“ Nous vivons ici dans une grande ville blanche près d’un lac paisible et fleuri. Qu’il soit donc loué, le Fort, le Bouclier d’Israël ! Car c’est ici, car c’est aujourd’hui que le sauveur viendra, et c’est nous qui annoncerons aux tribus dispersées l’heure de Dieu. C’est pourquoi il faut que le plus illustre d’entre nous, que le vénérable Hazanias s’en aille vers les fontaines et vers les puits, et il nous ramènera l’attendu, l’envoyé de l’Éternel. » Tous dirent : « Qu’il soit ainsi ! » Et parmi les jardins frissonnants d’aurore, Hazanias marcha vers la ville. ”
Éphraïm Mikhaël
Élements biographiques
Éphraïm Mikhaël (1866-1890), poète symboliste français né à Toulouse, incarne la tension entre mysticisme et modernité dans une œuvre marquée par la quête de transcendance. Ses textes, comme Poésies ou Le Cor fleuri, oscillent entre l’imaginaire féerique et l’angoisse existentielle, mêlant réflexions métaphysiques à des images oniriques.
Proche des mardis de Mallarmé, son style poétique, à la fois raffiné et fragile, révèle une sensibilité à la fois lyrique et prédestinée, comme le soulignait Remy de Gourmont. Son œuvre, brève mais intense, reste un témoignage majeur du symbolisme parisien.
Citations de Éphraïm Mikhaël
Éphraïm Mikhaël,
Le Cor fleuri
“ Il pleure, la tête entre ses mains, Oriane repose le cor sur le banc.ORIANE, rêvant. Ô je souffre d’amour !Songe délicieux, Plane encore sur moi !... SILVÈRE. Plane encore sur moi !... Tu m’as pris mes soirs calmes, Tu m’as pris les forêts et les jardins de palmes, Tu m’as pris l’amitié des oiseaux fraternels. Je ne chanterai plus : des sanglots éternels Étoufferont en moi mes chansons bien-aimées, Lorsque je marcherai sous les tristes ramées Je ne connaîtrai plus la caresse des bois Et mon cœur exilé n’entendra plus de voix. Oriane le regarde affectant l’ironie. ”
“ Aux brumes de la lune, aux clartés frémissantes Qui meurent sur les champs, les jardins et les bois. Elle se mire dans la fontaine. Pour qui donc suis-je belle, hélas ! Mais tu me vois, Ciel où veillent des yeux ; et toi, forêt vivante, Tu me vois. Le baiser que mon rêve me vante, Le baiser ne vaut pas la caresse du soir, Tout parfumé de fleurs féeriques. Mon pouvoir Est plus doux que l’amour. Je suis l’heureuse reine Que jamais nul désir ne troublera. DORIETTE, entrant brusquement. Marraine, Venge-moi ! ORIANE. Doriette ! Oh ! quels yeux en courroux ! ”
