“ Veux-tu que je te dise tout? Madeleine un jour tombera dans tes bras en te demandant grâce; tu auras la joie sans pareille de voir une sainte créature s'évanouir de lassitude à tes pieds; tu l'épargneras, j'en suis sûr, et tu t'en iras, la mort dans l'âme, pleurer sa perte pendant des années.—Olivier, lui dis-je, Olivier, tais-toi par respect pour Madeleine, si ce n'est par pitié pour moi.—J'ai fini, me dit-il sans aucune émotion; ce que je te dis n'est point un reproche, ni une menace, ni une prophétie, car il dépend de toi de me donner tort. ”
Eugène Fromentin
Élements biographiques
Eugène Fromentin (1820-1876), peintre, critique d’art et romancier français, incarne une figure centrale de l’orientalisme et de la littérature du XIXe siècle. Son œuvre, marquée par une immersion approfondie dans les paysages et les mœurs nord-africaines, allie précision ethnographique et esthétique visuelle.
À travers des textes comme Une année dans le Sahel ou Dominique, il explore des thèmes de passion, de désert et de mémoire, mêlant observation rigoureuse et émotion lyrique. Son héritage, tant en peinture qu’en prose, révèle une quête constante de vérité et de beauté, ancrée dans une relation singulière entre l’image et le récit.
Citations de Eugène Fromentin
Eugène Fromentin,
Eugène Fromentin peintre et écrivain
(1881)
“ La nuit, la vraie nuit, a fini par atteindre l'Occident lui-même. En levant les yeux, je me suis aperçu que Vénus n'était plus seule. Toutes les constellations étaient allumées. Il y avait de longues lignes minces et sombres, des îlots pas tout à fait submergés qui se dessinaient en noir profond sur le champ des eaux ardentes; une ou deux barques sans voile, car l'air était mort, battaient au loin le Nil de leurs lourds avirons. Des pélicans rasaient le fleuve d'un vol lent. Une seule lumière à fleur d'eau dans cet immense horizon, vaste comme un bras de mer. ”
“ «Voilà la route d'Ormesson», dis-je à Madeleine.Ce mot d'Ormesson sembla réveiller en elle une série de souvenirs déjà affaiblis; elle suivit attentivement des yeux cette longue avenue plantée d'ormeaux, tous pliés de côté par les vents de mer, et sur laquelle il y avait au loin des chariots qui roulaient, les uns pour rentrer à Villeneuve, les autres pour s'en éloigner.«Cette fois, reprit-elle, vous n'y voyagerez plus seul.—En serai-je plus heureux? répondis-je. Serai-je plus certain de ne rien regretter? Où retrouverai-je ce que je laisse ici?» ”
