“ Adolphe. J’en conviens, mais un homme qui t’aime comme un père et s’afflige du déplorable enfantillage qui vient de te priver à jamais d’un trésor... Irène, après une pause. Je n’entends pas les énigmes ! Adolphe. Oui, mon enfant, un homme assez fou pour vous adorer de toute son âme, malgré vos caprices tyranniques, un homme qui met toute sa fierté, son indépendance, sa vie à vos pieds et s’enfuit ensuite comme un désespéré quand vous dédaignez tout cela, se demandant s’il aura seulement le courage de vivre... tout homme qu’il est, cet homme est un trésor ! ”
Joséphine Marchand
Élements biographiques
Joséphine Marchand (1861-1925), journaliste, écrivaine et militante féministe québécoise, incarne une voix majeure du féminisme canadien-français à la fin du XIXe siècle. Engagée dans la défense des droits des femmes, de l'éducation et de la culture, elle combine dans ses œuvres, telles que Nos travers ou Rancune, une analyse percutante des rapports sociaux à une réflexion sur l'autonomie féminine.
Son lancement de Le Coin du feu, première revue féminine en langue française, témoigne de son combat pour une presse engagée, tandis que ses textes dramatiques et littéraires, comme Contes de Noël, révèlent une sensibilité à la fois politique et poétique.
Citations de Joséphine Marchand
Joséphine Marchand,
Nos travers
“ Cette gentille personne qu’ils se flattaient de voir un jour briller parmi les plus habiles et faire honneur à leur nom, ils se résignent en un instant à la laisser devenir une de ces poupées mondaines, insignifiantes et frivoles, un objet de luxe dont ils ornent — à grands frais — leur salon. Ils ne songeront plus à lui choisir une société intelligente, à attirer chez eux, à inviter à leur table des esprits cultivés dont la compagnie lui serait profitable. ”
“ Adolphe. Dans quelles circonstances ? Irène. Tenez, des hommes qui ont presque le double de notre âge deviennent parfois devant nous de simples enfants. C’est la même candeur, la même aveugle crédulité. Nous leur faisons à plaisir avaler des couleuvres, et sans que leur logique s’en étonne, nous les transportons brusquement de la pure extase au plus noir désespoir. Vous êtes tous comme cela... Adolphe. Pardon !... Étant donné certain état d’âme. Irène. Parfaitement. Étant donné certain état de cœur, le plus fier et le plus sérieux d’entre vous devient la dupe la plus facile... ”
