“ SILVÈRE. Que dit-elle ? ORIANE. Prends-moi, Silvère. Je consens. SILVÈRE. Viens ! je vais t’emporter dans mes bras frémissants A travers la splendeur de la forêt complice. Pour que l’hymen de nos deux rêves s’accomplisse Les astres nuptiaux ferment leurs yeux cléments. Dans tout le bois pour le triomphe des amants Un féerique printemps épaissit la feuillée. Tout se tait. Pas un cri d’oiselle réveillée, Pas un frisson de vent sur le calme gazon. ”
Silvère
Définition et enjeux
Citations sur “Silvère”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Comme Silvère semblait n’avoir plus de questions à lui adresser, Miette s’en alla tout simplement et se remit à arracher les mauvaises herbes, sans lever la tête. Lui, resta un instant sur le mur. Le soleil se couchait ; une nappe de rayons obliques coulait sur les terres jaunes du Jas-Meiffren ; les terres flambaient, on eût dit un incendie courant au ras du sol. Et, dans cette nappe flambante, Silvère regardait la petite paysanne accroupie et dont les bras nus avaient repris leur jeu rapide ; la jupe de cotonnade bleue blanchissait, des lueurs couraient le long des bras cuivrés. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Et, lorsqu’elle entendit Silvère dénombrer d’une voix de plus en plus pressée les contingents des campagnes, il lui sembla que l’élan de la colonne s’accélérait encore, à chaque parole du jeune homme. Bientôt ce fut un emportement, une poussière d’hommes balayée par une tempête. Tout se mit à tourner devant elle. Elle ferma les yeux. De grosses larmes chaudes coulaient sur ses joues. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Malgré les attendrissements profonds que l’amitié de Silvère avait mis en elle, elle avait encore, de loin en loin, des réveils brusques, des heures mauvaises, où les entêtements, les rébellions de sa nature sanguine la roidissaient, les yeux durs, les lèvres serrées. Alors, elle soutenait que son père avait bien fait de tuer le gendarme, que la terre appartient à tout le monde, qu’on a le droit de tirer des coups de fusil où l’on veut et quand on veut. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Au crépuscule, Silvère se rencontra face à face avec son cousin, le docteur Pascal. Le savant avait suivi la bande à pied, causant au milieu des ouvriers, qui le vénéraient. Il s’était d’abord efforcé de les détourner de la lutte ; puis, comme gagné par leurs discours : — Vous avez peut-être raison mes amis, leur avait-il dit avec son sourire d’indifférent affectueux ; battez-vous, je suis là pour vous raccommoder les bras et les jambes. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Puis il ajouta avec un rire de gendarme : — Allons, debout !... Maintenant qu’elle est morte, tu ne veux peut-être pas coucher avec. Il tira violemment Silvère, il le mit debout, il l’emmena comme un chien qu’on traîne par une patte. Silvère se laissa traîner, sans une parole, avec une obéissance d’enfant. Il se retourna, il regarda Miette. Il était désespéré de la laisser toute seule, sous les arbres. Il la vit de loin, une dernière fois. Elle restait là, chaste, dans le drapeau rouge, la tête légèrement penchée, avec ses grands yeux qui regardaient en l’air. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Silvère eut dans l’ombre un sourire que Miette devina. Elle continua d’une voix décidée : — Il ne faut pas toujours me traiter comme une sœur ; je veux être ta femme. Et, d’elle-même, elle attira Silvère contre sa poitrine. Elle le tint serré entre ses bras, en murmurant : — Nous allons avoir froid, réchauffons-nous comme cela. Il y eut un silence. Jusqu’à cette heure trouble, les jeunes gens s’étaient aimés d’une tendresse fraternelle. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Il y eut ainsi des drames et des comédies dont le puits fut complice. Ce bienheureux trou, avec ses glaces blanches et son écho musical, hâta singulièrement leur tendresse. Ils lui donnèrent une vie étrange, ils l’emplirent à tel point de leurs jeunes amours que, longtemps après, lorsqu’ils ne vinrent plus s’accouder aux margelles, Silvère, chaque matin, en tirant de l’eau, croyait y voir apparaître la figure rieuse de Miette, dans le demi-jour frissonnant et ému encore de toute la joie qu’ils avaient mise là. