“ La dame dit à son amant : « Que penses-tu de notre philosophe ? ne trouves-tu pas que l’amour qu’il a pour moi est de beaucoup supérieur à ses lumières et à sa sagesse ? crois-tu que le froid que je lui fais endurer éteigne sa flamme amoureuse ? — Elle s’éteindrait à moins, je vous jure, répondit le galant. Je vois à présent que j’avais tort d’être jaloux de ce bel esprit ; il m’est impossible de douter de ta fidélité ; tu dois compter aussi sur la mienne. Je sens mon amour redoubler pour toi ; tu seras toute ma vie l’unique objet de mes désirs ; plutôt mourir que de cesser de t’aimer ! » ”
Boccace
Résumé
Contes de Boccace, rédigés par l’auteur anonyme du même nom, forment une collection de récits où l’amour, la passion et les conflits relationnels occupent le premier plan. À travers des personnages comme Calandrin, Bulfamaque ou Lebrun, l’œuvre examine les tensions entre époux, amants et maîtresses, souvent marquées par la jalousie et la dévotion.
Les dialogues émouvants, comme celui où un amant s’engage à aimer sa bien-aimée « toute sa vie », dévoilent l’émotion et l’instabilité des sentiments. Ces contes, publiés au XIVe siècle, offrent une analyse percutante des rapports humains, mêlant ironie et pathos.
Citations de Contes de Boccace (Boccace)
“ Qu’il est difficile de connaître les puissants effets de l’amour ! Le cœur de cette femme, que la brillante fortune de Jérôme n’avait pu toucher, fut vivement ému et attendri à la vue du convoi ; la passion qu’elle avait eue autrefois pour ce fidèle amant reprit tout à coup son premier empire. Son cœur s’ouvre au repentir et à la plus vive compassion, et, s’abandonnant entièrement à la douleur, elle suit le deuil dans l’église, perce la foule, pénètre jusqu’à l’endroit où repose le corps de Jérôme, se jette sur lui en sanglotant et en poussant un cri qui alla jusqu’au cœur des assistants. ”
“ On ne se marie que pour pouvoir goûter les plaisirs amoureux, et c’est précisément ceux dont je me vois privée. Afin de n’avoir rien à désirer, j’ai jeté les yeux sur Pirrus, pour qu’il remplace mon mari à cet égard. C’est un garçon honnête et fort aimable, et je l’ai jugé plus digne de cette faveur que tout autre. Je ne te cacherai pas que j’en suis follement éprise et que je pense à lui nuit et jour. On n’est pas maître de son cœur ; il possède le mien en entier, et s’il ne satisfait bientôt mes désirs, je crois que j’en mourrai de chagrin. ”
