“ « Pirrus alla promptement chercher une scie et coupa le poirier. Dès que la dame l'eut vu par terre, elle dit à Nicostrate : « Puis" que je vois abattu l'ennemi de mon honneur, ma colère s'en est « allée. » Et elle pardonna généreusement à Nicostrate qui l'en priait, lui imposant pour condition de ne plus jamais la soupçonner, elle qui l'aimait plus que soi-même, d'une pareille chose. Sur quoi, le malheureux mari bafoué s'en revint avec elle et avec son amant au palais où, depuis ce jour, Pirrus et Lidia prirent à leur aise plaisir l'un et l'autre. Dieu nous en accorde autant à nous ! ”
Citations de Contes (Boccace)
“ En conséquence, ayant pris le nom d'Anichino, il arriva à Bologne, et, la fortune le favorisant, dès le lendemain il vit cette dame à une fête ; elle lui parut beaucoup plus belle qu'il ne se l'était imaginé; pour quoi, s'étant épris passionnément d'elle, il résolut de ne pas quitter Bologne avant d'avoir conquis son amour. En songeant à part soi au moyen qu'il devait employer pour y parvenir, il lui sembla, laissant de côté tous les autres, que s'il réussissait à devenir le familier du mari, lequel en avait beaucoup, il pourrait d'aventure venir à bout de ce qu'il désirait. ”
“ Elle était presque cuite et il s'en échappait une odeur succulente, quand survint une femme du pays, appelée Brunetta, et dont Chichibio était fortement amoureux. Brunetta étant entrée dans la cuisine vit la grue, et sentant son parfum, pria instamment Chichibio de lui en donner une cuisse. Chichibio lui répondit en chantant, et dit : « Vous ne l'aurez pas de moi, dame Brunetta, vous ne « l'aurez pas de moi. » De quoi dame Brunetta, toute courroucée, dit : ce Sur ma foi en Dieu, si tu ne me la donnes pas, tu n'auras « jamais de moi chose qui te plaise. » ”
“ A la longue, les dames étant allées, qui ici, qui là, ainsi qu'on fait en ces sortes d'endroit, et Catella étant restée avec Ricciardo en petite compagnie, Ricciardo lui lança un mot piquant sur une certaine amourette qu'avait Filippello son mari, et pour lequel elle entra en soudaine jalousie et se mit à brûler du désir de savoir ce que Ricciardo voulait dire. Après s'être maîtrisée quelque temps, ne pouvant plus se retenir, elle pria Ricciardo, pour l'amour de la dame qu'il aimait le plus, de lui faire le plaisir de l'éclairer sur ce qu'il avait dit de Filippello. ”
“ Calandrino entra donc ainsi chargé à la maison. Sa femme, nommée Monna Tessa, belle et intelligente dame, se trouvait par hasard en haut de l'escalier. Déjà un peu irritée de sa longue absence, elle se mit, en le voyant venir, à l'apostropher ainsi : « Le diable ne te fait jamais rentrer; tout le monde a déjeuné, « quand toi tu reviens déjeuner. » A ces mots, Calandrino, comprenant que sa femme l'avait déjà vu, se mit à dire, plein de courroux et de dépit : « Ah ! méchante femme, tu étais là? Tu m'as « ruiné ; mais sur ma foi en Dieu, je te le revaudrai. » ”
“ Sur ces entrefaites, arriva de Paris un moine appelé don Félice, conventuel de San Brancazio, jeune et beau de sa personne, d'esprit fin et de science profonde, avec lequel frère Puccio se lia d'étroite amitié. Comme don Felice lui éclaircissait tous ses doutes et se montrait un fort saint homme, frère Puccio prit l'habitude de le mener chez lui et de lui donner à dîner et à souper toutes les fois qu'il en trouvait l'occasion. Quant à la dame, pour complaire à frère Puccio, elle était devenue l'amie de don Felice, et l'accueillait très volontiers. ”
“ Ayant enlevé la terre, ils virent le drap et la tête qui était dedans, non encore assez rongée pour qu'à sa chevelure bouclée ils ne pussent reconnaître que c'était celle de Lorenzo. De quoi ils s'étonnèrent beaucoup et craignirent que cette aventure ne vînt à se savoir. Ils enterrèrent la tête sans rien dire, et après avoir tout ordonné pour leur départ, ils quittèrent Messine et s'en allèrent à Naples. La jeune fille, ne cessant de se plaindre et demandant toujours son pot de fleurs, mourut en se lamentant ; et ainsi se termina sa mésaventure d'amour. ”