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Un matin, de fort bonne heure, Silvère, en venant tirer la provision d’eau de tante Dide, se pencha machinalement, au moment où il saisissait la corde. Il eut un tressaillement, il resta courbé, immobile. Au fond du puits, il avait cru distinguer une tête de jeune fille qui le regardait en souriant ; mais il avait ébranlé la corde, l’eau agitée n’était plus qu’un miroir trouble sur lequel rien ne se reflétait nettement. Il attendit que l’eau se fût rendormie, n’osant bouger, le cœur battant à grands coups. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Jamais il n’avait vu une fille de si près ; il ignorait qu’une bouche et des yeux pussent être si plaisants à regarder. Tout lui paraissait avoir un charme inconnu, le fichu de couleur, le corset blanc, la jupe de cotonnade bleue, que tiraient les bretelles, tendues par le mouvement des épaules. Son regard glissa le long du bras qui lui présentait l’outil ; jusqu’au coude, le bras était d’un brun doré, comme vêtu de hâle ; mais plus loin, dans l’ombre de la manche de chemise retroussée, Silvère apercevait une rondeur nue, d’une blancheur de lait. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Les tréteaux des scieurs de long, profilant dans un coin leur charpente maigre, ébauchaient des angles de potence, des montants de guillotine. Et il n’y avait de vivant que trois bohémiens montrant leurs têtes effarées à la porte de leur voiture, un vieux et une vieille, et une grande fille aux cheveux crépus, dont les yeux luisaient comme des yeux de loup. Avant d’atteindre l’allée, Silvère regarda. Il se souvint d’un dimanche lointain où, par un beau clair de lune, il avait traversé le chantier. Quelle douceur attendrie ! comme les rayons pâles coulaient lentement le long des madriers ! ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Le gendarme se retourna, avec son terrible visage taché de sang, et les curieux s’écartèrent. Un petit bourgeois propret se retira, en déclarant que s’il restait davantage, ça l’empêcherait de dîner. Des gamins, ayant reconnu Silvère, parlèrent de la fille rouge. Alors le petit bourgeois revint sur ses pas, pour mieux voir l’amant de la femme au drapeau, de cette créature dont avait parlé la Gazette. Silvère ne voyait, n’entendait rien ; il fallut que Rengade le prît au collet. Alors il se leva, forçant Mourgue à se lever aussi. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Silvère ne savait plus qu’on se battait. Il ne vit pas son cousin, qui remontait la pente et qui traversait de nouveau le cours. En passant, Pascal ramassa la carabine de Macquart, que Silvère avait jetée ; il la connaissait pour l’avoir vue pendue à la cheminée de tante Dide, et songeait à la sauver des mains des vainqueurs. Il était à peine entré dans l’hôtel de la Mule Blanche, où l’on avait porté un grand nombre de blessés, qu’un flot d’insurgés, chassés par la troupe comme une bande de bêtes, envahit l’esplanade. L’homme au sabre avait fui ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Silvère, comme tous les autres prisonniers, avait un compagnon de chaîne. Il était attaché par un bras à un paysan de Poujols, un nommé Mourgue, homme de cinquante ans, dont les grands soleils et le dur métier de la terre avaient fait une brute. Déjà voûté, les mains roidies, la face plate, il clignait les yeux, hébété, avec cette expression entêtée et méfiante des animaux battus. Il était parti, armé d’une fourche, parce que tout son village partait ; mais il n’aurait jamais pu expliquer ce qui le jetait ainsi sur les grandes routes. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Et Silvère, brisé, éperdu, n’osait répondre, n’osait répéter les mots ardents qu’il croyait saisir dans l’air, les conseils fous que lui donnaient les grandes herbes, les supplications de l’allée entière, des tombes mal fermées brûlant de servir de couche aux amours de ces deux enfants. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Il n’y avait sans doute plus assez d’humanité dans Adélaïde, elle était trop blanche et trop roide pour que Silvère osât se pendre à son cou. Ils vécurent ainsi dans un silence triste, au fond duquel ils entendaient le frissonnement d’une tendresse infinie. