“ Je n'ai jamais d'argent et chacun me croit riche, J'ai le cœur sans écorce et chacun le croit sec. Toujours sur ma maison mentira cette affiche, Même un aigle viendrait l'en arracher du bec. Ainsi veut l'ange, afin que la gloire se cache Et mûrisse en silence à l'abri des clameurs. Le fouet de son aile interne me cravache: Je veux vivre, dit-il; qu'importe si tu meurs. MON ANGE, LAISSEZ-MOIMon ange, laissez-moi m'ébattre dans ce champ; Aucun œil ne me voit, dites, vous trahirai-je? La ville, grâce à vous, me croit le cœur méchant, Mais, au soleil, fondez votre armure de neige. ”
Jean Cocteau
Élements biographiques
Jean Cocteau, figure centrale de la modernité artistique française (1889-1963), incarne la pluridisciplinarité : poète, dramaturge, cinéaste, peintre, il a marqué l’histoire de l’art du XXe siècle par son œuvre polymorphe. Son univers, traversé par le modernisme et l’avant-garde, explore les tensions entre réalité et illusion, l’essence de la création et l’existentialisme.
À travers des textes comme Le Grand Écart, Thomas l’Imposteur ou Plain-chant, il interroge la nature de l’art, l’identité humaine et la fragilité des apparences, oscillant entre lyrisme et ironie. Son héritage, à la fois poétique et visuel, reste une référence incontournable de la littérature et des arts plastiques.
Citations de Jean Cocteau
“ Remonter, quitter le casque et le costume, c'est le passage de la vie à la mort. Mais il lui arrive par le tube un souffle irréel qui le fait vivre et le comble de nostalgie.Jacques vit aux prises avec une longue syncope. Il ne se sent pas stable. Il ne fonde pas, sauf par jeu. À peine s'il ose s'asseoir. Il est de ces marins qui ne peuvent guérir du mal de mer.Enfin, la beauté strictement physique affiche une façon arrogante d'être partout chez soi. Jacques, en exil, la convoite. Moins elle est aimable, plus elle l'émeut; son destin étant de s'y blesser toujours. ”
Jean Cocteau,
Vocabulaire, Poèmes
“ Certes, vous vous couchez comme un ange de neige, Plus que le bronze lourd, plus léger que le liège, Sur l'amant dont le spasme enfin vous réjouit; Sous votre feu glacé la chair se fait statue, Mais, à la longue, il faut, mort, que je m'habitue À vous recevoir dans mon lit. Votre désir ne sait ni l'âge ni le sexe, Nul d'entre les plus beaux que votre dédain vexe, Malgré tout, votre amour attire les amants. Votre baiser, parfois, d'une honte les venge, Ou bien vous vous couchez entre les deux, bel ange, Pour d'obscurs assouvissements. ”