“ Il est rare, vous le savez, que ce que chacune des parties veut bien n'arrive pas à bon effet; aussi, il ne se passa guère de temps sans que leur amour ne reçût son dénouement ordinaire. Sur ces entrefaites, il advint, la dame étant belle et avenante, qu'un chevalier nommé messer Lambertuccio en devint fort amoureux ; mais comme il lui faisait l'effet d'un homme déplaisant et grossier, la dame ne pouvait, pour quoi que ce fût au monde, se décider à l'aimer. ”
“ Semblablement, elle était si gracieuse, si affable envers les sujets de son mari, qu'il n'y en avait pas un qui ne l'honorât comme digne du rang qu'elle occupait. Tous priaient pour son bonheur, pour sa santé, pour sa prospérité, disant - de même qu'ils avaient dit que Gaultier avait agi en homme peu sage en la prenant pour femme - qu'il était le plus sage et le plus avisé des hommes, puisque nul autre que lui n'avait jamais su reconnaître la haute valeur qu'elle cachait sous ses pauvres habits de paysanne. ”
“ Perdicon, le père et la mère de Lisa et Lisa elle-même fort satisfaits, firent une grandissime fête et de joyeuses noces. Et selon que beaucoup l'affirment, le roi tint la promesse qu'il avait faite à la jeune fille, en ce que toujours il s'appela son chevalier ; et il n'alla jamais dans une prise d'armes sans porter d'autre bannière que celle que la jeune fille lui avait envoyée. C'est en agissant ainsi que se gagnent les coeurs des sujets, qu'on donne aux autres occasion de bien faire, et qu'on s'acquiert une gloire éternelle. ”
“ Sur quoi Anichino dit : « Ah ! mauvaise femme ! « tu es donc venue, et tu as cru que je voulais faire cette honte à « mon maître ? sois mille fois la mal venue. » Et, le bâton levé, il se mit à frapper. A ces paroles, Egano voyant le bâton, se mit à fuir sans dire mot, et Anichino le poursuivit en disant : « Va, « que Dieu te mette en mal an, femme coupable ! car je le dirai « certainement à Egano demain matin. » Egano ayant reçu plusieurs coups de bâton, et des bons, s'en revint en toute hâte à la chambre où la dame lui demanda si Anichino était venu au jardin. ”
“ « Que personne ne bouge ou ne dise mot, s'il ne veut « mourir, pour ce que je n'entends pas ravir la dame du duc, « mais effacer la honte qu'il fait à ma soeur. » A cela, nul n'osa répondre; pour quoi Constantin, monté avec les siens sur la barque, et s'étant approché de la dame qui pleurait, ordonna qu'on mît les rames à l'eau et qu'on partît. Volant plutôt que voguant, ils parvinrent à Egine un peu avant le point du jour et, étant descendus à terre pour se reposer, Constantin se satisfit avec la dame, qui pleurait sur sa malheureuse beauté. ”
“ Nicostrate l'aimait pardessus tout, et avait en lui la plus entière confiance. Lidia s'en enamoura fortement, à tel point que, ni de jour ni de nuit, elle ne pouvait penser à autre chose. Mais de cet amour, soit qu'il ne s'en fût point aperçu ou qu'il n'en voulût pas, Pirrus rie paraissait se préoccuper, de quoi la dame portait en son coeur un intolérable ennui. ”
“ De son côté, la dame ayant cherché, et ayant trouvé que ce qui était tombé n'était point ce qu'elle pensait, ne songea pas autrement à allumer une chandelle pour le voir, mais après avoir crié contre la chatte, elle revint dans la chambrette, et se dirigea à tâtons vers le lit où son mari dormait. Mais n'y retrouvant pas le berceau, elle se dit en elle-même : « Eh ! pauvre de moi, voyez ce « que je faisais ! Sur ma foi en Dieu, je m'en allais droit au lit de « mes hôtes. » ”
“ Pourtant elle ne voulait point cesser d'aimer le roi, mais par crainte d'un ennui plus grand, elle n'osait manifester son amour. Le roi ne s'en était point aperçu et n'en avait cure ; de quoi, selon qu'on peut le penser, elle souffrait une intolérable douleur. Il en advint que, son amour s'augmentant sans cesse, et la mélancolie s'ajoutant à la mélancolie, la belle jouvencelle, n'en pouvant plus, tomba malade, et elle se consumait de jour en jour à vue d'oeil, comme la neige: au soleil. ”
“ Sur quoi, les deux amants vinrent incontinent pour la consoler et, par de douces paroles, par de grandes promesses, bien qu'elle les comprît peu, ils s'efforçaient de calmer la dame, qui pleurait bien moins le mari perdu que sur sa propre mésaventure. Après lui avoir tenu une ou deux fois de longs discours, il sembla qu'ils l'avaient quasi consolée, et ils en vinrent à discuter pour savoir celui qui le premier la mènerait coucher avec lui. Voulant chacun être le premier, et ne pouvant s'accorder entre eux à ce sujet, ils commencèrent d'abord à échanger de graves injures ”