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Quand Silvère fut rentré, elle ferma la porte à double tour et jeta la clef dans le puits. Elle était certaine, de cette façon, que la porte ne la rendrait plus complice. Elle revint l’examiner un instant, heureuse de lui voir reprendre son air sombre et immuable. La tombe était refermée, la trouée blanche se trouvait à jamais bouchée par ces quelques planches noires d’humidité, vertes de mousse, sur lesquelles les escargots avaient pleuré des larmes d’argent. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Te tairas-tu, gredin ! répéta le gendarme. Et il lui cassa la tête. Le paysan roula comme une masse. Son cadavre alla rebondir au pied d’un tas de planches, où il resta plié sur lui-même. La violence de la secousse avait rompu la corde qui l’attachait à son compagnon. Silvère tomba à genoux devant la pierre tombale. Rengade avait mis un raffinement de vengeance à tuer Mourgue le premier. Il jouait avec son second pistolet, il le levait lentement, goûtant l’agonie de Silvère. Celui-ci, tranquille, le regarda. La vue du borgne, dont l’œil farouche le brûlait, lui causa un malaise. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Vous n’en savez rien, interrompait Silvère, dont l’esprit droit finissait par être blessé des accusations mensongères de son oncle. — Ah ! je n’en sais rien ? Tu crois cela ? Je te dis que c’est un mouchard... Tu te feras tondre comme un agneau, avec ta bienveillance. Tu n’es pas un homme. Je ne veux pas dire du mal de ton frère François ; mais, à ta place, je serais joliment vexé de la façon pingre dont il se conduit à ton égard ; il gagne de l’argent gros comme lui, à Marseille, et il ne t’enverrait jamais une misérable pièce de vingt francs pour tes menus plaisirs. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Silvère fit encore quelques pas. Il approchait du fond de l’allée, il n’apercevait plus qu’une bande de ciel où se mourait le jour couleur de rouille. Là, pendant deux ans, avait tenu sa vie. La lente approche de la mort, dans ce sentier où depuis si longtemps il promenait son cœur, était d’une douceur ineffable. Il s’attardait, il jouissait longuement de ses adieux à tout ce qu’il aimait, les herbes, les pièces de bois, les pierres du vieux mur, ces choses que Miette avait faites vivantes. Et sa pensée s’égarait de nouveau. Ils attendaient d’avoir l’âge pour se marier. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Las des joies que le puits leur offrait, et ne voulant pas chagriner tante Dide en revoyant Miette de l’autre côté du mur, Silvère supplia l’enfant de lui donner des rendez-vous autre part. Elle ne se fit guère prier, d’ailleurs ; elle accepta cette idée avec des rires satisfaits de gamine qui ne songe pas encore au mal ; ce qui la faisait rire, c’était l’idée qu’elle allait jouer de finesse avec cet espion de Justin. Lorsque les amoureux furent d’accord, ils discutèrent pendant longtemps le choix d’un lieu de rencontre. Silvère proposa des cachettes impossibles ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Au bout d’un instant, Miette frissonna. Elle ne s’appuyait plus contre l’épaule de Silvère, elle sentait son corps se glacer. La veille, elle n’eût pas frissonné de la sorte, au fond de cette allée déserte, sur cette pierre tombale où, depuis plusieurs saisons, ils vivaient si heureusement leurs tendresses dans la paix des vieux morts. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ La grand’mère était venue par hasard au puits. En apercevant, dans la vieille muraille noire, la trouée blanche de la porte que Silvère avait ouverte toute grande, elle reçut au cœur un coup violent. Cette trouée blanche lui semblait un abîme de lumière creusé brutalement dans son passé. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Peut-être lui trouvait-elle une lointaine ressemblance avec le braconnier Macquart. Silvère grandit dans un continuel tête-à-tête avec Adélaïde. Par une cajolerie d’enfant, il l’appelait tante Dide, nom qui finit par rester à la vieille femme ; le nom de tante, ainsi employé, est, en Provence, une simple caresse. L’enfant eut pour sa grand’mère une singulière tendresse mêlée d’une terreur respectueuse. Quand il était tout petit et qu’elle avait une crise nerveuse, il se sauvait en pleurant, épouvanté par la décomposition de son visage ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ À gauche du couloir, était la chambre de tante Dide, une étroite pièce meublée d’un lit en fer et d’une chaise ; à droite, dans une pièce plus étroite encore, où il y avait juste la place d’un lit de sangle, couchait Silvère, qui avait dû imaginer tout un système de planches, montant jusqu’au plafond, pour garder auprès de lui ses chers volumes dépareillés, achetés sou à sou dans la boutique d’un fripier du voisinage. La nuit, quand il lisait, il accrochait sa lampe à un clou, au chevet de son lit. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Le sourire enfantin du petit Silvère fut pour elle un dernier rayon pâle qui rendit quelque chaleur à ses membres glacés. Elle avait demandé l’enfant, lasse de solitude, terrifiée par la pensée de mourir seule, dans une crise. Ce bambin qui tournait autour d’elle la rassurait contre la mort. Sans sortir de son mutisme, sans assouplir ses mouvements automatiques, elle se prit pour lui d’une tendresse ineffable. Roide, muette, elle le regardait jouer pendant des heures, écoutant avec ravissement le tapage intolérable dont il emplissait la vieille masure. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Ce fut par cette noire et froide nuit de décembre, aux lamentations aigres du tocsin, que Miette et Silvère échangèrent un de ces baisers qui appellent à la bouche tout le sang du cœur. Ils restaient muets, étroitement serrés l’un contre l’autre. Miette avait dit : « Réchauffons-nous comme cela », et ils attendaient innocemment d’avoir chaud. Des tiédeurs leur vinrent bientôt à travers leurs vêtements ; ils sentirent peu à peu leur étreinte les brûler, ils entendirent leurs poitrines se soulever d’un même souffle. Une langueur les envahit, qui les plongea dans une somnolence fiévreuse. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ Les deux enfants étaient restés machinalement, sans rien comprendre. À mesure que le bataillon diminuait, Miette élevait le drapeau davantage ; elle le tenait, comme un grand cierge, devant elle, les poings fermés. Il était criblé de balles. Quand Silvère n’eut plus de cartouches dans les poches, il cessa de tirer, il regarda sa carabine d’un air stupide. Ce fut alors qu’une ombre lui passa sur la face, comme si un oiseau colossal eût effleuré son front d’un battement d’aile. Et, levant les yeux, il vit le drapeau qui tombait des mains de Miette. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ D’ailleurs, ils avaient cessé toute conversation suivie ; ils ne parlaient plus des autres, ils ne parlaient même plus d’eux-mêmes ; ils étaient à la seule minute présente, échangeant un serrement de mains, poussant une exclamation à la vue d’un coin de paysage, prononçant de rares paroles, sans trop s’entendre, comme assoupis par la tiédeur de leurs corps. Silvère oubliait ses enthousiasmes républicains ; Miette ne songeait plus que son amoureux devait la quitter dans une heure, pour longtemps, pour toujours peut-être. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ — Voici les hommes de Saint-Martin-de-Vaulx, reprit Silvère. Ce bourg s’est soulevé presque en même temps que la Palud... Les patrons se sont joints aux ouvriers. Il y a là des gens riches, Miette ; des riches qui pourraient vivre tranquilles chez eux et qui vont risquer leur vie pour la défense de la liberté. Il faut aimer ces riches... Les armes manquent toujours ; à peine quelques fusils de chasse... Tu vois, Miette, ces hommes qui ont au coude gauche un brassard d’étoffe rouge ? Ce sont les chefs. ”
Émile Zola,
La Fortune des Rougon
(1871)
“ — On m’a assuré, disait-il en baissant la voix, que les Rougon préparent un mauvais coup. — Un mauvais coup ? interrogeait Silvère devenu attentif. — Oui, on doit saisir, une de ces nuits prochaines, tous les bons citoyens de la ville et les jeter en prison. ”
