez toujours jeune, que le monde vous encensera jusqu'à votre dernier jour, que l'art secondera toujours vos efforts? Johan continua sur ce ton. Il se grisait de sa colère et se croyait éloquent; mais le calme de celle qu'il espérait effrayer le désabusa sur la puissance qu'il se supposait. ”
James Fenimore Cooper,
L’Heidenmauer
“ Il y a des horreurs sur lesquelles il est peu de regards qui puissent se fixer. Presque tous les spectateurs, entassés dans la cour, détournèrent involontairement la tête. Quand le premier mouvement fut passé, et que les yeux se reportèrent sur l’intérieur de l’église, elle n’était plus qu’une vaste fournaise. Toutefois l’autel était toujours debout, et Johan maintenait encore miraculeusement son poste sur la première marche. Berchthold avait disparu. Les gestes du bénédictin étaient plus animés que jamais, et ses traits étaient ceux d’un homme que sa raison a abandonné pour jamais. ”
James Fenimore Cooper,
L’Heidenmauer
“ Vous verrez ensuite que cette histoire du père Johan qui poursuit le jeune Berchthold, tandis que celui-ci poursuit un chevreuil, n’est qu’un conte, car ce moine était le dernier homme qui pût avoir la fantaisie de se livrer à cette course bruyante. Quant au forestier, je gagerais, sur ma vie, que son apparition se bornera simplement à quelques traces de ses pas, modeste signe que son âme désire les messes qui lui ont été refusées par les bénédictins ; car je ne connais pas de jeune homme moins capable de troubler inutilement tout un pays que Berchthold Hintermayer, vivant ou mort. ”
“ Puisqu’il faut retourner ce soir au château, j’y retourne à visage découvert. — Non, Christian, ne le faites pas, je vous le défends. Encore deux ou trois jours de prudence ! Il y a ici un gros secret à découvrir : je le découvrirai, ou j’y perdrai mon nom ; mais il ne faut pas qu’on voie votre figure. Il ne faut même plus la montrer à Ulf. Je ne vous quitte pas, je vous garde à vue. Un danger vous menace très certainement. L’oblique regard de Johan n’est pas le seul que j’aie vu briller dans les couloirs du Stollborg. ”
Adrien Robert, Contes fantasques et fantastiques… (1867)
“ La mort presque foudroyante Une heure s'était écoulée lorsque Johan sortit de sa stupeur léthargique; il jeta autour de lui un regard étonné et vit sur la table deux petites fioles pharmaceutiques. Pendant son sommeil, le domestique était entré, et trouvant l'ordonnance écrite, il était allé la porter chez Jakob Ruysch. Johan examina avec une minutieuse attention les étiquettes des deux fioles, puis il en mit une dans sa poche, prit l'autre à la main, et remonta dans la chambre de sa femme. Andrine était réveillée. ”
Amédée Achard,
Yerta Slovoda
(1865)
“ Johan comprit que d'un mot il pouvait faire le bonheur de ceue pauvre créature encore plus deshéritée que lui. Il y a des êires tendres que les grandes souffrances prédisposent à la pitié; l'abondance des larmes les a rendus meilleurs. ”
Adrien Robert, Contes fantasques et fantastiques… (1867)
“ Elle ignorait absolument l'amour de Johan pour la chanteuse, et se croyait seulement délaissée pour cette terrible passion du jeu qui l'absorbait entièrement. Or, cette nuit où le feu qui brûlait dans la cheminée du cabinet 16 CONTES FANTASQUES ET FANTASTIQUES nous a permis de dresser un inventaire du mobilier, Johan rentra vers deux heures, les traits pâles et contractés, et, après avoir posé une petite lampe d'antichambre sur son bureau, il fouilla rapidement dans le tiroir d'un bahut de chêne et en tira quelques rijksdaalers (1) qu'il revint compter près de la lampe. ”
Nouvelles historiques de l'ancienne Flandre traduites du Néerlandais par Emile de Borchgrave… (1863)
“ Lorsqu'elle parut devant son souverain, fière de l'honneur dont elle était l'objet, mais toujours triste de l'absence de son fils, Baudouin lui dit : — Marie, j'ai promis de vous rendre votre enfant ; je tiens parole : le voilà. Au même instant, une petite porte roula sur ses gonds, et Johan, frais et dispos, parut aux regards de l'assemblée. Dès que la veuve vit son fils, sans considérer le lieu où elle était, elle poussa un cri de joie, se jeta à son cou avec tendresse et le tint pressé contre son sein sans pouvoir prononcer une parole. ”