“ LE FAUCON Federigo degli Alberighi aime et n'est point aimé. Ayant dépensé tout son bien en prodigalités, il ne lui reste plus qu'un faucon qu'il donne à manger à sa damé venue chez lui pour le voir. ”
“ Messer Guiglielmo Rossiglione donne à manger à sa femme le coeur de Messer Guiglielmo Guardastagno qu'il a tué et qu'elle aime. La dame l'ayant su, se jette par la fenêtre et se tue. Elle est ensevelie avec son amant. ”
“ Pericon était un homme de fière prestance et très robuste; ayant pendant quelques jours fait servir abondamment la dame, cette dernière s'était de la sorte entièrement rétablie. Pour quoi, voyant qu'elle était belle au delà de toute imagination, et fort ennuyé de ne pouvoir la comprendre et de n'être point compris d'elle, et de ne pouvoir ainsi savoir qui elle était, démesurément enflammé cependant par sa beauté, il s'efforça, par gestes plaisants et amoureux, de l'amener à satisfaire ses désirs ”
“ A quoi Pirrus dit : « Pourquoi discutons-nous " là-dessus? je vous ai bien vu ; et si je vous ai vu, vous étiez sur " votre propre bien. » Nicostrate, de plus en plus émerveillé, finit par lui dire : « Je vais bien voir si ce poirier est enchanté, " et si ceux qui y montent voient les merveilles que tu dis. » Et il y monta. A peine y fut-il, que la dame et Pirrus commencèrent à se satisfaire ensemble ; ce que voyant Nicostrate, il se mi à crier : " Ah ! femme criminelle, qu'est-ce que tu fais là? Et toi Pirrus, « en qui j'avais le plus de confiance ! » ”
“ Il eut beau lui rappeler le temps passé et son amour nullement oublié malgré la distance, et y mêler de nombreuses prières et de grandes promesses, il n'obtint rien. Pour quoi, désireux de mourir, il la pria finalement qu'en faveur de tant d'amour, elle souffrît qu'il se coucha à côté d'elle, jusqu'à ce qu'il pût se réchauffer un peu, car il s'était tout gelé en l'attendant, lui promettant qu'il ne lui dirait rien, qu'il ne la toucherait pas, et qu'il s'en irait dès qu'il serait un peu réchauffé. La Salvestra, ayant quelque compassion de lui, le lui permit aux conditions fixées par lui-même. ”
“ Mais tout cela ne lui faisait pas oublier Fiammetta. Pour adoucir le chagrin qu'il avait d'être loin d'elle, il se mit à composer l'Ameto, où, sous prétexte de raconter les amours d'Ameto, le grossier chasseur, avec la belle nymphe Lia, il parle des amours de Florence et, par-dessus tout, de son amour pour Fiammetta. L'ouvrage est une allégorie. Les cinq nymphes qu'il met en scène représentent cinq vertus qui, pénétrant dans le coeur d'Ameto, en font peu à peu un gentilhomme accompli. ”
“ Le familier, ayant tout regardé de son mieux, raconta à Péricon ce qu'il avait vu sur le nayire ; sur quoi Pericon, ayant promptement fait descendre à terre les femmes et les choses les plus précieuses qui s'y trouvaient, s'en fut avec elles dans son château ; et les femmes s'étant réconfortées par la nourriture et le repos, il comprit, à ses riches vêtements, que la dame qu'il avait trouvée devait être une grande et gente dame, ce qu'il reconnut aussi au respect que toutes les autres avaient pour elle seule. ”
“ Conrad Gianfigliazzi a toujours été regardé comme un noble citadin de notre ville. Libéral et magnifique, il mène une existence chevaleresque, continuellement à se divertir avec les chiens et les oiseaux, pour ne point parler présentement de ses occupations plus sérieuses. Ayant tiré un jour, avec un de ses faucons, une grue près de Peretola, et la trouvant grasse et jeune, il la fit porter à son bon cuisinier, nommé Chichibio et qui était Vénitien, en lui faisant dire de la faire rôtir pour le souper et d'en prendre bien soin. ”
“ En outre, restreintes dans leurs volontés et dans leurs plaisirs par les ordres des pères, des mères, des frères et des maris, elles restent la plupart du temps renfermées dans l'étroite enceinte de leurs chambres, et, s'y tenant quasi oisives, voulant et ne voulant pas en une même heure, roulent des pensers divers qui ne peuvent être toujours gais. Et si quelque mélancolie, mue par un désir de feu, survient en leur esprit, il faut qu'elles l'y gardent à leur grand ennui, à moins qu'elle n'en soit chassée par des propos nouveaux ”
