Société philomathique

Élements biographiques

Société philomathique Revue philomatique de Bordeaux et du Sud-Ouest

Ce que Jane Austen nous présente comme de l’amour, c’est bien plutôt un goût sérieux mais réservé, qu’on s’avoue à peine à soi-même, qu’on tait à celui qui l’inspire, qu’on cache à ceux qui vous entourent. Il arrive aux héroïnes de souffrir, à Jane Bingley par exemple, à Anne Elliott, mais c’est si correctement, que personne ne s’en aperçoit et qu’elles-mêmes n’en sont plus très sûres, car les sentiments si bien dominés s’affaiblissent : on ne souffre d’une manière durable que lorsqu’on consent à souffrir.
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Et en effet, aimer Jane Austen, c’est une marque de culture, une garantie de bon goût qu’on donne aux autres et qu’on se donne à soi. Un étranger qui la lit, malgré l’énorme différence des époques et des milieux, pense de temps en temps à Flaubert ou à Anatole France, quand ce n’est pas à La Rochefoucauld ; il continue, le charme le pénètre, subtil et sûr ; il rit tout seul, et se sait bon gré d’avoir ri. C’est qu’on a vaguement l’impression qu’il faut être intelligent pour se complaire à un art aussi délicat, aussi détaché que celui-là
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Jane Austen était une jeune fille épanouie dans un milieu honnête et dont les yeux si perçants n’avaient pourtant pas dépassé la grosse haie du presbytère ; elle n’écrit que de ce qu’elle a vu et elle n’a rien vu que de sain. Il est rare que l’expérience soit à la fois si sûre et si restreinte. Les auteurs réalistes ont plus de vingt-cinq ans en général.
On a vu que Jane Austen s’efface derrière son sujet, que son art est rigoureusement impersonnel. Il faut pourtant s’entendre là-dessus : un auteur ne disparaît pas de son œuvre ; le seul choix qu’il fait parle pour lui.
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