“ J’ai versé dans ton cœur ma jeunesse et ma grâce... Mais l’acte, par lequel s’éternisent les races Et l’éphémère humain s’affirme et s’ennoblit, L’acte ardent et sacré ne s’est pas accompli. Car je ne pouvais pas, à l’heure solennelle De me donner à toi, bien toute, d’être celle Qui ne se croirait plus que ton âme et ta chair, Garder l’ombre d’un autre au fond de mes yeux clairs... Le fuir était trop lâche et le trahir infâme... Mais plus encor, sentir quand tout mon corps se pâme, Baigné de volupté sous ton cœur triomphant, L’effroi de ce qui fut notre rêve... un enfant... ”
Jean Canora
Élements biographiques
Jean Canora (1877-1912), poète français dont l’œuvre principale, Poèmes, explore les tensions entre amour et destin, passion et sacrifice, offre une réflexion profonde sur l’humanité. Ses textes, marqués par une sensibilité lyrique et une conscience sociale aiguë, interrogent la condition humaine à travers des images fugaces et des dilemmes existentiels.
Dans Poèmes, il affirme le rôle du poète comme « celui dont la pensée et dont la voix soulève l’espoir des travailleurs », inscrivant ainsi son art dans une quête de vérité collective. Son héritage, teinté de mélancolie et d’optimisme, résonne avec les préoccupations des poètes de son époque, comme Émilie Arnal ou Germain Nouveau.
Citations de Jean Canora
“ Sans toi, je n’étais plus qu’une obscure douleur, Car le poète, hélas, n’aime l’âme des choses Que s’il la peut surprendre au miroir de son cœur !la femme Il est vrai, comme aux golfes bleus, les balancelles Vers le ciel écrasant tendent leurs tristes ailes Sans qu’un souffle léger les porte à l’horizon... Comme aux matins ardents, sans goutte de rosée, Laissant s’appesantir leur corolle épuisée, Les myosotis las penchent sur les gazons... Tel, le cœur débordant de doute et de souffrance, Lorsque je m’en revins au doux pays de France, Ô mon poète cher, tu m’apparus un jour ! ”
“ Et l’encens capiteux des souples cheveux bruns, Où tout ce qui bruit et tout ce qui respire Ne mettrait son murmure et son souffle, où le ciel, Où le soleil ardent dont la terre est l’empire, N’apparaîtraient aux yeux, comme un cadre éternel Au cortège incessant des peuples et des races ! — Mais enfin, j’ai compris que la pure splendeur, Qui semblait résider dans le temps et l’espace, N’existe que par l’homme et grandit en son cœur. Pour lui, le soleil brille et la terre est fleurie, L’univers n’est plus rien, lorsque l’esprit s’endort. Le monde est mon autel. ”