“ Allons, monsieur Goefle, du courage ! continua Christian dès que Johan fut sorti. Vous voyez que tout va bien, et nous n’avons fait que rêver toute la journée. Je parie que le baron est le meilleur des humains ”
Chrétien de Troyes,
Lancelot ou le Chevalier de la charrette
“ Asez plus grant pesance en orent Et dïent que par saint Johan Ne se marïeront ouan : Quant celui n’ont qu’eles voloient, Toz les autres quites clamoient ; L’anhatine ensi departi C’onques nule n’an prist mari. ”
James Fenimore Cooper,
L’Heidenmauer
“ Et quoi ! comptez-vous la foi pour rien ? J’avais entendu dire qu’il y avait à Limbourg des religieux d’une grande piété. Le père Johan, qui mourut pour la défense de ses autels, mériterait d’être canonisé, pour ne rien dire de cet excellent prieur qui est avec les pèlerins. ”
George Sand,
L’Homme de neige
(1859)
“ Christian le laissa se diriger vers la grande entrée du château et chercha la petite porte, celle qui, dans tous les manoirs seigneuriaux, conduit aux cours et bâtiments de service. S’étant masqué, il appela un domestique qui l’aida à déballer ; puis il s’enquit d’un gîte pour son âne, et monta un escalier dérobé qui conduisait chez M. Johan, le majordome du château neuf. Celui-ci n’attendit pas qu’il se nommât. — Ah ! ah ! l’homme au masque noir ! s’écria-t-il d’un air paternel et protecteur. Vous êtes le fameux Christian Waldo ! Venez, venez, je vais vous installer, mon cher ; ”
Angélique Arnaud, Une tendre dévote (2e édition) (1878)
“ Carlowich sourit avec un imperceptible dédain : — Pas précisément, ce sont les mêmes bases avec des nuances et des degrés. Notre bon Ferguraud se maintient dans une parfaite orthodoxie, quant à l'intention ; mais il a des points de vue, des procédés, qui lui appartiennent. Johan est un excellent champion des bonnes idées; mais son naturel. l'éducation. ”
Nouvelles historiques de l'ancienne Flandre traduites du Néerlandais par Emile de Borchgrave… (1863)
“ Il se hâta donc de dépêcher un homme sûr vers les Frisons, et lui donna pleins pouvoirs pour obtenir, coûte que coûte, la liberté de Johan. Il lui enjoignit, en outre, de faire toute la diligence possible, et de revenir dans le plus prompt délai, puisqu'il y allait de sa vie. Sur ces entrefaites, l'officier que Marie et Machteld devaient suivre, dès qu'il se présenterait devant elles, amena le lendemain les deux femmes au château. A peine se vit-elle en présence de son souverain, que la veuve se jeta à ses pieds et le remercia avec une. ”
Jacob van Lennep, La Dame de Wardenbourg, épisodes de la révolution des Pays-Bas au seizième siècle… (1861)
“ JOHAN. Comment? Quand on use de la plus intolérable contrainte, quand on enchaîne la pensée et la con- ACTE I. 21 science de l'homme, quand personne n'est sûr de sa vie, à moins qu'il ne s'avilisse à servir d'instrument aux cruautés d'un despote perfide et d'une exécrable inquisition, la résistance ne devient-elle pas un devoir forcé ? ANNA. Johan, tes paroles me font frémir, et je crains de trop bien les entendre. Le fils de Walrave d'Arkel, lui aussi, aurait-il abjuré la foi de ses pères? ”
Johan Fredrik af Lundblad, Histoire de Danemark et de Norwége… (1863)
“ En 1499, Jean retourna en Suède, où il fit couronner son épouse et réconcilia l'archevêque avec Sten Sture, dont les querelles étaient sur le point d'allumer la guerre civile. Il était dans la destinée de l'union de se rompre par les fautes de ses rois : Jean, qui avait sagement travaillé à l'accomplir, ne sut pas conserver son oeuvre; flottant entre la crainte des grands qui l'avaient combattu, et la reconnaissance due à ceux qui l'avaient porté sur le trône, il s'attira la haine des premiers et l'indifférence des autres. ”
Jacob van Lennep, La Dame de Wardenbourg, épisodes de la révolution des Pays-Bas au seizième siècle… (1861)