“ La dame, s'en étant aperçu, en eut du dépit, et lui ayant plusieurs fois demandé la raison de sa jalousie sans qu'il sût lui en donner une, sinon de vagues et de mauvaises, il lui vint en l'esprit de le faire mourir du mal dont il avait peur sans motif. Ayant remarqué qu'un jeune homme, fort bien à son avis, la courtisait, elle commença par s'aboucher discrètement avec lui, et les choses étant allées entre eux si loin qu'il ne leur manquait plus que d'ajouter les actes aux paroles, la dame songea à trouver également un moyen pour en venir là. ”
“ Tous dormaient fortement, hormis celui; qui avait été avec la reine et qui ne dormait pas encore ; pour quoi, voyant venir le roi et comprenant ce qu'il cherchait, il se mit à trembler tellement qu'au battement de coeur que la fatigue éprouvée peu avant lui avait occasionné, la peur en ajouta un plus grand ; et il vit bien que si le roi s'en apercevait, il le ferait mourir sur-lechamp. Et bien que de nombreuses pensées lui allassent par l'esprit sur ce qu'il avait à faire, cependant, voyant le roi sans arme, il résolut de faire semblant de dormir et d'attendre ce que le roi ferait. ”
“ Sur quoi, un peu consolée, et voyant que son mari n'était point courroucé du fait, et que sa fille après avoir eu une bonne nuit s'était bien reposée et avait pris le rossignol, la dame se tut. « Il ne se passa guère de temps sans que Ricciardo se réveillât, et voyant qu'il était grand jour, il se tint pour mort et appela la Caterina, disant: « Hélas! ma chère âme, comment ferons-nous ? « Le jour est venu et m'a surpris ainsi. » A ces mots, messer Lizio s'étant avancé et ayant levé les rideaux, répondit : « Nous « ferons bien. » ”
“ Il advint toutefois qu'un jour Masetto ayant beaucoup travaillé et se reposant, deux toutes jeunes nonnes qui se promenaient par le jardin s'approchèrent de l'endroit où il était et se mirent à le regarder pendant qu'il faisait semblant de dormir. Pour quoi, l'une d'elles, qu'était plus hardie, dit à l'autre : « Si je croyais que tu me gardasses le secret, je te « dirais une pensée que j'ai eue plusieurs fois et qui pourrait te faire « aussi plaisir, à toi. » L'autre répondit : « Parle en toute sûreté, « car certainement je ne le dirai à personne. » ”
“ Osbech, apprenant cela, rassembla une armée avant d'être cerné par les deux puissants souverains, et alla à la rencontre du roi de Cappadoce, laissant à Smyrne sa belle dame sous la garde d'un de ses familiers, qui était en même temps son ami ; et après qu'il eut combattu quelque temps contre le roi de Cappadoce, il fut tué dans la bataille, et son armée déconfite et dispersée ; pour quoi, Basan, victorieux, marcha librement vers Smyrne, et, sur son passage, tous lui obéissaient comme au vainqueur. ”
“ A Sienne fut jadis un jeune garçon très beau et de famille honorable, nommé Renauld. Il aimait souverainement une sienne voisine, fort belle dame et femme d'un homme riche, et vivait dans l'espoir que, s'il pouvait trouver un moyen de lui parler sans qu'on le sût, il obtiendrait d'elle tout ce qu'il désirait. Mais n'en voyant aucun, et la dame étant grosse, il songea à devenir son compère ; sur quoi, ayant fait la connaissance du mari, il lui fit part le plus adroitement qu'il put, de son désir, et il fut fait selon qu'il le voulait ”
“ Mais à peine fut-il descendu, qu'il n'aperçut plus son cochon et vit la porte ouverte ; pour quoi, ayant demandé à plusieurs personnes si elles savaient qui avait pris le cochon, et n'en pouvant avoir des nouvelles, il se mit à faire grande rumeur, poussant des hélas ! et se plaignant de ce que son cochon lui avait été volé. « Bruno et Buffamalcco s'étant levés, s'en allèrent chez Calandrino pour voir ce qu'il dirait au sujet du cochon. Dès qu'il les vit, il les appela, quasi tout en pleurs, et dit : « Hélas ! compagnons, mon « cochon m'a été volé. » ”
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