Benjamin Guérard

Résumé

Benjamin Guérard Revue des Deux Mondes

L’état politique, l’état civil, l’état moral, l’état intellectuel, tout déclina dans la Gaule depuis Clovis jusqu’à la fin de sa race. Ce fut une période de décadence et non de progrès. Le progrès continu et indéfini de la civilisation est d’ailleurs, à mes yeux, une erreur et un sophisme. Au lieu de passer toujours, et constamment, du mieux au mieux, la civilisation va souvent du bien au mal ; tantôt elle avance, tantôt elle recule ; c’est un mouvement irrégulier et perpétuel de va et vient, comme tout ce qui tient à la nature de l’homme, dont la loi éternelle est de croître et de décliner.
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La liberté qu’ils connaissaient, la liberté qui leur était chère et pour laquelle ils bravaient les dangers, était la liberté de faire le mal. Du reste, avides de posséder quelque chose, ils s’efforçaient à tout prix d’acquérir davantage ; et lorsqu’ils affrontaient la mort, c’était moins par dédain pour la vie, que par amour pour le butin. C’est en vain que la poésie, et l’esprit de système prennent à tâche d’exalter les Germains, de grandir et d’ennoblir leur caractère, et de les peindre comme ayant, par leur mélange avec les Romains, retrempé l’état social
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Benjamin Guérard Revue des Deux Mondes

En aucune façon, et bien au contraire, il s’empresse de mettre sa vie sous la protection d’une force supérieure, et sa liberté avec sa fierté au service d’un patron ou d’un chef puissant. Là, dans ses bois, le Germain se voue au Germain, et l’individu est dans la dépendance de l’individu ; là est la terre des obligations et des services personnels ; c’est là qu’est né le vasselage ; c’est là qu’on reconnaît un seigneur, qu’on a recours à lui plutôt qu’à la loi, et qu’on promet fidélité à l’homme plutôt qu’au pays ou au souverain [2] .
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