“ Messire Johan en ce lieu ! 365 4 62 LA DAME DE WARDENBOURG. JOHAN. Ma mère, je t'en supplie. CATHERINE, il Wolfart. Obéis. JOHAN. C'est impossible : il faut que je parte. (A Wolfart.) Laissez-moi : je veux partir d'ici. CATHERINE. Tu veux! Qui donc ose parler de sa volonté en ma présence? N'y a-t-il personne dans l'anti-. chambre? Henri! Jean! emparez-vous de ce forcené. JOHAN, aux serviteurs qui sont accourus. Celui qui ose mettre la main sur moi, je le tue. (Il tire son poignard : les serviteurs s'arrêtent.) ”
“ Johann, la face violette et les yeux gonflés déjà, ne se défendait plus. Jean serrait, serrait de toute sa force. En un moment où les bavardages de la foule faisait une courte trêve, Jean crut entendre la voix plaintive de son aïeule ; son regard quitta Johann, pour s’élancer dans la direction du fiacre. Il vit, au milieu d’un cercle de têtes agitées qui allaient se rétrécissant, l’aïeule dont les doigts roidis se cramponnaient aux vêtements des recors. Johann se ressentit de cette vue ; ses yeux s’enflèrent pleins de sang et sa langue pendit hors de ses lèvres bleues... ”
Étienne Marcel, Le chef-d'oeuvre d'un condamné… (1879)
“ Sur tous ses traits, calme et douceur; sur ses lèvres, un vague sourire. Même Johann, qui s'était arrêté brusquement et qui se penchait pour le voir, bientôt l'entendit murmurer : « Elle est bien belle, n'est-ce pas?. Et si fière, et si haute ! Tous ceux qui la verront seront plus près de Dieu. » ”
“ Johann croyait gagner ses rentes et faire de très-sérieuse besogne ; Jean répétait entre ses dents serrées : — Ils ont menti !... on n’oublie rien... rien ! — De manière que tu sais l’allemand, toi ? dit Johann en manière d’exorde ; ça va joliment te servir, mon enfant... et si tu veux travailler comme un joli garçon, ta respectable bonne femme de grand-mère ne restera pas longtemps au bloc. ”
“ Presque tous les convives réunis ainsi chez Johann étaient d’anciens serviteurs de la maison de Bluthaupt, ou tout au moins des émigrés du Wurtzbourg. Ils exerçaient dans la ville des industries diverses, et le plus grand nombre d’entre eux tenait au Temple par quelque aboutissant. Johann avait dépassé les limites de l’âge mûr. En vieillissant, il n’avait point perdu son air maussade et défiant. Son commerce prospérait, du reste, et tout, dans sa personne, avait une apparence aisée. ”
“ À peine le chevalier fut-il entré dans le cabaret de Johann, que sa frayeur passa comme par enchantement. Il vit sa force. Toutes les têtes se découvrirent humblement autour de lui ; un seul et même sourire, modeste, soumis, adulateur, vint à toutes les bouches. La Girafe éleva son énorme corpulence au-dessus du comptoir, dessina un triple salut et retomba, écrasée sous le poids de son respect. — Johann ! s’écria-t-elle, oh ! Johann... c’est monsieur le chevalier ! Le marchand de vin avait déjà quitté le groupe dont il faisait partie, et s’avançait vers Reinhold, la casquette à la main. ”
“ Johann se souvenait parfaitement de la rencontre nocturne et des propositions qu’il avait faites au jeune homme, dans son ivresse. C’était un esprit sceptique, niant volontiers chez autrui l’honnêteté qu’il n’avait point. À jeun, il n’eût peut-être pas eu l’idée de s’adresser à Jean pour la fameuse besogne du château de Geldberg ; mais une fois l’ouverture faite, il ne s’en était point trop repenti. Qu’y avait-il, en effet ? une somme à gagner vis-à-vis d’un homme nécessiteux : les règles étaient observées. ”
“ Sa nature morale fléchit. Au bout de six jours, il n’avait plus ni volonté, ni force. Johann le rencontra et l’emmena prisonnier sans résistance. Ce matin, il venait là sur les pas de Johann parce qu’on le lui avait commandé ; le seul effort dont il fût capable, c’était de mettre un voile sur sa pensée, afin de se cacher lui-même le fond de sa conscience. Et pourtant parmi ces ténèbres où s’endormait sa pauvre âme réduite à l’inertie, il y avait une résolution vague, mais obstinée : Jean ne voulait point tuer. Johann le plaça derrière la Tête-du-Nègre et mit son levier sous la roche. ”
