Raymond Radiguet,
Le Diable au corps
“ Quel prestige aurait pour un enfant un jouet qui se donne lui-même! J'étais ivre de passion. Marthe était à moi; ce n'est pas moi qui l'avais dit, c'était elle. Je pouvais toucher sa figure, embrasser ses yeux, ses bras, l'habiller, l'abîmer, à ma guise. Dans mon délire, je la mordais aux endroits où sa peau était nue, pour que sa mère la soupçonnât d'avoir un amant. J'aurais voulu pouvoir y marquer mes initiales. Ma sauvagerie d'enfant retrouvait le vieux sens des tatouages. Marthe disait: «Oui, mords-moi, marque-moi, je voudrais que tout le monde sache...» ”

