Résumé

B. Jeannine Un Moraliste à rebours

Puis, considérons les effets de la pitié, selon Nietzsche. Rien n’est démoralisant comme la pitié, aussi bien pour celui qui l’éprouve que pour celui qui l’inspire. Ce dernier s’en trouve diminué, humilié. Nos souffrances véritables, profondes et intimes resteront toujours lettre close pour un autre. Ce que nous en laissons voir en est la partie la moins digne, la moins noble. La pitié déshabille, pour ainsi dire, le malheureux. Avec une légèreté et une indiscrétion révoltante, le compatissant s’évertue à jouer le rôle du destin dans la vie d’un autre.
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B. Jeannine Un Moraliste à rebours

Et n’y a-t-il pas un peu de réclame dans le succès rapide que la jeune génération en Allemagne fait à ce philosophe, connu d’un cercle fort restreint il y a quelques années seulement ; exploité clandestinement par ceux qui trouvaient chez lui des trésors de pensées originales ; discuté, consacré, exulté, adulé depuis qu’il a disparu derrière les portes d’un asile d’aliénés.
En Allemagne, la philosophie se trouve mêlée à tout, comme en Angleterre la religion. Plus que n’importe qui les Allemands ont le don, le goût, le besoin de la spéculation philosophique.
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B. Jeannine Un Moraliste à rebours

Il est curieux d’entendre un Allemand parler du patriotisme comme Nietzsche le fait. Ce sentiment, pour lui, est une restriction indigne d’un esprit libre. L’élite des hommes, cette infime minorité qui, pour Nietzsche, mérite seule qu’on s’occupe d’elle, se trouve hors et au-dessus de toute nationalité.
Des hommes comme Napoléon, Gœthe, Beethoven, Stendhal, Henri Heine, Schopenhauer, même Richard Wagner, malgré sa propre erreur à cet égard, — des génies de la nature du sien ont rarement le privilège de se connaître — n’usaient du patriotisme que pour se reposer d’eux-mêmes, en se limitant.
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