“ La dame dit à son amant : « Que penses-tu de notre philosophe ? ne trouves-tu pas que l’amour qu’il a pour moi est de beaucoup supérieur à ses lumières et à sa sagesse ? crois-tu que le froid que je lui fais endurer éteigne sa flamme amoureuse ? — Elle s’éteindrait à moins, je vous jure, répondit le galant. Je vois à présent que j’avais tort d’être jaloux de ce bel esprit ; il m’est impossible de douter de ta fidélité ; tu dois compter aussi sur la mienne. Je sens mon amour redoubler pour toi ; tu seras toute ma vie l’unique objet de mes désirs ; plutôt mourir que de cesser de t’aimer ! » ”
Boccace
Élements biographiques
Giovanni Boccaccio, né en 1313 à Certaldo (Toscane) et décédé en 1375, est l’un des piliers de la littérature italienne, figure essentielle du XIVe siècle. Poète, romancier et humaniste, il façonne la prose italienne par ses œuvres comme Le Décaméron, un recueil de nouvelles satiriques et humanistes, ou Contes, où l’amour et les faiblesses de la condition humaine prennent des formes à la fois lyriques et critiques.
Son style, marqué par une maîtrise du dialogue et une analyse sociale aiguë, exerce une influence durable sur la tradition littéraire européenne, de Chaucer à Montaigne.
Citations de Boccace
Boccace,
Le Décaméron
(1350-1354)
“ Quand elle vit sa maîtresse, qui ressemblait non à un corps humain, mais à un cep de vigne à moitié brûlé, toute brisée, toute pâle, gisant nue sur la terre, elle mit ses mains sur ses yeux, et se mit à pleurer comme si elle était morte. Mais la dame la pria de se taire pour l’amour de Dieu, et de l’aider à se vêtir. Ayant appris d’elle que personne ne savait où elle avait été, sinon ceux qui lui avaient apporté ses vêtements et le laboureur qui était encore là, elle se calma un peu, et elle les pria, pour l’amour de Dieu, de n’en jamais rien dire à personne. ”
Boccace,
Le Décaméron
(1350-1354)
“ Écoute, Gisippe ; en faisant ce que tu me dis te plaire si fort, je ne saurais dire si je cède plus à ton désir qu’au mien ; et puisque ta générosité est si forte qu’elle a vaincu ma honte, je le ferai ; mais je t’assure que je le fais comme un homme qui reconnaît recevoir de toi non pas seulement la femme aimée, mais la vie. Fassent les dieux, s’il est possible, que je puisse encore, avec honneur et pour ton bien, te montrer combien je te suis reconnaissant de ce que, ayant plus pitié de moi que moi-même, tu fais pour moi. ”
